XIV
On doit considérer et traiter d'une manière particulière la fièvre symptomatique du Rhumatisme aigu lorsqu'il occupe vaguement une grande partie de l'habitude du corps , et quil s'étend à plusieurs articulations avec les formes de la Goutte.
En effet , il se joint alors généralement à cette fièvre des symptômes de la dépravation de la bile ou de la pituite, et de leur congestion dans les premières voies, quoique les vices et les mouvemens de ces humeurs ne soient pas portés au point de former une fièvre putride des premières voies, qui complique ce Rhumatisme ( complication dont je parlerai dans l’article suivant )..
Schroëder (1) a fort bien décrit par les
{1) Dans sa dissertation de Arthritide F'agä.
signes suivans , cette fièvre symptomatique de ce Rhumatisme goutteux.
Il s’y forme successivement des tumeurs inflammatoires à l'endroit des différentes articulations : et ces tumeurs laissent des nodus lorsque la maladie a été violente et prolongée. Les urines y renferment des filamens muqueux, qui en se desséchant donnent une matière calcaire. Il y survient des vomissemens qui sont acides , et d'une couleur verte : et les sueurs qui succèdent dans la rémission des douleurs des articulations, ont une odeur particulière subacide pénétrante.
Cette maladie après avoir duré communément une, deux ou trois semaines, peut se terminer par différentes solutions critiques. Tantôt le cours de la bile y étant rétabli, le ventre devient plus libre et les urines se chargent d'un sédiment jaunâtre: tantôt il survient un flux de règles ou d'hémorroïdes. Enfin , le plus souvent il s'établit des sueurs salutaires qui sont ou universelles , ou bornes au-dessus des parties souffrantes et tuméfiées. |
Schroëder observe que lorsque ces crises ordinaires sont empêchées , la maladie se
porte quelquefois avec beaucoup de danger sur les parties internes où il se produit alors facilement diverses affections inflammatoires et spasmodiques. Cela est surtout à craindre si l’on a négligé la saignée , et si l'on emploie les sudorifiques lorsqu'il y a encore une forte disposition inflammatoire.
De semblables erreurs de traitement dont on ne soupconne point le danger, peuvent rendre cette maladie funeste , tandis qu'elle l'est fort rarement quand elle est bien traitée.
Le traitement de cette fièvre symptomatique de ce Rhumatisme goutteux, ne doit pas être le même qui a été prescrit en général pour la fièvre simplement symptomatique du Rhumatisme aigu. Mais il doit être combiné avec celui qui convient aux mouvemens vagues des humeurs qui dans cette fièvre rhumatique goutiteuse , affectent à la fois , ou menacent successivement divers organes. è :
Dans cette fièvre , il faut ordonner un régime antiphlogistique , une nourriture végétale , le petit-lait , des boissons nitrées , etc.
Les saignées sont indiquées dans cette fièvre à proportion de ce que l’état inflammatoire y domine, et qu'il y a moins de signes d'une congestion de bile et de pituite dans les premières voies.
Il est souvent utile GARPAUUEE des sangsues au-dessus des articulations qui s sont SuCcessivement affectées.
Les vésicatoires appliqués aux mêmes endroits peuvent aussi être indiqués, et dans le cours de la maladie pour prévenir les dépôts de la matière rhumatique à l’intérieur , et ensuite pour dissiper les douleurs qui persistent opiniâtrément.
Lorsque l'humeur bilieuse en se DOrlan sur les viscères précordiaux , augmente la fièvre et les douleurs , les émétiques peuvent être très-bien indiqués, ainsi que des laxatifs convenables souvent répétés.
Lorsque l’humeur rhumatique menace de se déposer sur les parties internes, ü faut donner fréquemment le camphre et d'auires excitans diaphorétiques , et recourir aux vésicatoires. | |
C'est surtout vers le déclin de ce Rhumatisme , lorsque le pouls est ramolli et que les douleurs sont moins vives el moins
fixes, que les sudorifiques peuvent être bien placés, et qu'il est le plus généralement indiqué de fépéter les pure anti-phlogistiques.
Quand la fièvre aiguë a cessé, s'il reste de la roideur et de l'engorgement dans les articulations qui ont été affectées, on donne avec succès des décoctions sudorifiques, le mercure doux joint au kermès minéral, la poudre de Dover ou le tartre émétique combiné semblablement avec un narcotique. |
Dans la convalescence de cette maladie, il faut insister sur des toniques et sur des anti-goutteux appropriés.