‹ Traite ́des maladies goutteusesChapitre 13 sur 116 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

De la Sciatique.

X LVIT.

(), a donné trop généralement le nom commun de sciatique à toute douleur permanente qui à son siége dans la région de l'articulation de l'os de la cuisse avec les os du bassin , soit dans les os même , soit dans les parties voisines de cette articulation.

De Haën qui a souvent désigné ainsi vaguement la sciatique sous le nom de morbus coxarius , observe (1) que la cause de cette douleur a un siége très-obscur , d'autant qu'elle peut exister conjointement ou séparément dans un grand nombre de parties diverses qui sont les tégumens, le fasciadata , les cartilages , la substance même et la moelle des os articulés dans la hanche, les glandes mucilagineuses de cette articula-

tion, etc.

(1) Rat. Med. ; L. 1v, p. 157.

On voit qu'il est inexact de comprendre sous le nom générique de sciatique, ou de imorbus coxarius , toute maladie dépendante d'un abcès formé dans les parties que con:

tient , ou qui environnent l'articulation de la hanche.

Cet abcès est produit le plus souvent à la suite d’une inflammation que cause une contusion violente avec rupture du tissu des parties offensées, ou bien une métastase d’humeur purulente qui se jette sur ces parties, Cette métastase a lieu surtout , comme Hippocrate l'a remarqué dans une maladie aiguë , avant laquelle ces mêmes parties ont beaucoup fatigué et souffert (1).

La maladie que cause l’abcès qui succède à l'inflammation de ces parties , est distinguée par Cullen comme formant un genre particulier qu'il appelle arthropuosis. Il dit avec raison qu’il faut séparer ce genre de maladie du Rhumatisme et de la Goutte , qui ne se terminent point par suppuration. Mais il

(1) On peut rapprocher de cette observation d’Hippocrate celle qu’a faite Reimann , quela sciatique est particulièrement suivie d’abcès dans les femmes enceintes.

Il, L)

reconnoît qu'on n'a point de caractère assez certain pour faire distinguer toujours cette maladie du Rhumatisme chronique , ou d’autres maux qui ont des apparences semblables. |

Cullen caractérise ce genre de maladie par les signes suivans. Les douleurs qui s’y font sentir dans les articulations , ou dansles parties musculeuses et souvent à la suite d’une contusion , sont profondes , obtuses, et de longue durée. Il n’y a point de phlogose à l'extérieur, ni de gonflement , ou bien il est étendu et peu considérable. Il s'établit une fièvre qui est d'abord légère et ensuite hectique.

Pendant le cours de ces symptômes il se fait un dépôt dans la partie affectée; et ce dépôt, si on n y remédie assez promptement, cause la carie des os, l'érosion des cartilages et des ligamens, etc.

Dans le traitement de ce genre de sciatique, il faut tâcher avant tout de prévenir la formation de l'abcès, en arrêtant les progrès de l’inflammation , ou en détournant la métastase qui le précède. Mais si l’on ne peut y réussir , il faut attirer, autant qu'il est possible, l'humeur purulente hors de l’articu-

lation par les remèdes les plus actifs, comme par les sétons, les caustiques, des vésicatoires larges et réitérés qu'on applique sur l'endroit affecté (ainsi que le pratiquoit Bocrhaave), des brûlures profondes, dont la douleur est plus courte, et l'effet plus avantageux.

. Si on est obligé d'ouvrir le dépôt qui s’est fait dans l'articulation , de Haën dit avec raison que ce doit être par une petite ouverture , et qu'on doit panser la plaie rarement. Il conseille aussi trés-bien la diète lactée, et le quinquina à grandes doses, pour la phthisie qui survient, qu'il appelle coxaria ou ischiadica.

Zacutus Lusitanus (1) assure avoir parfaitement guéri par la méthode suivante

cette tabes coxaria., dans u® grand nombre de sujets qu'on ne pouvoit soupconner de mal vénérien. |

Il modéroit d'abord la chaleur fébrile par l'usage du petit-lait , des émulsions , de l’eau de poulet, de l’eau distillée de limacons , et d'autres remèdes tempérans, tant internes qu'externes. Ensuite, quoique la fièvre fût

(1) Praxis admir., {£. 1, os. 1354

encore forte, il faisoit suer pendant quarante jours, une fois le jour, ou de deux jours l’un , avec la décoction de salse-pareille et de bois d'ébène, auquel il attribuoit les vertus du gaïac.

Zacutus Lusitanus appuyoit cette méthode sur les observations analogues de Fracastor et d'autres, qui ont guéri des ulcères du poumon par l’usage de la décoction de galac.

NLVTTE

Je ne m'arréterai point à faire l’'énumération de toutes les espèces de sciatiques que l'on doit remarquer comme symptomatiques d’autres maladies, où elle est l'effet d’une congesiion dussang et des humeurs déterminée sur Fr, voisines de l'articulation de la hanche. Telles sont les sciatiques que souffrent des femmes hystériques , qui surviennent à des accès de fièvre que produit un dépôt laiteux , qu'excitent les vers, que causent la vérole et le scorbut, etc.

Le traitement de ces espèces de sciatique est toujours principalement relatif à celui des maladies qui les causent , si ce n'est dans les cas où il existe de véritables complica-

DES MALADIES GOUTTEUSES. 6a

tions de ces maladies avec la Goutte ou le Rhumatisme. |

J'ai vu une sciatique produite dans un état d'irrégularité et de diminution des règles, où l'on avoit employé, sans aucun bon effet, beaucoup de remèdes externes et internes dirigés contre le mal local , tempérans, calmans , narcotiques , épispastiques, etc.

La saignée du pied, et d'autres remèdes indiqués pour le iraitement de la fluxion qui causoit cette sciatique , eurent le plus heureux succès. |

Hoffmann a guéri de même par la saignée du pied , une sciatique formée à la suite d'une suppression des hémorrhoïdes.

Entre les espèces de sciatique symptomatiques, que les‘auteurs de Nosologie n'ont point fait entrer dans leurs listes , il en est une qui mérite une attention particulière, cest la sciatique scrofuleuse , ou causée par une congestion de la lymphe, dont le cours est habituellement dérangé dans le système des glandes conglobées et des vaisseaux absorbans. J'en ai un exemple fort remarquable. |

Un homme âgé de cinquante ans, qui avoit depuis cinq ans un ulcère cancéreux

au mamelon gauche , s'étant exposé plusieurs fois à un air froid et humide * étoit devenu sujet , depuis un an, à des douleurs très-vives à la hanche gauche. Pendant cette année , il n'avoit point été incommodé , pour ainsi dire, de son cancer. Mais il lui étoit survenu alors une tuméfaction des glandes des aines, et la cuisse gauche souffroit dans sa partie supérieure ét antérieure , un engorgement indolent et très-dur, qui s'étoit formé sous l’aponévrose du fascia-lata , etc.

On voit que dans la sciatique scrofuleuse , le traitement doit être essentiellement dirigé contre le vice de la lymphe , .et l’altération de son cours dans le système lymphatique.

C'est d'apres la considération de ses vertus anti-spasmodique et résolutive , qu’on a prescrit sans doute dans des cas semblables, l'usage externe et interne de l’assa-foœtida, que M. Selle assure avoir fréquemment de bons effets dans une espèce de Rhumatisme chronique du cou (rigiditas coli ), qu'il dit dépendre très-soëvent d’une acrimonie scrofuleuse.

L’'assa-fœtida me paroît être spécialement indiqué dans les cas de sciatique avec

affection scrofuleuse des parties qui forment l'articulation de la hanche ; lorsqu'on présume qu'il y existe un commencement de carie des os articulés. Dans ce cas, Pott a prévenu plusieurs fois les progrès de la caustique carie, au moyen d'un ulcère établi par un placé dans le voisinage du siége de la maladie, précisément au-dessus on audessous de l'articulation affectée.

Après avoir parlé de la sciatique que constitue un abcëès purulent dans larticulation de la hanche, où dans les parties voisines , à la suite d’une inflammation où d'une métastase , et des espèces de sciatique qui sont symptomatiques d'autres maladies, je vais traiter, dans deux articles séparés, de deux espèces de sciatique qui sont essentielles , et auxquelles ce nom semble devoir être réservé. La première est la sciatique de nature goutteuse ou rhumatique ; la seconde est la sciatique nerveuse.

Il n'est point étranger au sujet de cet Ouvrage de traiter de la sciatique nerveuse, d'autant que j'ai observé (comme je le dirai ci-dessous } qu’elle se combine très-souvent avec l'affection goutteuse ou rhumatique des parties voisines de l'articulation de la

72 TRATTÉE

hanche. Cette affection peut aussi produire la sciatique nerveuse, -en portant spécialement sur les membranes des nerfs sciatique ou crural. |

Page 1