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La sciatique goutteuse attaque surtout les vieux goutteux. Elle est souvent précédée ou suivie de tumeur arthritique aux pieds , se fixe à l'os sacrum ou à l’articulation du fémur , est périodique, et non constante, comme est la sciatique rhumatique invétérée (Sauvages ).
Il faut remarquer, avec Chesnau, que plusieurs personnes sont sujettes à une sciatique dun caractère qui paroît goutteux (même sans quil y ait toujours alors de rougeur hi de tumeur sensibles) , quoiqu'elles n'aient point de douleurs goutteuses dans d’autres articulations. |
La sciatique rhumatique n’est accompagnée d'aucune douleur, ni tumeur aux ar-
ticulations des pieds ni des mains. Elle
attaque les muscles placés entre los sacrum et le genou, et même ceux de la jambe ; affectant spécialement ceux qui sont sous le fascia-lata ( Sauvages ).
Dans l’une et l’autre sciatique, la douleur est parfois si violente, que le malade ne peut marcher que plié vers le côté affecté, et ne peut se redresser vers le côté opposé sans une peine extrême. Cette douleur s'étend de la partie supérieure de la cuisse vers le pied, avec stupeur des parties qu'elle occupe. Enfin, lorsque le mal est d’une longue durée, l'extrémité infé- rieure s’affoiblit de plus en plus, se dessé-
che et se raccourcit, et le malade finit par boiter de ce côté. On voit même des. malades qui tombent enfin dans la consomption de tout le corps ( Clifton Ÿ R
La sciatique est quelquefois, accompagnée de difficulté d’uriner, et très-souvent de constipation (1). L'on y observe aussi quel-
(1) Cælius Aurélianus dit que dans la sciatique , l’excrétion des selles est difficile et très-douloureuse, à cause que l'air retenu ( dans l’effort pour aller à la sarderobe ) frappe sur les parties affectées qui sont dans un état de tension (04 tensionem et spiritus re- &enti percussum ).
quefois un gonflement de presque tous les vaisseaux sanguins de l'extrémité inférieure affectée (Juncker ).
Musgrave traite fort bien la sciatique goutteuse. Il y conseillé, dans les pléthoriques, l'évacuation de sang par les ventousés avec scarification, quon applique à l'endroit de l'articulation de la hanche; les purgations répétées par intervalles, avec le mercure doux, et des purgatifs résineux ; et sur la partié affectée, l'application de divers épispastiques , et de vésicatoires dont on entretient la suppuration pendant huit à dix jours.
Lorsque l'humeur goutteusse, très-abondante dans l'articulation de la hanche, empêche le mouvement ét cause le boiter, Musprave dit qu'il n'y a rien de plus puis- “sant que le séton, qu'il a souvent vu être très-utile pour évacuer le miasme arthritique. Il ordonne de faire user ensuite pendant deux mois, d'eaux minérales diurétiques d’une activité modérée, ou même pendant plus long-temps, de la tisane des bois sudorifiques.
Musgrave à rapporté (1) le traitement heureux qu'il fit d'une sciatique goutteuse, dont les douleurs intolérables avoient fait perdre le sommeil et le repos, et causoient une chaleur hectique et des sueurs colliquatives. Il y employa habilement divers remèdes tempérans, toniques, diaphorétiques, outre le séton, et d'autres remèdes qui procurèrent des évacuations avantageuses de la. matière contenue dans une tumeur
qui s’étoit formée auprès de l'articulation de
la hanche.
Je vais exposer, avec le détail nécessaire, la méthode de traitement qui convient à la sciatique rhumatique.
Dans le premier état de cette sciatique, s'il y a eu suppression de pertes de sang habituelles, cette suppression indique des évacuations de sang générales, et souvent d’autres dérivatives et locales. : |
Des purgatifs médiocres, dont l’action est continuée par l'usage des lavemens émolliens et laxatifs, suffisent d’abord pour opérer une évacuation générale par les selles,
(1) De Arthrit. primig. régut. , p. 169.
des tumeurs bilieuses et pituiteuses, dont la congestion dans les premières voies ne peut qu'occasioner l’aggravation de la sciatique. |
L’utilité de cette pratique est rendue sensible par une observation de Baglivi, qui dit, que si l'on donne un purgatif dans la première heure, ou peu d'heures après la première invasion de la sciatique, ce purgatif seul, ou tout au plus répété une fois, dissipe la maladie, ce qu'on ne peut obtenir lorsque le mal est invétéré.
Dans la méthode analytique qui convient à l’état avancé ou chronique de la sciatique rhumatique, il faut employer, 1.° des évacuans révulsifs fort actifs, comme sont des purgatifs énergiques et des lavemens âcres ; 2° des résolutifs fondans (auxquels il peut être utile d'ajouter des sédatifs) combinés avec des résolutifs comme spécifiquement appropriés contre l’état goutteux rhumatique; 3.° des topiques appropriés pour dissiper l’engorgement des parties affectées.
Premièrement. Les purgatifs énergiques, et les lavemens âcres sont alors des révulsifs et dérivatifs perturbateurs de cette maladie, qui suspendent et changent l'état
DES MALADIES GOUTTEUSES. ÿn
rhumatique des solides, en même temps qu'ils procurent, par la voie la plus prochaine , l'évacuation la plus convenable des humeurs fixées dans l'articulation de la hanche. |
Les anciens et les médecins des derniers siècles, ont ordonné généralement dans la sciatique , des vomitifs, et ensuite des purgatifs fort actifs. Rondelet y conseille les vomitifs, et particulièrement la décoction de la racine d’asarum, qu'il dit y être spécialement appropriée. Il assure en avoir fait l'usage le plus heureux dans beaucoup de malades. Mais ïil observe que , comme f'asarum' purge à la manière de l'ellébore, il ne faut l'employer que dans les personnes qui peuvent vomir facilement et sans danger , après y avoir préparé par des lavemens, etc. |
Dahlberg a vu de bons effets, dans la Sciatique et les Rhumatismes, de la teinture de coloquinte, prise de douze à vingt gouttes, dans de l'eau froide, quatre ou cinq fois par jour. D’autres y ont conseillé le jalap à grandes doses. Chesneau dit que la poudre cornachine est très-eflicace pour dissiper la sciatique.
Dioclès prescrivoit dans la sciatique des lavemens préparés avec des purgatifs trèsâcres, et qui fissent rendre du sang ( Cælius Aurélanus). Rhazès a dit qu'il a vu plus de mille fois, des affections goutteuses dissipées lorsqu'on donnoit après la purgation générale, des lavemens préparés avec la coloquinte, l'élaterium, etc., qui attiroient la matière d’une telle force, quils blessoient les intestins, et en faisoient sortir du sang, mais avec l'effet de faire cesser la douleur dans le jour même (1).
Sans doute Dioclès et les premiers qui ont conseillé cette pratique dangereuse, y ont été conduits par les observations d'Hippocrate , sur l'utilité de la dyssenterie pour guérir des affections goutteuses qui ont formé des tufs aux articulations (2) (ce qui a lieu particulièrement dans la sciatique, suivant Cælius Aurélianus ).
(1) Galien a conseillé aussi comme étant utiles dans la sciatique, en faisant rendre du sang (ce qui n’est pas vraisemblable ), des lavemens préparés avec les graines de thlaspi, dont il exagère manifestement les vertus emménagogues , abortives, ete. De Simplie. Medic. Facul., lib. V1, cap. vu,
(2) Prædiction., & n, cap. xx.
Des lavemens âcres ont été recommandés pour la sciatique , par divers Médecins - des derniers siècles (1), qui les y ont employés , lorsque des dlavemens moins actifs avoient été inefficaces.
Mais en général , il est mieux de se borner à l'emploi des lavemens d’une activité médiocre , comme avec le séné, le jalap , l'hiéra-picra , etc. Des lavemens plus âcres ne sont guère mis en usage dans la sciatique , que par des charlatans ; et cependant ils y ont quelquefois beaucoup de succès, comme l’a reconnu M. Cotugno.
On a observé aussi que des lavemens âcres guérissoient promptement la sciatique, lorsqu'ils faisoient rendre de la pituite vitrée. C'est dans des cas analogues , que les lavemens viscéraux de Kæmpf peuvent être trèsefficaces.
Secondement. Entre les remèdes qui ont une vertu fondante très-sensible , les mercuriels et les antimoniaux sont particulièrement indiqués dans les cas rebelles de scia-
(1) Voyez Morg: gagni, Epist. Anat. Med. iv, 5.
tique rhumatique invétérée , où les humeurs sont épaissies par leur fixation profonde dans les parties affectées. Hoffmann y recommande le mercure doux, le régule médicinal d’antimoine , etc. |
Cirillo assure quil a traité pendant longtemps , avec un succès extraordinaire , des sciatiques invétérées , soit Vénériennes , soit autres , en faisant faire des frictions de sa pommade préparée avec le sublimé corrosif et la graisse , sous la plante du pied correspondant au siége de la sciatique (1).
L'action des fondans métalliques est trèssouvent d'autant plus assurée , lorsqu'on les combine avec l’'opium. Plusieurs Observateurs ont vu généralement de semblables combinaisons réussir dans ces maladies.
Fothergill a obtenu ‘dans la sciatique , le plus heureux succès du calomélas pris cha: que nuit à un ou deux grains, en donnant par-dessus une mixture de trente gouttes, de vin stibié , et de vingt-cinq gouttes de laudanum liquide, dans des eaux alexitères. Il assure que les vraies sciatiques ont presque toujours été guéries en peu de semaines D QU Net 0 RAR ANS es NqNer EL
(1) Voyez le Journal de Médecine , juin 1785.
DES MALADIES GOUTTEUSES. … 8e
par ce remède ( dont j'ai vu de bons effets À.
Un autre résolutif efficace des humeurs fixées qu'on a fort recommandé dans la sciatique, est l'huile de térébenthine. Cheyne l'a proposé le premier , et Home a conseillé de la faire prendre à petites doses avec beaucoup de miel , en usant par-dessus d’une boisson abondante. M. Herz dit, avec raison , que ce remède ne réussit dans la sciatique , que lorsqu'elle n'est pot accompagnée de fièvre.
M. Durande a trouvé que le mélange de l'huile de térébenthine avec l’éther vitriolique , est très-utile dans la sciatique.
Les résolutifs anti-goutteux de nature vénéneuse sont souvent singulièrement utiles dans la sciatique rhumatique , ainsi que dans les autres affections de Rhumatisme violentes ou rebelles. M. Murray rapporte qu'il se guérit promptement d’une sciatique cruelle, par l'usage de l’aconit , et l'application d’un vésicatoire. On pourroit recueillir beaucoup de faits analogues. |
| e L'ILE Troisièmement. Je viens à l'usage des re-.
mèdes externes dans la sciatique rhumatique.
Lie : 6
82 w TRAITÉ
Je ne puis qu'indiquer en passant , l’utilité singulière que les anciens ont attribué à la musique instrumentale pour dissiper ‘les douleurs ‘de la sciatique, d'autant plus qu'ils ne s'accordent point sur la manière dont ils employoient ce remède (1). Il est encore à rémarquer que Soranus rejetoit comme entièrement vaine, celte vertu attribuée à la musique.
Cet usage de la musique est ce que Cælius Aurélianus a appelé {oca dolentia décantare (2). Get auteur a dit qu'on devoit porter cette espèce d'enchantement, jusqu à ce que lés fibres de la partie affectée venant à palpiter, la douleur fût dissipée : quæ cum Saltuim sumerent palpitando , discusso dodore mitescerent. M. Cotugno a cru aussi que la musique pouvoit être utile dans la Scia-
* (1) Muret ( Var. Lect. L. xiv, ce. 6. ) a observé que tandis qu'Aulugelle dit que les douleurs de sciatique les plus violentes sont calmées par les sons doux de la flûte, Théophraste (cité par Athénée ) avoit dit au contraire que cet effet. étoil produit par le ui cet out le mode étoit le plus fort et le plus excitant de tous.
instrument suivant l’harmonie phrygienne ,
(3) Chronic. dv, cr, sect. 93.
tique nérveuse , en faisant palpiter les chairs voisines des parties souffrantes. |
Cependant ces sautillemens des fibres affectées ne peuvent être rendus visibles. Il paroît que Cælius Aurélianus n'a voulu qu'indiquer une explication de cet effet sa-
lutaire de la musique. Mais cette explica- - tion est aussi peu fondée que celle qu'a donnée Burelte (1) de semblables effets que la musique a produits dans différentes maladies.
Ces effets merveilleux doivent être rapportés sans doute, en très-grande partie, à la distraction profonde où la musique peut jeter des ames très-sensibles aux charmes de la mélodie et de Fharmonie. J'ai vu un homme très-digne de foi, qui avoit souffert pendant long-temps un lumbago dont les douleurs ‘étoient extrêmes, et qui m'a assuré que ses douleurs étoient suspendues pendant des heures entières , lorsqu'il étoit occupé à entendre un concert. |
Je considérerai successivement trois sortes de topiques qui peuvent opérer la solution de la sciatique rhumatique chronique. Ces
(1) Mém. de l’Acad. des Belles-Lettres ;, t. xix:
topiques sont, 1.° ceux qui établissent dans les parties affectées le degré de chaleur le plus convenable pour y exciter la transpiration locale ; 2. les épispastiques qui opèrent par uné irritation révulsive , indépendamment de Futilité qu'ils ont comme évacuans ; 3. les métasyncritiques , qui semblent détruire l’état fixe rhumatique des parties affectées, parce qu'ils changent en quelque degré la composition de leur tissu organique. |
1. M. Cotugno recommande dans cette Sciatique , les frictions douces faites avec la main nue , sur la partie graissée à froid , etil condamne les onctions chaudes.
M. Quarin a vu souvent chez les malades qui n’avoient point de fièvre , que les douleurs de sciatique qui résistoient à l'application des topiques chauds , étoient soulagées par des fomentations employées trèsfroides. Cependant il est des cas ou les topiques froids sont sensiblement dangereux , comme l’a remarqué Piquer.
Les bains tempérés peuvent aussi être utiles comme diaphorétiques. Mais il ne faut pas en faire un trop grand usage, qui attireroit de plus en plus les humeurs sur l’arti-
culation de la hanche, et pourroit ‘même en relâcher les ligamens au point d'y causer une dislocation (1).
Dans la sciatique surtout chronique, on observe avec M. Tissot, qu'une toile ou un taffetas cirés , appliqués sur la partie malade , la font transpirer abondamment , et évacuent par-là l'humeur âcre qui occasionoit la douleur, et quelquefois même font élever des vessies.
Galien indique comme fort utile dans la sciatique , un topique dont il rapporte l'invention à Andromaque , qui est composé . d’égales quantités de poix et de soufre, qu'on broie et méle ensemble, topique qu'il faut appliquer sur la hanche affectée , et l'y laissér jusqu'à ce quil tombe de lui-même. Forestus recommande singulièrement ce même topique pour la sciatique.
Nicolaï et Bernhard ont vu les plus heu- reux effets dans des douleurs de Sciatique cruelles et opiniâtres , de l'application de linges imbibés d'une forte teinture spiritueuse de galbanum , en y joignant l'usage
* (1) Voyez Ambr. Paré , et Fernel à Pathot. dib. vx. cap. x8.
86 T''R'A TUANE interne de diaphorétiques convenables (1).
Les bains locaux de sable chauffé, peuvent aussi procurer des transpirations utiles de la partie souffrante. Aëtius, Paul d'Égine, et d’autres médecins Grecs , ont fait mention de ce remède.
Suétone a dit d'Auguste, qu'il avoit une foiblesse particulière de la hanche, de la cuisse, et de la jambe gauches, dont il boidoit même souvent ; mais que ces parties
étoient raffermies par le remède du sable et des roseaux ) remedio arenarum aïque harwndinum confirmabatur ). Ce passage a été diversement interprété , et a fait le sujet d'une dispute fort vive de Triller avec un autre savant d'Allemagne. É
L'explication la plus naturelle est celle que M. Pouteau a proposée le premier , en disant que ce remède paroît avoir consisté à battre légèrement et pendant long-temps les parties souffrantes , en observant que ces ‘percussions utiles dans l'engorgement pituiteux , préparent la dessication qu’on obtient ensuite par lapplication du sable
chaud.
(1) Reuss, Seiccius Observationum, p. 212.
Celle conjecture ingénieuse a fait essayer la méthode suivante , par laquelle on a parfaitement réussi dans des cas de Sciatique.
On frappe par des coups répétés plnsieurs fois le jour, et chaque fois pendant une, demi-heure au moins , la hanche soufirante, avec une baleine, ou avec un roseau de la grosseur d'une plume à écrire, de manière que le malade n'éprouve qu'un léger sentiment de douleur; après quoi on fait appliquer un sac plein de sable chaud , sur la hanche , et même sur.les lombes de ce côté ; et l’on ordonne au malade de rester tranquille.
Par cette méthode, M. KFiézel, médecin hollandais , a guéri dans l'espace de six semaines, un homme de cinquante ans, qui.
ayant fait auparavant des excès dans la “boisson , éprouvoit , depuis sept à huit ans, de vives douleurs dans une hanche, dont il boitoit , cette hanche étant extrêmement foible , toujours froide , et presqu'insensible,
2° Entre les remèdes externes qui peu-
vent résoudre par des irritations révulsives, les sciatiques rebelles de nature rhumati-
que, on a compté l'électrisation forte et répétée. Ce remède est d’une eflicacité bien moins générale , que ne sont les douches des eaux thermales sulfureuses ou salines , et les épispastiques. |
Les anciens employoient des sinapismes, lorsqu'ils avoient appliqué sans succès des cataplasmes préparés avec le cresson ou la racine d'iberis. On peut tentér avant les simapismes , les onctions avec le liniment voatil huileux, auquel on ajoute du camphre et du laudanum liquide.
On a recommandé aussi l'application d'un mélange de chaux vive, avec du savon liquide réduit en forme de pâte, que Ghesneau dit être un caustique qui ouvre la peau sans douleur. Cependant jai observé que cet épispastique peut exciter des douleurs immodérées chez les personnes fort sensibles.
C'est un remède fort usité dans la sciatique, et auquel Boerhaave avoit une singulitre confiance pour la cure de cette maladie , que l'application réitérée plusieurs fois sur la région de l'os ischium, de vésiçatoires , dont on entretient Ja suppuration pendant quelques jours à chaque reprise,
Les vésicatoires sont particulièrement utiles alors , indépendamment de leur action révulsive perturbatrice, par l'évacuation abondante qu'ils procurent.
Mais lorsque la sciatique traîne en longueur , en résistant à cette application répétée des vésicatoires , il faut procurer une évacuation assidue et suflisante des matières accumulées dans l'articulation de la hanche, ou dans les parties voisines, en établissant un vésicatoire perpétuel, ou plutôt un cautère ou un séton. |
Mercatus a donné sur le choix des extrémités dans lesquelles il faut établir le cautère suivant les différences des parties dont prend son origine la fluxion qui a produit ou qui entretient la sciatique, les règles suivantes, qui sont conformes aux vrais principes du traitement des fluxions.
Mercatus dit que lorsque dans la sciatique, l'articulation affectée abonde en humeurs muqueuses, par l'effet de son infirmité propre, qui les attire et les amasse , lorsque la matière qui s’y est déposée y est fixée, ou lorsqu'elle y est portée de la matrice, il faut, si on ne brûle avec un fer rouge à l'endroit de cette articulation , pour
90 TRAITÉ dissiper l'humeur qu’elle renferme, ouvrir un cautère dans la jambe du même côté.
Mais lorsque dans la sciatique, la fluxion.
vient de la tête , ou des parties supérieures ou de tout le corps, Mercatus conseille d'établir le cautère au bras ou à la jambe du côté sain, En effet, comme il le dit fort bien, il paroît étranger à toute méthode d'établir un cautère dans un membre très-affoibli, à moins que l'infirmité de ce membre n'y soit jointe avec la surabondance des humeurs.
32° Tissot dit avoir vu dans la sciatique, les plus grands effets de l'application de sept à huit ventouses sur la partie souffrante , et avoir guéri par ce seul secours, en peu d'heures , des sciatiques qui avoient résisté à plusieurs années de remèdes,
Rivière a vu aussi le succès le plus prompt des ventouses multipliées, dans un cas de sciatique. L'utilité que peut avoir dans cette maladie, l'application réitérée des ventouses sèches au-dessus des parties affectées, est encore attestée par les observations
de Dekkers , de Heyde , Farjon , etc.
J'ai parlé ci-dessus (1) de l'utilité du cautère actuel , appliqué à l'endroit des articulations affectées de Rhumatisme. Dans la sciatique rhumatique , il faut appliquer le moxa ou les cylindres de coton, à l'endroit où la douleur est la plus forte , et répéter. assez fréquemment cette application.
Pouteau a vu ce remède guérir des sciatiques où l’on avoit employé en vain les vésicatoires , les douches d'eaux sulfureuses , et beaucoup d'autres moyens. Il a observé que ces brûlures ont procuré un flux considérable d’humeurs âcres ; mais il reconnoît que leurs grands effets sont indépendans de ce flux.
J'ai dit que le cautère actuel me paroît agir dans ces cas, et par une métasyncrise des chairs, et autres parties souffrantes audessus desquelles il.est placé, et par une évacuation violente des humeurs qu'il attire de plusieurs parlies du corps, d'où elles se portent sur l'articulation affectée. |
Hippocrate a observé que lorsqu'après de longues douleurs de hanches, ïl se fait
. (1) A la fin du chapitre quatrième de ce livre; | à.° Lite
une luxation du fémur , qui rentre ensuite facilement dans sa cavité articulaire, il y a surabondance d'’humeurs muqueuses dans cette articulation , et dans les parties voisines , et que la consomption de la jambe, et la claudication s’ensuivent alors ,-si l'on n'a recours à l'inustion. Cette observation est conforme à ce qu'on a pratiqué de tous les temps dans la Médecine Vétérinaire.
. Pouteau a toujours appliqué le feu avec succès dans des maladies analogues des articulations , et qui étoient même très-invétérées. IL assure que des jambes allongées depuis long-temps , par une abondance de synovie qui relâchoit les ligamens de l'articulation , ont repris leur dimension première après l'application du feu.
DAV
Vallésius dit que quelques Empiriques ont fait du bien à des malades attaqués de sciatique , en leur appliquant le cautère actuel sur la partie intérieure de l'oreille externe , où est une éminence formée par une sorte de repli du cartilage (il désigne sans doute l’anthelix ). Il dit aussi avoir appris Ja même chose de Morces, qui avoient été
chassé de Grenade par Philippe Il. Mercatus a attesté des faits semblables.
Vallésius est persuadé que la raison de ce soulagement est, qué la sciatique est produite chez plusieurs personnes, par la fluxion d’une humeur qui descend de la tête, et que la brülure intercepte.
Il prouve son opinion par la succession des mouvemens observés dans cette fluxion dont Hippocrate a parlé (1) , où les humeurs se portoient de la tête sur la poitrine , ensuite sur l'hypocondre, et enfin sur la hanche. On peut recueillir dans Hippocrate plusieurs autres faits relatifs, comme est l'histoire d'Héropythus (2) , qui éprouvoit des alternatives fréquemment répétées de douleurs de sciatique et de surdité.
Ces successions singulières de ces maladies causées par fluxion , ont produit sans doute les descriptions relatives de veines imaginaires qu'on trouve dans Hippocrate , et le conseil qu'il a donné (5), d'ouvrir les veines qui sont derrière les oreilles, dans les affec-
(1) Epid. lit. nn, sect. v. | (2) Dont il est parlé Epid. lib. nr, sect. x, Ægr.1x. (5) Epidem. lib. v1, sect. v.
tions causées par une fluxion dés humeurs de la tête sur les parties inférieures ( affcctions qu'il a appelées kedmata ).
Hippocrate rapporte (1) que les Scythes sont sujets à des fluxions longues et douloureuses sur les hanches , par l'effet de difrérentes causes , et surtout par une suité de l'équitation continuelle : qu'après que cette maladie a fait de grands progrès, ils sont attaqués de claudication (2).
Hippocrate dit qu'on traite cette maladie dans son principe, en ouvrant des veines derrière l'oreille, et que le sang qui s’en écoule , affoiblit les malades au point de les faire tomber dans un sommeil, au sortir duquel ils se trouvent quelquefois être guéris.
Hippocrate atiribue à la section de ces
(1).Ltb.. de PE ; Aquis et Locis, cap. x. Edit. Linden.
(2) Hippocrate dit que dans cette claudication ta ischia elcountai, ce qu’on traduit, coxendices contrahuntur, par où l’on entend qu’il y a raccourcissement à l'endroit de l’articulation de chaque hanche. Mais je pense au contraire que le sens est, que chaque hanche est sensiblement tirée par l’extension de la jambe, qui est luxée en quelque degré dans cette articulation , à la suite des fatigues de l'équitation.
DES MALADIES GOUTTEUSES. 0 veines , l'impuissance à laquelle ces Scythes deviennent ensuite fort souvent sujets. On voit que cette conjecture est sans fondement, Ten Rhyne, qui croit devoir la réfuter, dit qu'il a vu souvent des Africains se faire des incisions profondes , et des brülures en tout sens dans les parties voisines des oreilles ; que par ces opérations ils sont garantis en effet de fluxions ; mais qu'ils restent toujours très-féconds (1).
Hippocrate a pu être conduit à cette opi-
nion par des observations ( trop négligées depuis } sur des successions analogues ‘de maux causés par de semblables fluxions singulicres.
Nous avoris un exemple très-remarquable de cés successions , dans ces tumeurs des parotides , qu’on appelle vulgairement oreitdons, dont la matière se porte souvent par métastase sur l'estomac, et sur d’autres parties ; mais principalement chez les hommes
(1) Cependant Bodin a dit ( dans sa République, p. im. 685), que l'étrange facon de châtrer les hommes, en leur coupant les veines parotides sous les oreilles ; éloit pratiquée de son temps dans la Basse - Allemagne. !
96 TRAITÉ sur les testicules, et chez les femmes sur les parties inguinales ( comme l’a observé Borsieri ).
ARTICLEr":IT
De la Sciatique nerveuse.
LVITH
La sciatique nerveuse est une espèce particulière de sciatique, très-distincte des autres espèces de cette. maladie. M. Cotugno a donné sur cette espèce de sciatique, un livre qu'on doit regarder comme classique.
Il a observé deux sortes de sciatique nerveuse , l’antérieure et la postérieure. La pre- mière commence par une douleur fixe dans l'aine, qui s'étend aux parties internes de la cuisse et de la jambe. Elle paroît avoir son siége dans le nerf crural, dont elle suit la direction.
La sciatique nerveuse postérieure, beaucoup plus cruelle et plus commune, s'étend depuis l'os sacrum , derrière le grand trochanter du fémur, le Jong des parties exter- : nes de la cuisse, au jarret vers la partie antérieure externe du tibia , et finit au cou du
pied.
Le trajet de la douleur, la claudication , le dessèchement de l'extrémité inférieure, et e défaut de mobilité que contractent enfin les parties affectées par cette douleur ( défaut que MM. Cotugno, Home et d'autres ont rapporté inexactement à un état paralytique }, donnent tout lieu de croire que le.
siége du mal est dans le nerf sciatique. On peut rapporter aussi à la lésion de ce nerf, les crampes cruelles qui se font souvent ressentir dans l'extrémité afiligée , etc.
J'ai remarqué généralement, que l’émaciation de l'extrémité affectée par la sciatique nerveuse, est plus considérable à proportion de l'état naturel, dans les parties inférieures de cette extrémité.
J’ai observé que chez les personnes sensibles et irritables, attaquées de sciatique nerveuse, il survient à cette maladie, un très-grand nombre de maux qu'on est fondé à rapporter à la lésion de tout le système des nerfs, comme sont les langueurs et l’engourdissement , ou bien un sentiment d’incommodité inquiétante dans toute l'habitude du corps, des maux de cœur, des tiraillemens d'estomac, etc.
La sciatique nerveuse peut avoir les cau-
98 M'RAMME
ses les plus variées. Eile survient au Rhumatisme, à la maladie vénérienne, à la suppression du lait, et des évacuaiions habituclles, à la cicatrisation des ulcères invétérés , etc. Elle peut naître aussi, lorsque les parties voisines de l'articulation de la hanche ont été long-temps exposées à un froid vif, ou lorsqu'elles ont reçu des coups ou d’autres impressions violentes.
J'observe que la lésion spéciale du nerf sciatique est quelquefois combinée avec une maladie goutteuse ou rhumatique des parties affectées. Lorsque celle-ci revient ou est beaucoup plus forte dans certains temps, elle renouvelle les attaques violentes de la sciatique ; mais hors de ces attaques, l’état habituel d’iscommodité de l'extrémité affectée, n’est produit que par l’altération uniforme et plus foible du nerf sciatique.
Dans un de ces cas de Sciatique, où je reconnus que l'affection nerveuse étoit aggravée par la combinaison d’une cause rhumatique-goutteuse , mon pronostic fut toujours contraire à celui d'un médecin habile, qui avoit jugé que l’impotence dureroit toute la vie. J'assuroi qu'il y auroit des états alternatifs et de longue durée, tantôt d'impotence,
DES MALADIES GOUTTEUSES. 9b
et tantôt d'assez grande liberté de mouvement dans l'extrémité affectée ; et ces alternatives se sont en effet constamment répétées.