‹ Traite ́des maladies goutteuses (volume 2)Chapitre 27 sur 81 · X VIT · texte numérisé non relu

X VIT

Pour produire la Goutte des articulations , il faut que la disposition constitutionnelle à la formation, de l'état goutteux dans les solides et dans les humeurs soit jointe avéc l'infirmité relative des parties attenantes aux 05 dans le voisinage des articulations. Ces parties sont le périoste , les ligamens articulaires et les insertions des tendons aux os. |

L'infirmité des païties qui sont le siége de la Goutte des articulations est originelle dans les personnes chez qui la Goutte est héréditaire. Chez ces personnes , cette infirmité relative est analogue aux infirmités relatives de l'estomac , de la poitrine, etc. , qui produisent diverses maladies héréditaires dans des générations SUCCESSivess

DES MALADIES GOUTTÉUSES. 55

Des faits semblables ne peuvent être ni rejetés , parce qu'on ne sauroit les expliquer, ni obscurcis , parce que Van-Helmout leur a appliqué des idées intelligibles, qui cependant ont paru être jusquà un certain point adoptées par Boerhaave.

L'infirmité relative des parties attenantes aux os et voisines des articulations est acquise dans ceux qui deviennent sujets à la Goutte par la cessation d’un grand exercice auquel ils étoient accoutumés, ou bien en se livrant dans un âge avancé à un exercice disproportionné à celui dont ils avoient l'habitude.

Cette infirmité relative est la véritable cause qui détermine la Goutte à se porter sur les articulations des extrémités du corps. On en donne généralement pour raisons, que la circulation du sang languit dans ces parties , ce qui y rend habituellement la transpiration plus difiicile ; que les vaisseaux sanguins y sont petits et plus souvent comprimés ; qu'ils sont placés à une plus grande distance du cœur et dans les articulations des extrémités où lexposition à Pair froid est plus fréquente, etc. Ces causes et.autres. analogues, qu'il est facile de suppléer, ont

bG | TRATTÉ été recueillies fort en détail par Morgagni (+).

Mais il est aisé de voir combien de semblables causes sont insuffisantes et précaires, puisqu'elles existent pareillement chez une infinité d'hommes en qui elles ne déterminent point la Goutte des articulations lorsqu'ils n'y sont pas disposés.

Ces causes ne suflisent pas même étant jointes avec la diathèse goutteuse; puisque malgré la présence de ces causes mécaniques qui sont universelles, cette diathèse, si elle existe sans infirmité relative des parties voisines des articulations , ne produit jamais Ja Goutte des articulations, mais seulement la cachexie goutteuse ou d’autres maladies analogues à la goutte.

L'exercice qui fortifie les parties voisines des articulations est toujours salutaire pour y prévenir la formation de la Goutte, mais avec la condition nécessaire que Île degré et la répétition de cet exercice soient dans les proportions convenables à chaque individu.

La Goutte des articulations doit affecter

(1) Epist. Anat. Mod: rvu , n. 4.

xpécialement les articulations des pieds , qui sont relativement les plus affoiblies par le défaut ou par l'excès habituel de lexercice , parce que c’est dans ces articulations que doit s'exercer la plus grande résistance à la pression du corps, quelles supportent dans la station et dans la marche.

Il me paroît que la raison pour laquelle le gros orteil est le premier siége qu'affecte communément l'accès de Goutte au pied est dans les efforts plus grands et plus fréquens que font les parties voisines des articulations de cet orteil. |

En effet, comme je l'ai dit ailleurs (1), dans chaque pas , les articulations des pieds jouent les dernières, et les mouvemens finissent par se diriger sur le gros orteil, de sorte que, pendant le marcher , les muscles de cet orteil doivent faire et répéter de puissans efforts pour résister à la charge de tout le corps (2).

(1) Nouvelle Mécanique des Mouvemens de l'Homme et des Animaux ; seconde section , Sur les mouvemens progressifs de l'Homme, art. xvr.

(2) On doit rapporter ici l’observation qu'a faite Panarole (Obs. 51, Pentec. F.), queplusieurs hommes

On s’est généralement accordé à mettre le siége de la Goutte dans le périoste (où Ten- Rhyne l’a placé spécialement), dans les parties ligamenteuses , tendineuses ‘et autres, qui en recouvrant les extrémités des os concourent à former les articulations.

Haller seul croyant, d'après ses expériences, que le périoste et les ligamens sont absolument privés de sensibilité , a soutenu que le siége de la Goutte devoit être dans la peau même ou dans les nerfs placés immédiatement sous la peau. Mais d’autres expériences. exactes! ont contredit celles. de Haller.

qui dans leur jeunesse s’étoient extrémement adonnd à lexereice de la danse , étoient fort DRE à la podagre dans leur vieillesse.

Une observation analogue est celle de Pechlin ( Obs. 25, L.u.), qui dit qu’un homme, chez lequel la pression de souliers trep étroits avoit causé un tu- ‘bercule à l'endroit da premier osdu métatarse, ressentit les premières impressions de la Goutte dans ce tubercule, où les douleurs qu’il souffroit , étoient altermalives avec des piqres violentes qui se répandoïient “ans tout le corps. 4

De Haën lui a opposé avec raison , par rap: port à la Goutte, les observations de Morgagni, de Valsalva et d'autres , qui ont vu dans des cadavres de goutteux, que la matière gouttéuse étoit déposée et contenue uniquement dans les gaînes des tendons et dans les cavités des articulations.

Galien à dit le premier (1) que les ligamens sont dénués de toute sensibilité , et ila “té suivi en cela par Barbette et par plusieurs autres avant . Haller. Mais on doit reconnoître à présént que la sensibilité des liga-

mens est tantôt. extrême et tantôt nulle, Arétée a observé cette variation surprenante de la sensibilité des ligamens, qui deviennent - le ‘siége de douleurs très-aigués lorsqu'ils sont affectés d’une fluxion goutteuse , et qui peuvent ne point sentir de douleur , lorsqu'ils sont déchirés par des agens extérieurs.

Pour tâcher de rendre raison d’une diffé rence aussi surprenante, je dirai:

# Qu’une condition qui me paroit: né:

cessaire pour la sensibilité d’un organe vivant est que son tissu est affecté d’un degré

(1) De Loc. Affect. lib. x } cap. 2.

Go TRAD EE ON |

assez considérable d'activité, Ne que , par la fixité ou par l'agitation de ses mouyemens ioniques , il tende automatiquement à résister à toute puissance extérieure qui le divise , de sorte que la douleur naisse du sentiment de l'opposition de cette puissance et de cette: résistance; | k Que dans l’état ordinaire , les mouve-

mens loniques ne pouvant avoir lieu dans la substance dure des os , et ne pouvant exister communément qu'à un degré trèsfoible dans les organes dont la densité approche de celle des os ; dans cet état, dis-je, les os ne peuvent jamais , et les ligamens et le périoste ne peuvent que rarement être susceptibles de douleur par les lésions externes les plus violentes;

5° Que la douleur peut être ressentie dans ces mêmes organes par une suite de l’action des causes externes qui y produisent une solution de continuité, lorsqu'une fluxion ou une autre altération interne a ramolli leur tissu , de manière que la force vivante peut y exercer facilement d'assez grands efforts de mouvemens toniques.

C'est ainsi que les os deviennent sensibles en se ramollissant, qu'il survient une inflam-

imation très-douloureuse aux blessures que les ligamens ont recues sans aucun sentiment de douleur , etc. |

L'application que je fais ici de cette manière de voir peut être éclaircie et confirmée par l'observation qu'a faite Ludwig (1}, sur l’analogie qu'ont avec les douleurs de la Goulte , celles que cause l'accroissement des os dans les adolescens. Celles-ci se font sentir de la neuvième à la treizième année dans le corps même des os cylindriques ; mais, depuis la treizième année jusqu’à la vingtième, ces douleurs qui affectent surtout les épiphyses des os sont semblables à de vraies douleurs de Goutte, étant communément jointes à des douleurs de tête, à des lassitudes , etc. |

Il paroît que la sensibilité des ligamens peut être détruite après que leur tissu a été tiraillé avec une extrême violence ; de sorte que ce tissu n'étant plus susceptible de grands efforts de mouvement tonique, il peut se prêter ensuite, sans exciter de douleur, à unc grande distension par la fluxion goutteuse.

(1) Dans ses 4 dversaria Medica, P.u,p. 129 et Suiv,

C'est ce qu'indique l'observation de Faz brice de Iilden (1), qui assure que des hommes sujets à être violemment tour-

* mentés de la Goutte aux pieds ont été

guéris pour toujours après avoir essuyé la question.

: D'après tout ce qui a été dit dans cet article sur la diathèse goutteuse de la constitution qui établit une tendance prochaine à produire l'état goutteux dans les solides et ! dans les fluides, et sur l'infirmité relative que souffrent chez les goutteux les parties qui tiennent aux articulations, on voit que

Boerhaave a été fondé dans sa réponse à

ceux qui disent que les médecins ne guérissent point la Goutte.

Boerhaave a dit avec raison que la Goutte est une disposition générale essentielle qui croît dans le corps et se développpe comme

(1) Cent. 1, 065. 79. On à vu une attaque de Goutte

commençante ,; être entièrement dissipée chez un Fhomme , qüi dans une chute de cheval , qui s’abattit - brusquement , heurta des plantes des pieds contre la

terre, de manière qu'il ressentit une commotion violente dans tout le corps ( Journ. de Méd., Sep= tembre 1789 ). Il est d’autres faits analogues,

les ongles, et que les accès qu'elle produit 47 longs intervalles , après s’y étre accumulée pendart long-temps , ne sont que symptomatiques de cette disposition générale.

Il paroît qu'on ne guérit point la dispo.

sition constitutionnelle à la Gouiîte ; mais qu'après avoir bien traité des attadues dé la Goutte, on peut prévenir leur nouvelle formation par un régime et des remèdes convenables.

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