‹ Traite ́des maladies goutteuses (volume 2)Chapitre 39 sur 81 · XX XI · texte numérisé non relu

XX XI

Après avoir considéré l'usage des purgatifs dans les attaques de Goutte irrégulièrement prolongées ; je parlerai successive:

ment de l'utilité qu'ont, dans ces attaques, d’autres évacuans perturbateurs de l'affection goutteuse , des diaphorétiques actifs, et des diurétiques; des évacuans qui agissent par diverses voies d'excrétion à la fois, et des évacuans de diverses sortes combinés entre eux ; tous ces divers remédes étant employés suivant une méthode perturbatrice de la fixation des humeurs ou des mouvemens de ka Goutte sur la partie affectée.

140 AUD IRAA ANTUE

Je traiterai ensuite des remèdes altérans qui paroissent aYoir quelque chose de spécifique anti - goutteux , ou être singulièrement appropriés pour résoudre l’état goutteux dans les solides et dans les humeurs.

J'indiquerai l'usage général des topiques irritans et résolutifs , qui conviennent aux cas où les douleurs de Goutte sont trop persévérantes.

Je parlerai du régime qui convient à la fin, et dans les intervalles des attaques de Goutte irrégulièrement prolongées. |

Je marquerai enfin les remèdes qu'il convient d'employer pour la cure des lésions que ces attaques laissent souvent dans les extrémités affectées.

Les diaphorétiques actifs peuvent être très - souvent utiles dans les attaques de Goutte irrégulièrement prolongées, et dans l’état chronique habituel de Goutte qui succède à ces attaques, tandis que ces diaphorétiques sont généralement nuisibles dans l'attaque de Goutte régulière , où l'on a lieu de craindre qu'ils ne rendent les douleurs

intolérables , ou qu'ils ne portent la Goutte à l'intérieur du corps.

Le soufre est le premier des diaphorétiques dont l'utilité a été particulièrement éprouvée dans Ja Goutte (1). Il a été fort recommandé dans cette maladie par Cheyne, et récemment par M. Quarin, qui combine les fleurs de soufre avec divers autres remèdes , suivant les différentes circonstances des malades et la diversité des saisons.

Il est souvent avantageux de joindre à l'usage des fleurs de soufre , celui des décoctions des racines et bois sudorifiques, préparées avec l'addition de l'antimoine cru, dans un nouet , et celui de la résine de gaïac,

(1) M. Blumenbach ( Biblioth. Medicin. , T. 11, p. 503 ) a donné la recette d’une infusion aqueuse de soufre , que plusieurs Anglais lui ont attesté les avoir bien guéris depuis plusieurs années, de la Goutte dont ils avoient des attaques qui les rendoient perclus des extrémités pendant plusieurs mois de chaque année.

Ce remède, qu’on a continué tous les jours pendant un an a favorisé toutes les excrétions, mais singulièrement la transpiration. Pendant son usage, le malade v’a eu besoin de prendre aucun autre remède , ni de

faire aucun changement à son régime , pourvu qu'il fût modéré.

142 TRAITÉ pour les goutteux qui ‘ant d'un RE Ne ment froid.

Ce qui rend le soufre d’autant plus approprié dans un grand nombre de cas de Goutte, cest qu'il tient le ventre libre, en même temps quil pousse efficacement par la transpiration. |

Les disphorétiques sont singulièrement indiqués dans les cas de Goutte , où elle est accompagnée d’une acrimonie manifeste des humeurs ( comme lorsqu'elle succède aux fièvres exanthématiques , et à la rentrée des dartres et autres maladies de la peau ). Dans ces cas, on retire de très-bons effets du soufre , et des décoctions des racines de patience et de salsepareïille ( qu'on donne avec le fait , à ceux chez qui le lait n'est pas contreindiqué ).

Dans une Goutte vague qui se portoit à toutes les articulations , venue à la suite d'une dyssenterie grave ; Goutte qui tenoit le malade au lit depuis quatre mois, beaucoup d'autres remèdes ayant été sans effet, Thonérus après avoir fait précéder un purgatif énergique , guérit dans un mois de temps, en résolvant et chassant les sérosités qui se portoient sur les articulations ,

par l'usage d’une décoction de racine de squine et du bois de sassafras.

. Les diaphorétiques actifs conviennent particulièrement aux goutteux dont l'habitude du corps est cachectique et pâteuse. Prævotius a conseillé la décoction de gaïac dans ces cas. Werlhof y a recommandé pour les sujets pituiteux, la décoction de la racine d'aristoloche. Humelaver à vu la décoction de la racine de genièvre ( qui est plus résineuse et plus efficace que le bois } réussir fort bien dans les affections goutteuses froides et opiniâtres.

Cependant il faut éviter avec soin que les sueurs ne soient trop excitées chez les goutteux dont la constitution est usée, et qui sont sujets à avoir dans leurs attaques de Goutte prolongées, de l'abattement des forces , et de la diarrhée. C'est probablement d'après ces cas d'exception, que Sydenham a mal-à-propos condamné universellement dans la Goutte, les sudorifiques, | que les auteurs que je viens de citer, Helvétius et plusieurs autres, y ont fortement recommandés.

L'opium peut aussi être utile par sa vertu diaphorétique, dans des cas semblables de

Goutte, surtout étant joint à d’autres diaphorétiques, comme au camphre : combinaison qui est souvent bien entendue, quoi qu’en dise Tralles. Les assertions générales de cet Auteur contre l'usage interne de l’opium dans la Goutte, ne doivent point empêcher qu'on n'y ait recours dans les attaques de Goutte fort prolongées , en le combinant avec des excitans appropriés.

Il est certain que les narcotiques donnés seuls détruisent l'appétit, et qu'ils excitent (comme Cheyne l'a observé) des nausées et des vomituritions qui pourroient souvent attirer la Goutte à l'estomac. Mais lorsque la douleur et les veilles indiquent ce remède, Cheyne dit bien qu'il est à propos de donner lopium combiné avec des aromatiques et des nervins, comme avec la teinture de castor , le safran, les sels’ volatils , etc. Pechlin avait aussi conseillé de donner alors dans la Goutte, l'opium joint à des forti-

fians convenables.

Des diurétiques assez actifs peuvent ,

ainsi que les diaphorétiques, dissiper et évacuer la matière goutteuse. Leur usage

DES MALADIES GOUTTEUSES. 145 peut être avantageux, et il est surtout bien placé dans les attaques de Goutte irrégulièrement prolongées, et dans l'état chronique goutteux.

Les remèdes de ce genre les plus appropriés , sont les décoctions des bourgeons de sapin , des tiges de douce-amère , des racines de bardane et de pareira-brava ; décoctions auxquelles on peut ajouter de l'esprit de Mindérérus.

La vertu singulière de semblables diurétiques a été éprouvée dans la Goutte ; mais il me semble quelle y a été trop peu observée et suivie ; d'autant que la voie des urines peut être en général la plus convenable pour l'excrétion de la matière goutteuse (1).

Forestus rapporte qu'un homme qui étoit retenu au lit. par des douleurs de Goutte ,

(1) Galien ( {i6. v, de Sanit. tuendä ) ordonnoit aux goutteux la décoction de racine de persil dans du vin. |

Avicène ( 46. nr, Fen. 22, text. 2,c. 8 ) dit qu’on guérit par des diurétiques , ceux qui ayant des complexions humides, ont des douleurs froides des articulations.

+46 CDR AMILTRE D

sans pouvoir faire agir aucun de ses membres ,ne pouvant être guéri par aucun des remèdes que lui prescrivoient les Médecins , fit usage de la décoction de racine de bardane dans la bière ; ce qui lui fit rendre une grande quantité d'urines blanches et semblables à du lait, et qu'il fut ainsi délivré de ses douleurs (1).

Chez une fille qui avoit une Goutte vague, on fit appliquer deux larges vésieatoires sur les cuisses , ce qui fut suivi d'une fausse ischurie , et qui était pourtant sans aucun symptôme de fièvre inflammatoire ni de néphrétique. Closs lui fit prendre journellement de la manne et du nitre dans beaucoup de lait chaud. Ce remède produisit des selles aqueuses qui soulagèrent beaucoup , et de petites excrétions d'urine aqueuse. Le bain de vapeurs acheva promptement la guérison de cette ischurie : l'aconit pris ensuite pendant douze jours, dissipa la Goutte en causant une galle critique.

(1) C’est d’après des observations faites dans des cas analogues , que Linnæus a pu dire ( Mat, Med. ) que la qualité de la racine de bardane est wrinaria alba.

Je passe à ce qui regarde l'usage des remèdes , qui produisant plusieurs évacuations à-la-fois, opèrent de puissantes révulsions dans la Goutte habituelle et chronique , où on les emploie suivant des Méthodes perturbatrices dont MAGIE AROR j:

est suffisamment raisonnée.

Reichart (1) dit avoir vu dans la Goutte , particulièrement vague, les meilleurs effets de l’'émétique donné trois ou quatre fois par jour à très-petite dose ( comme d’un sixième de grain) avec de la magnésie, qui agit par les selles, et par les urines , etc. (2).

Il est plusieurs autres remèdes ‘évacuans qui agissent par diverses voies d’excré-

(1). Cité par Meuss ( Selectus Observ. Pract. Med. p. 26); et que je crois être l’auteur désigné dans l’Allgem. Deutsche Bibliothefk t. 11, p. 185.

(2) Small dit qu’il a souvent fait cesser dans leur commencement ses attaques de Goutte , lorsqu'elles n’étoient pas fortes , en prenant des doses très-modérées de tartre émétique, qui l’évacuoient par haut ou par bas. Mais un semblablemoyen , quoiqu'il pût réussir quelquefois, seroit souvent dangereux , quand la nature affecte sensiblement une attaque de Goutte régulière.

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tion à-la-fois, et qui sont particulierement appropriés dans la Goutte chronique.

Le plus sûr et le plus généralement utile

. de ces remèdes, est sans doute la gomme-

résine de gaïac, qui est purgative et sudorifique. .

L'on célébroit beaucoup il ÿ a quelques années, la dissolution de la gomme-résine de gaïac dans du taflia, comme un spécificue anti-goutteux, qui avait guéri souvent dans les plas violentes attaques de Goutte, et de manière à prévenir ensuite pendant plusieurs années les retours des attaques ( Weismantel ). | à

L'opération avantageuse que les fleurs d'arnica produisent souvent dans la Goutte qui est sans fièvre, tient en grande partie à la réunion de leurs effets vomitif , purgatif, et diurétique. |

Lange dit qu'un véritable spécifique dans la Goutte et le rhumatisme chroniques, est la décoction dans du vin, du lycopodium ( selago Linn., qui est le muscus erectus ). Il a vu guérir par ce remède plusieurs de ces maladies extrêmement rebelles, et il en rapporte un exemple fort remarquable, |

Il dit que ce remède pris à grandes doses a excité des évacuations violerites par le vomissement ou la diarrhée ( évacuations que rien même ne pouvoit arrêter, lorsque la dose de ce remède étoit trop forte); des fourmillemens excessifs dans tout le corps, et surtout dans les articulations ; une sueur abondante ; et chez les personnes fort sensibles, l’affoiblissement de la vue et des sens, et des convulsions.

Il assure que chez les sujets moins sensibles , ce remède étoit sûr et puissant dans la Goutte et le rhumatisme, étant pris à de moindres doses, qu'il falloit répéter plusieurs fois, quoique une seule dose un peu forte y eût sufhi dans quelques cas, pour opérer une cure parfaite.

D'autres méthodes perturbatrices sont celles où l'on combine, ou emploie alternativement , les purgatifs et les. sudorifiques, pour remédier aux attaques de Goutte invétérées et rebelles, comme à l’état chronique habituel qui succède à ces attaques.

Ainsi, chez les malades qui sont d'une constitution robuste , on peut faire user avec succès, d'une décoction sudorifique laxative; comme est le decoctum andi-ve

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