CHAPITRE PREMIER
Histoire du Rhumatisme.
L. médecins Grecs ont compris le rhumatisme sous le nom général d'Arthritis , ou maladie douloureuse des articulations (1).
Baillou , que je regarde comme le plus grand des médecins qui ont vécu dans ces derniers siècles , a été le premier qui ait.
séparé le Rhumatisme de la Goutte, et indiqué la différence réelle de ces deux maladies : mais il a dit que le Rhumatisme est
(1) Entre autres passages qui le prouvent ; VOYEZ Galen. , Oper. , T. 1v, p. 587, Ed. Grœc. Basil.
290 AT BUTANTUNQUE:
congénère avec la Goutte, et paroît être une Goutte universelle. |
Murray (1) regarde le Rhumatisme et la Goutte comme ne faisant qu'une seule et même maladie, et il s'attache à le démontrer , parce que ces affections se ressemblent dans leurs symptômes , et dans les indications de leur traitement.
Mais on ne peut douter qu'il ne soit nécessaire de distinguer le Rhumatisme d'avec la Goutte , et de les traiter diversement, quoiqu'on reconnoisse la très-grande affinité de ces deux maladies , et leur réunion essentielle dans une même classe.
Je vais exposer les différences principales de la Goutte et du Rhumatisme. Elles ont été recueillies par Selle et par d'autres auteurs, et se réduisent aux suivantes.
La première est celle des siéges qu'affectent ces deux maladies. Cette différence mar-
(1) Disquisitio de Materiä Arthriticà ad verendä aberrante , dans le second vol. de ses Opuscules. Je trouve qu'il dit la même chose dans sa Matière Médicale , tome ui ; p. 14, en parlant de l’aconit.
- DES MALADIES GOUTTEUSES. 20 iquéé d'abord par Baillou, a été reconnue par les médecins qui l'ont suivi, avec quelques variations d'autant plus naturelles, que les limites de ces deux siéges ne sont pas rigoureusement fixées.
Ludwig et Vogel ont pensé que le Rhumatisme né diffère de la Goutte, que par la diversité des parties que ces maladies affectent.
J'ai dit ci-dessus que le siége de la Goutte des articulations est essentiellement dans les ligamens , dans le périoste , et dans les autres parties voisines des articulations qui sont attenantes aux os ; mais le Rhumatisme occupe principalement Îles parties musculeuscs qui sont placées entre les arti- <ulations.
On observe souvent ( comme Cullen la remarqué ) que dans le Rhumatisme, le progrès des douleurs se fait sentir rapidement d'une jointure à l’autre, suivant la direction des muscles interposés.
Il semble que l'affection rhumatique des muscles se fait ressentir spécialement dans leurs tendons. Le Rhumatisme attaque souvent , comme Cocchi la bien vu, les expansions tendineuses dites aponévrotiques ,
qui recouvrent les muscles du cou , da dos et des extrémités. Il est à remarquer que ces aponévroses étant placées presque sous la peau, sont le plus souvent exposées à l'action du froid, qui est la cause déterminante la plus générale du Rhumatisme.
Le Rhumatisme affecte plus communément les grandes articulations des extrémités supérieures et inférieures , et rarement leurs petites articulations, comme celles des doigts ou des orteils, qu ACHRE communément la Goutte.
Les personnes jeunes, pléthoriques, qui ont des passions vives, chez qui l'organe extérieur est d’un tissu spongieux et fort, sont sujettes au Rhumatisme ; lorsquelles souffrent des répressions soudaines de la : transpiration, et des suppressions des évacuaiions de sang habituelles. |
Les gens sujets à la Goutte sont ordinairement des hommes bien nourris , mais chez : qui les excrétions ne se font plus comme . dans la jeunesse , qui ont l'habitude du - corps d'un tissu lâche, qui sont énervés, . soit par des causes physiques ( entre lesquel- . les peuvent être, des altérations causées par
des Rhumatismes qui ont précédé (1) }, soit par les plaisirs , et par les fatigues de l'ame. ( Hoffmann. ) ;
Le Rhumatisme n’est jamais sensiblement héréditaire ni contagieux , et M. Quarin a même pensé que c'est peut-être en cela que consiste sa principale différence avec la Goutte.
Il peut n'attaquer qu'une ou deux fois dans le cours de la vie ; ou il ne revient point habituellement , comme fait la Goutte, par des reprises plus ou moins régulières.
Enfin ses attaques ne sont point accompagnées d'une lésion sympathique particulière des organes digestifs.