EL X
L’altération générale de la masse du sang, qui peut concourir au développement de sa diathèse goutteuse, tient souvent à la surabondance ou à la dépravation d’une humeur particulière.
Lorsque les sucs gras et huileux surabondent dans la masse du sang , il me semble qu'on peut être fondé à recommander, (comme a fait Bellini (+) ) le vinaigre étendu dans l’eau ( posca ) comme un bon préservatif de la Goutte. Mais il ne faut point oublier que l'abus du vinaigre peut porter trop loin la décomposition du chyle, et
(1) Epist. ad Lancisium.
occasioner des obstructions dans les viscéres, etc. | ;
Lorsque c’est l’atrabile qui domine dans l'altération générale du sang disposé à la Goutte, M Quarin dit, quon obtient un très-bon effet des sucs de pissenlit , de chicorée , et de beccabunga, auxquels il joint du suc d'oranges pour que l'estomac les supporte mieux. Dans plusieurs cas on peut ajouter utilement à ces sucs, des sels tartareux:; ou donner en même temps des eaux minérales salines. |
Lorsque la corruption atrabilaire du sang, que j'ai souvent observée dans la Goutte (1), est avec un haut degré de fixité et d'épaississement, on peut y essayer l’eau distillée de laurier-cerise, donnée à un petit nombre de gouttes, que M. Thilénius a dit récemment être un puissant résolutif de cette atrabile (2).
Quoiquon ne puisse adopter ( comme je l'ai dit) la théorie de Pietsch sur la cause générale de la Goutte, qu'il dérive du sperme mal préparé dans les organes de la gé-
(1) Voyez ci-dessus, n.° x.
(2) Medicin. und Chirurg. Bemerkungen ; p. 66,
nération afloiblis, où.il séjourne, et d'où il est ensuite resorbé dans le sang , on ne peut disconvenir que la mauvaise préparation de cette humeur, et la foiblesse de ses organes sécrétoires, ne présentent une indication quil importe de saisir chez plusieurs goutteux. |
On peut ordonner dans ces cas le remède que Pietsch propose trop généralement pour la Goutte. Ce remède est l'acide viitriolique dulcifié, auquel il ajoute l'usage d’un doux diurétique. Il conseille de plus des lotions de la verge et des bourses, faites avec ledu froide , et surtout avec la liqueur anodine minérale de Hoffmann, qu'il dit #ortifier beaucoup les parties génitales, et prévenir ainsi une nouvelle production de la matière de la Goutte.
J'ai vu dans un cas relatif, des effets sensiblement avantageux de semblables lotions des parties génitales, faites avec ‘la liqueur anodine minérale de Hoffmann, dans laquelle on avoit résous du baume du Pérou.
Troisièmement , je finis par les remèdes préservatifs de la Goutte, qui sont indiqués chez le plus grand nombre des gout- teux, dans lesquels domine l’affoiblissement nerveux général des solides , spécialement celui des organes digestifs.
Les martiaux, l'élixir de vitriol, le quinquina , et les stomachiques, surtout amers, sont les principaux de ces remèdes préservatifs. | ie
Dans les sujets goutteux chez qui plusieurs fonctions sont fort altérées par l'affoiblissement général nerveux, on doit travailler à les rétablir dans l'état naturel, par le quinquina et les martiaux ( qui sont les premiers des remèdes vraiment toniques ) donnés avec les précautions convenables.
On a combiné ces remèdes dans diverses compositions, entre lesquelles on doit distinguer les pastilles de Desault, préparées avec l’æthiops martial, la cannelle et le quinquina. Desault les a destinées surtout à soutenir la transpiration , dont il a pensé que le défaut est la principale cause de la Goutte.
Les martiaux long-temps continués, pris
avec les précautions nécessaires, et toujours joints à un exercice convenable, semblent être aussi des remèdes très-appropriés pour fortifier toutes les digestions ou préparations des humeurs, et pour prévenir ainsi (eur dégénération goutteuse. |
Mais en donnant des martiaux dans les intervalles de la Goutte, si on pousse trop loin Jeurs doses chez des hommes mélancoliques ou hypocondriaques, on peut exciter en eux l'attaque de Goutte qu’on veut prévenir. C’est ce qu'a bien vu M. de Sauvages (1).
Sydenham ne veut point qu'on emploie aucune évacuation intermédiaire , lorsqu'on a commencé à faire usage des remèdes fortifians et stomachiques. Cependant il est souvent nécessaire d'entreméler des purgatifs dans l'usage combiné du quinquina et des préparations martiales, surtout dans les sujets chez qui le tissu du corps est lâche et spongieux, et lorsqu'il y a empâtement des viscères du bas-venire,
IL est aussi des cas où l’on voit dés purgatifs et des excitans appropriés, que l’on combine assidument pendant long-temps,
(1) Nosof, Method. Art. Arthritis Melancholica.
produire des effets plus avantageux qu'ils n’auroient eu séparément. Ainsi M. Trampel assure qu'en continuant une année entière l’usage journalier de la rhubarbe mêlée avec du sel de corne de cerf, il a dissipé sans retour une Goutte qui étoit la plus enracinée possible.
Les eaux minérales ferrugineuses, comme sont celles de Pyrmont, de Spa, de Pougues, sont particulièrement utiles dans laffoiblissement nerveux qui domine chez des hommes affectés par la Goutte. La boisson de ces eaux doit toujours être précédée d’évacuations suflisantes.
Marcard à observé que les eaux de Pyrmont sont très-utiles pour guérir la Goutte, et pour en préserver, parce qu'elles rétablissent les fonctions de l'estomac et des intestins , et celles de tous les autres organes. Il assure qu'elles rendent surtout réguliers des paroxysmes de la Goutte, et que lorsque la nature est trop affoiblie pour chasser la matière goutteuse ou pour la déposer sur les articulations , ces eaux en augmentant les forces de la nature, préviennent les anomalies de la Goutte, et ses métastases sur les yiscères,
L'XTUT
Les remèdes qui étant bien administrés, sont le plus généralement des préservatifs de la Goutte, sont de la classe des stomachiques. Barry a fait les observations suivantes sur cet usage des stomachiques dans la Goutte.
Lorsque chez les goutteux l'appétit est dépravé, les remèdes les plus propres pour le rétablir, et pour affermir les forces digestives, doivent être adaptés aux constitutions particulières, et aux lésions déterminées de la première digestion. On ne doit pas attendre et on ne peut essaÿer avec sûreté, des changemens soudains. Les stomachiques doux qui sont agréables à l'estomac, le préparent pour d’autres stomachiques plus chauds et plus fortifians.
Les stomachiques aromatiques peuvent être utiles dans ces cas. Ainsi Boerhaave recommande comme un bon anti-goutteux , la conserve de romarin, donnée dans du vin du Rhin. Pechlin rapporte (1) qu'un empy-
rique donnoit avec beaucoup de succès aux
(1) Obs. 25, Lu.
goutteux, une infusion théiforme faite dans du lait, d'espèces nervines, comme lavande, sauge, marjolaine, etc.
Mais les stomachiques les plus efficaces pour préserver des retours de la Goutte, sont les amers, dont on continue l'usage pendant long-temps (1).
Les stomachiques amers dont on a éprouvé les meilleurs effets dans la Goutte, sont le chamædrys, le chamæpitys ( ou l'ivette), le trèfle d'eau, la petite centaurée, etc. ; mais surtout la racine de gentiane , et la quassia, qui peuvent être regardées comme ayant un caractère spécifique anti-goutteux.
M. Quarin dit qu'après en avoir fait de nombreuses expériences , il a trouvé la racine de gentiane aussi utile dans la Goutte que la quassia. |
Les anciens, comme on voit dans Galien et dans Cælius Aurélianus, ont conseillé diverses compositions d'espèces amères, dont ils faisoient continuer l’usage pendant très-long-temps pour préserver de la Goutte.
(1) On peut voir ce qu’a dit là-dessus , d’après la pratique de Doringius, Horstius , 4 vur. Observ, de Morb. extern. part. Observ. 3.
236 T'R AVITÉ
Alexandre de Tralles a décrit des remèdes, composés principalement d'herbes amères , dont il dit que l’usage continué pendant une année entière, a rendu à de vieux goutteux la liberté de marcher, et a même dissipé des tufs qui s’étoient formés dans leurs articulations.
Il est beaucoup de compositions analogues, qui ont été vantées contre la Goutte dans ces derniers siècles. Tel est l'elixirium anti-podagricum de Timæus à Guldenklee, qui est une teinture d'espèces amères dans l'esprit de vin tartarisé.
Telle est aussi la poudre du duc de Portland, qui a été pendant quelque temps fort employée en Angleterre comme un spécifique de la Goutte. Cette poudre qu'on faisoit prendre en substance, et en grande quantité pendant long-temps, est semblable à celle qui est décrite dans la Pharmacopée de Paris sous le nom de pluvis arthriticus amarus ( où les sommités de petite centaurée, et les feuilles de chamædrys et de chamæpitys sont jointes à parties égales avec les racines de gentiane, d'aristoloche ronde, ct de grande centaurée). |
Cullen dit que tous les goutteux à qui il
a vu faire un long usage de cette poudre du duc de Portland, ont été en effet garantis de toute attaque inflammatoire de la Goutte des articulations , quoiqu'ils fussent affectés de plusieurs symptômes de la Goutte atonique ; mais que peu après avoir fini l'usage de ce remède, ils avoient des attaques mortelles d'asthme , ou d'hydropisie, ou d’affections apoplectiques et paralytiques ( qu'il a observé être dépendantes d’épanchemens dans le cerveau ).
Cadogan pense que cette poudre excite, pendant qu'on en use , une fièvre constante; qui empêche la matière goutteuse de se fixer nulle part. Il assure que dans l'espace de six ans, il a vu périr cinquante à soixante partisans de cette poudre , qu’elle avoit:
garantis de la Goutte pendant deux ou trois ans.
Ces observations sont parfaitement conformes à celles qu'avoit faites Cæxlius Aurélianus. Il rapporte que ceux qui pour préserver de la Goutte, faisoient prendre pendant une année entière, des médicamens composés d'amers ( comme le Diacentaurion , etle Diascordeon ) , observoient de ne. les donner qu'à ceux qui avoient la Goutte
depuis moins de cinq ans, etseulement après y avoir préparé le corps, et ôté tout obstacle à leur usage , etc. |
Cependant il pense d’après Soranus, qu'il faut toujours craindre la longue continuité de ces remèdes. Il cite d'anciennes observations , sur des goutteux qui, ayant continué long-temps de prendre ces remèdes , avoient, péri d'apoplexie ou d'inflammation de poitrine , ou avoient été attaqués d’autres maladies aiguës , ou étoient devenus sujets à une difficulté perpétuelle de la respiration.
Une observation analogue est celle de Bocrhaave , qui dit (1) , que l'usage de Paristoloche ronde adoucit la podagre ,;-mais qu'il raccourcit la vie.
Cependant l'usage modéré des amers est assez sûr, et peut avoir beaucoup d'avantage pour les goutteux, pourvu qu'il soit gouverné suivant les indications.
M. Bosquillon dit qu'il a vu plusieurs vieillards , qui, depuis plus de vingt ans, faisoient impunément usage de la poudre arthritique amère du Codex de Paris, et qui l'ont assuré en avoir éprouvé de bons effets.
(1) Dans ses Lettres à Bassand,
Sans doute les directions de leurs Médecins , ou les lecons de leur propre expérience , leur avoient appris à porter dans l'usage de ce remède, les modifications nécessaires. |
ÉXLIL
Il est facile de voir plusieurs causes des effets nuisibles que doivent avoir chez les goutteux, ces remèdes amers continués pendant
‘ Leur usage excite irrégulièrement les à rces des organes digestifs, et trouble ainsi le développement naturel de ces forces. Le nouvel ordre introduit par ces remèdes, en rend l'habitude de plus en plus nécessaire pour soutenir l'intensité et l'accélération vicieuses des mouvemens de la digestion. Souvent aussi 1l faut augmenter leurs doses à un degré nuisible , afin que la nature ne s’accoutume pas à l’action de ces médicamens. |
2. Ces remèdes en excitant l'appétit, plus quil ne convient aux forces des organes de la digestion , occasionnent des erreurs de régime, et ne peuvent suflire pour assurer la digestion des alimens. pris avec excès.
240 TRAITÉ | Cette remarque est de Werlhof. On peut ÿ ajouter , qu'après chaque opération de ces remèdes, les organes digestifs en perdant cette force artificielle, tombent dans un état de foiblesse relative d'autant plus grande. |
3.0 On peut douter avec Werlhof, si l’usage perpétué très-long-temps , de médicamens amers, qui ne peuvent donner des sucs alimentaires , ne peut pas enfin intro- .duire dans les humeurs , une cerasse ou mixtion qui leur est étrangère.
4° Les amers sont particulièrement nuisibles, lorsqu'on en use avec excès chez És goutteux dont les humeurs sont altérées par un âcre bilieux. PRE
Les Anciens avoient déjà remarqué que les remèdes amers continués long-temps, pouvant étre utiles aux gouticux d'une constitution pituiteuse , étoient nuisibles.
aux bilieux. |
Paul Æginète a dit (1) que des remèdes continués pendant tout le cours de l’année pour détruire entièrement la Goutte , Ont soulagé beaucoup de malades phlegma-
(1) L. 1, ç. 78, p. 127, Ed. Gr. Basil
DÉS MALADIES GOUTTEUSES. at tiques : mais qu’ils ont causé une mort très» prompte aux sujets d'un tempérament chaud et sec, par une métastase de la matière de la Goutte sur les intestins , les reins, la plèvre et le poumon , ou sur quelque autre organe principal. |
Gaubius a donné une observation intéres:
sante sur un goutteux qui étoit d’un tempérament bilieux , et chez qui après un long usage de la poudre du duc de Portland, l'humeur de Goutte se porta manifestement sur le poumon, où elle causa une maladie mortelle.
5° Brunner a observé que l’usage habituel des amers ruine appétit, affoiblit les organes , et rend même les attaques de Goutte plus fréquentes et plus fâcheuses, chez les goutteux disposés aux irritations spasmodiques ;, dont la sensibilité est extrême , et qui sont fort agités par les veilles " ou par le moindre excès d'alimens ou dé boissons.
La dépravation de la sensibilité rend tel ou tel amer particuliérement contraire à certains individus goutteux ; comme étoient , par exemple ; ceux dont l'estomac étoit
2h2 T'RALTÉ | offensé , à ce que dit Quarin , par l’infusion de chamædrys. | |
On explique par les causes précédentes , pourquoi l'usage des amers étant excessivement continué par les goutteux, leur est nuisible, quoiqu'il ait pendant long-temps l'effet palliatif de les préserver des attaques de la Goutte aux articulations.
Mais il reste à expliquer ( c'est-à-dire , à rapporter à un principe général résultant d'un très-grand nombre de faits analogues entre eux }, ce fait constaté par l'observation , que les maladies aiguës des viscères, qui prennent la place des attaques régulières de Goutte empêchées de se former aux articulations , et qui sont déterminées par ce long abus des amers , sont communément mortelles.
La cause me paroît être dans le principe suivant queJai développé ailleurs.
Lorsque les forces agissantes d'un organe souffrent pendant long-temps de grandes altérations, en excés comme en défaut, leur lésion trouble, directement dans cet organe, ét sympathiquement dans d'autres organes, surtout dans ceux qui se trouvent
7 DES MALADIES COUTTEUSES. 213
ètre relativement plus foibles, l'ordre naturel ou accoutumé des fonctions.
Mais d'autant que c’est à cet ordre naturel que tient essentiellement la reproduction des forces radicales dé la vie , celles-ci sont toujours profondément affectées par la longue durée de la répétition des excès dans l'action d’un organe principal , relativement à son activité qui étoit établie par la nature ou par l'habitude.
Ainsi l'excitation violente de l’action des organes digestifs étant continuée très-longtemps par l'usage assidu des amers , il en résulte un affoiblissement ruineux et toujours croissant des forces radicales de la vie dans plusieurs organes, et spécialement dans ceux qui souffrent une infirmité .relative. Or cette extrême diminution de ces forces radicales, ne peut que rendre communément mortelles les maladies aiguës des viscères , qui viennent à remplacer les attaques de la Goutte aux articulations,
4h TRAITÉ