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Quand l'attaque de Goutte se forme, se développe, et s'achève d'une manière facile et régulière, sans que la fluxion douloureuse et la fièvre y soient assez considérables pour présenter des indications majeures, on doit suivre une méthode de traitement naturelle, dans laquelle les moyens de régime et les re-
mèdes tendent directement à favoriser les opérations salutaires de la nature.
Al faut alors, surtout au comniencement de l'attaque, éviter d'exposer le corps au froid et à l'humidité, et en défendre spécialement la partie où la Goutte s’est fixée, en y appliquant de la flanelle, des peaux de lapin ou de cygne, etc.
Dans l’état de l'attaque, pour fixer Îa Goutte dans la partie affectée, il est utile de l’envelopper dans un sac de taffetas ciré ‘vert. Mais il ne seroit pas sans inconvénient d'y appliquer l'emplâtre de cumin qu'a conseillé Musgrave, ou l'emplâtre de jusquiame incorporé dans la toile -cirée verte, comme M. Thilénius le propose quand la douleur est très-forte.
Au déclin de l'attaque, il ne faut point négliger un doux exercice des parties qui ont été affectées, et avoir soin de les recouvrir de bas ou de gants de laine.
Werlhof dit qu'il ne sait pas si dans les cas simples d'attaques de Goutte ,. même fortes, il est rien de préférable à l’abstinence et au repos , à l'application de la flanelle légère, et à la patience. Mais il est des malades
86 | TRAITÉ auxquels la patience coûte plus que l’application du fer et du feu.
: Il faut que le malade, durant l'attaque, éloigne toute forte occupation d'esprit, ainsi que les sollicitudes et les agitations de l'ame, et qu'il se dise sans cesse combien les maux physiques de l'homme sont aggravés par le défaut de résignation. |
Pendant les premiers temps de l'attaque, on doit se borner aux alimens pris des végétaux, d'autant que les douleurs sont généralement augmentées par l'usage de la viande. Dans les temps plus avancés de l'attaque, on peut accorder une nourriture un peu plus forte, comme du bouillon de veau et de poulet, du chocolat, etc. À
Pour prévenir les langueurs d'estomac qui reviennent souvent dans le cours de l'attaque, il importe de répéter fréquemment les prises de panades légèrement aromatisées , et des autres alimens qu'on donne aux malades. 11 peut même être indiqué de donner un peu de bon vin, et quelques cordiaux légers, pour remédier à la torpeur de l’estomac, qui accompagne souvent l'attaque de Goutte ( Méad ), et qui fait d'ailleurs qu'il
est moins affecté des liqueurs spiritucuses que dans l’état naturel.
Il faut aussi ne pas négliger de prévenir la constipation par le moyen des lavemens, entre lesquels ceux d'huile pure sont particulièérement utiles dans les attaques violentes ( Boerhaave).
Dans les attaques régulières de Goutte qui sont d'une nature grave, et où les divers élémens de cette maladie prennent un degré de dominance , qui rend difficile la solution naturelle de ces attaques , il faut recourir à des méthodes de traitement analytiques, où lon satisfait aux indications que présentent
. ces élémens , afin que la maladie goutteuse
soit simplifiée , et puisse être ensuile traitée par une méthode naturelle.
Les élémens de la maladie qui peuvent dominer plus ou moins dans ces attaques graves de la goutte régulière, sont: 1.° la fluxion douloureuse qui exige des remèdes relatifs à la fluxion et à la douleur: 2° la fièvre equi accompagne cette fluxion , et qui demande des méthodes de traitement diverses , suivant qu'elle est simplement dépuratoire , ou quelle a des caractères qui lui sont
88 TRAITÉ prvpres, et qui différencient sa nature particulière. | HN
Je vais exposer successivement dans les deux articles suivans , les méthodes de traitement analytiques qui conviennent aux fortes attaques de Goutte régulière où dominent, soit la fluxion douloureuse, soit la fièvre qui l'accompagne.
Les différentes considérations qui sont relatives à ces méthodes, peuvent concilier les oppositions nombreuses que présentent les observations des meilleurs praticiens sur le traitement des attaques régulières de la Goutte.
ARTICLE PREMIER
De ta méthode analytique du traitement des attaques deGoutte régutières et viotentes , où domine la fluxion doutoureuse.
La fluxion qui domine dans les attaques régulières de Goutte doit être combattue suivant les règles générales du traitement
des fluxions, par des évacuations générales , | révulsives et dérivatives.
Je ne considère ici ces évacuations, qu'eñ
dans des cas semblables . où elle est évidem-
tant qu'elles sont relatives à la fluxion de la Goutte, et non en tant qu'elles sont indiquées par la dominance de la fièvre qui accompagne cette fluxion (dont je parlerai dans l’article suivant). |
Les évacuations de sang générales doivent être d'abord employées dans cette fluxion , ae les sujets pléthoriqnes, qui se sont livrés
à la bonne chère et aux boissons spiritueu-
‘ ses, etc. Cependant il ne faut point abuser de la saignée, qui en affoiblissant trop, pour- . roit rendre irréguliers 16 mouvemens de la
Goutte. à Musgrave conseille fort bien la saignée
ment utile. D'ailleurs il ne faut point s'arréter à la raison qu'il en donne, que par la saignée on détermine dans les sujets pléthoriques ét sanguins , la fermentation du sang qui doit produire l'attaque de Goutte; de
même quil faut vider un peu les tonneaux qui sont pleins de moût, pour qu'il puisse y
fermenter convenablement.
Quand la congestion de sang sur la partie affectée par la Goutte est vive et fort considérable, même chez des sujets qui ne sont pas pléthoriques , il est souvent nécessaire
go! TRANTÉ de faire précéder les évacuations de sang révulsives et dérivatives, 4 une évacuation de sang générale, |
C’est ce que prouve d’une manière remarquable , l'observation suivante de Forestus.
Il rapporte que chez une femme qui avoit la fièvre et la Goutte à la main ( la chiragre), son médecin ne l'ayant point fait saigner, attira plus fortement l'humeur gontieuse sur la main, en y faisant appliquer une ventouse suivie de scarifications ; d'où il arriva que cette femme étant guérie, sa main ne put être fortifiée , et resta toujours comme paralytique.
Quelque bien placées que puissent être dans l’incrément d’une violente fluxion goutteuse, les saignées révulsives , qu'Aëtius a conseillées en général pour détourner la fluxion , et emporter la matière de la Goutte, elles peuvent être fort dangereuses, quand Ja fluxion goutteuse est fixée dans le siége où elle se termine.
Dominique Sala a vu une saignée du “bras transporter du pied au bras la douleur goutteuse. Paulmier a vu la saignée du bras produire une Goutte remontée , etc.
Dans la Goutte vivement inflammatoire
DES MALADIES GOUTTEUSES. gt
(que les Anciens appeloient chaude) la saigée dérivative , comme celle du pied dans la podagre , a souvent dissipé la Goutte trèspromptement. J'en trouve beaucoup d’'exemples chez les anciens et les modernes.
Aëtius rapporte qu'il a fait saigner de la jambe même qui étoit affectée d'une podagre fortement inflammatoire, et qu'ayant fait tirer beaucoup de sang par cetté saignée , il a délivré le malade de toute douleur.
Galien dit (1) qu'il se souvient d’avoir guéri des sciatiques dans un jour par la saignée faite à la jambe (au jarret plutôt qu'à la malléole ).
M. de Sauvages a cité aussi une observation de M. Lazerme, qui dissipa par une forte saignée du pied une attaque de Goutte, chez un homme qui étoit pressé de guérir, à raison d'affaires qui le forcoient à faire un voyage. Gilbert , médecin anglais, et Vander-Heyde ont vu des faits semblables.
On ne peut que rarement dans les cas où la podagre est fixée , tenter une forte saignée du pied , qui peut étre souvent nuisible par la débilitation qu’elle cause, et même en
(1) Lib, de Curandi Raï. per venæ-sectionem..
troublant trop soudainement les mouvemens qu'affecte la nature. Cette saignée peut être mieux placée, s’il a DERREL une suppression d'hémorroiïdes.
L'application des sangsues et des ventouses avec scarifications , sur la tumeur goutteuse ; dont inflammation est accompagnée de douleurs vives, a pu étre’indiquée par le gonflement que souffrent les veines de la partie affectée de Goutte. Ce remède est d’une utilité beaucoup plus étendue qu'on ne croit communément , pourvu que les sangsues soient appliquées aussi souvent, et en aussigrand nombre qu’il peut étre indiqué. L'application des sangsues sur la partie affectée de Goutte, est le principal remède que M. Paulmier a proposé contre la Goutte accompagnée d'inflammation vive. Ce remède qui doit être aujourd'hui généralement adopté dans ce cas, étoit déjà connu des anciens , comme nous voyons dans Sérénus Sammonicus, et dans Cælius Aurelianus (1).
(1) Sammonicus dit, cap. 42, Podagræ depellendæ , vers 791. Sunt quibus adposita siccatur hirudine sangquis.
Cælius Aurelianus conseille d'appliquer des ven-