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Pour soulager les douleurs cruelles de la Goutte, on a varié à l'infini les topiques émolliens, ou calmans, dont on peut voir dans la Pratique de Rivière, une collection très-étendue.
Des topiques émolliens des plus efficaces, sont des vapeurs d’eau et du lait; la pulpe de raves cuites appliquée chaudement; un cataplasme qu'on renouvelle souvent, préparé avec les feuilles de jusquiame, les graines de lin, et le lait. |
Rondelet ne veut pas qu'on fasse cuire le lait qu'on emploie dans de semblables topiques, parce que la coction en dissiperait la partie aérienne, qu'il dit être la plus calmante. Îl paroît qu'il a désigné par ce nom, ce que jai appelé ailleurs le principe volatil semi-narcotique du lait. |
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Sans doute c'est à la présence de ce prin:
cipe, quil faut rapporter l'utilité singulière qu'a, pour soulager les douleurs de Goutte , le lait sortant de la mammelle d’une chèvre, qu'on fait couler au-dessus de l'articulation souffrante ( Amatus Lusitanus },
Tralles a très-bien observé qu'un usage modéré de topiques émolliens sur des parties affectées de Goutte, peut quelquefois en prévenir la contracture, Mais on a reconnu de tout temps, que l'abus ou l’usage trop répété de ces topiques est au contraire suivi généralement de la roideur et de l’immobilité de ces parties, quil y occasionne la formation des tufs (Baglivi), ou qu'il laisse dans ces organes un état de foiblesse et de sensibilité qui sont très-incommodes , el qui peuvent y subsister toujours.
Entre les topiques émolliens qu’on emploie pour les douleurs de Goutte, il faut choisir ceux qui sont résolutifs , et propres à dissiper la matière goutteuse par la transpiration locale , en n'y ajoutant des narcotiques qu’en cas de mécessité.
Lorsque la violence de la douleur épuise les forces dans l'attaque de Goutte, 1l faut
DÉS MALADIES GOUTTEUSES. 107 xecourir à l'usage externe, et enfin à l'usage interne des narcotiques.
Il faut se borner d’abord, s’il est possible, aux topiques. narcotiques dont l'action est la plus foible ; par exemple, appliquer sur la partie souffrante , une vessie .à demi pleine de lait tiède, auquel on aura joint une dose convenable de laudanum liquide, etc.
Sanctorius dit que ceux-là se trompent, qui nappliquent point, dès les premiers jours, des anodins pour les douleurs de Goutte; d'autant que la violence de ces douleurs présente une indication urgente, et devient une cause principale d’aggravation de la fluxion goutteuse.
Mais c'est toujours en ayant égard aux temps de la fluxion goutteuse, qu'on doit régler l’usage des topiques narcotiques qui, sous ce rapport, sont dangereux dans les premiers temps de cette fluxion, et dans tous ceux où elle a une marche fort active.
D'ailleurs, l’usage topique de l’opium dans da Goutte, produit certainement un soulagement immédiat : et je ne vois pas pourquoi Tralles nie ce fait, auquel il n’oppose que des raisons théorétiques, et des doutes
vagues. Ainsi , quoi qu'il en dise, de ce que l'opium appliqué extérieurement peut résoudre et faire supprimer des tumeurs, il ne s’ensuit pas qu'il ne calme point les douleurs de la partie où on l’applique. se À
Il faut distinguer dans l’'opium deux sortes d'effets, l’un qui est superficiel et lent, l'autre qui affecte rapidement et profondément les forces sensitives. Celui-ci produit un calme très-prompt dans la Goutte, et qui peut être soudainement pernicieux en plusieurs cas.
Un de mes amis souffrant cruellement de la Goutte, appliqua sur les orteils affectés, de la thériaque, qui calma sur-le-champ ses douleurs. Mais deux heures après, il fut pris d'une suffocation avec perte de connoissance, des suites de laquelle il auroït péri, si on n’eût rappelé la Goutte aux piods par des remèdes convenables.
Les topiques stupéfians et autres trèsactifs, dont on est conduit à faire usage lorsque la douleur excessive domine dans les accès de Goutte (1), peuvent, lorsqu'on
(1) Comme est l’application que Plater a conseillé de faire du suc exprimé des feuilles de tabac.
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en abuse , non-seulement causer uné Goutte | remontée, mais encore, lorsqu'ils ne produisent point cet effet , détruire tout sentiment du malade, et tout mouvement volontaire dans les extrémités souffrantes auxquelles on les applique.
C'est une chose extrêmement remarquable, que ces topiques stupéfians et autres très-actifs , étant employés dans des accès de douleurs d’une extrémité du Corps, peuvent y détruire pour toujours les communications de ses forces sensitives et motrices avec celles de tout le système , en même temps qu'ils laissent à ces forces locales dans cette extrémité, toute l'activité nécessaire pour y conserver la vie.
Pline raconte qu'Agrippa étant cruellement tourmenté de la Goutte aux pieds, pour se délivrer de la douleur , perdit volontairement tout sentiment et tout mouvement de ces extrémités, en mettant ses jambes dans du vinaigre chaud au plus fort de l'accès de Goutte.
Nous ignorons quelle fut cette drogue vénéneuse (1), dont Pline et Suétone disent
(1) Le père Hardouin dit que cette drogue étoit du
110 TRAITÉ que Servius Claudius, ne pouvant souffrir les douleurs extrêmes de la Goutte dont il étoit attaqué, se fit faire des onctions aux jambes et aux pieds ; de sorte qu’il n'eut plus dans la suite de douleur ni de senti: ment dans ces parties
Duret (1) rapporte qu'un prince de Nemours perdit la faculté de marcher , par l'abus qu’on lui fit faire de l'application sur ses pieds goutteux de l'huile distillée de cire. Ten - Rhyne (2) a rapporté d’autres ‘exemples d'effets semblables produits dans la Goutte , par l'abus des topiques que des empyriques y avoient prescrits.
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L'usage interne de l’opium pour calmer les douleurs dans l'attaque de Goutte régulière , demande autant ou encore plus de réserve que l'application des narcotiques dans les extrémités affectées. Ainsi, l’on ne doit que rarement faire prendre de l'opium, si ce n’est quand le malade est accablé par
suc de ciguë , mais il ne cite aucun garant de cette opinion.
(1) In Hollerium.
(2) De Arthritide , p: 67.
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linsomnie que lui causent les douleurs, et dans le cas où cette insomnie n'a pu tre dissipée par des frictions douces et répétées Sur la tête, ou par d’autres moyens légers.
Lorsque les douleurs de la Goutte sont violentés et perpétuelles , l'opium en faisant cesser l'insomnie ou les longues veilies, favorise la coction de la matière morbifique , el en procure ainsi la transpiration ; ce qui abrége la durée des attaques , comme Warner et Jones l’ont pensé.
Il faut surtout s'abstenir de l’opium dans les temps de l'attaque, où la nature travaille sensiblement à produire , à augmenter , ou à renouveler le dépôt de la matière goutteuse sur les articulations.
Les signes ordinaires de ces mouvemens critiques , sont des commotions spasmodiques et des sensations de fluxion dans un ou plusieurs membres ; et dans la partie même qui doit recevoir la matière goutieuse , des sensations d'engourdissemens , de démangeaisons , d'ardeur ou de refroidissement , d'extension, de ligatures qui seroient serrées avec douleur , etc.
Lorsqu'on juge nécessaire dé donner, de l'opium , il est le plus souvent convenable
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de le donner joint à d'autres remèdes qui peuvent être indiqués d’ailleurs ; comme par exemple , à l'ipécacuanha dans la poudre | de Dover , qui fait transpirer , et qui lâche le ventre.
ARTICLE ÏIlL.
De la Méthode Analytique du traitement des attaques graves de Goutte régulière où la fièvre est une affection dominante: