‹ Traite ́des maladies goutteusesChapitre 16 sur 116 · TRADE · texte numérisé non relu

TRADE

Ainsi Thonérus rapporte que chez une fille attaquée d'une sciatique rebelle de cause chaude ; où la douleur se terminoit au bout du pied, après avoir fait inutilement une saignée de ce pied, on obtint le plus grand succès en y ouvrant une veine qui aboutissoit, à l'endroit douloureux vers le petit orteil, le sang ayant jailli par cette ouverture avec une grande force, et en causant à la malade une sensation de brülure.

Dans la sciatique nerveuse postérieure, si la douleur ayant cessé peu à peu, l'extrémité affectée tombe dans un état de torpeur et d'amaigrissement, M. Cotugno dit qu'on peut redonner de la force aux muscles de cette extrémité, en y faisant des frictions avec des linges rudes, suivant la direction du nerf sciatique, et des percussions avec une courroie, souvent réilérées sur la plante du pied malade. On connoît l'utilité de semblables battitures, que plusieurs médecins ont employées depuis Galien, pour rétablir des membres airophiés.

L'impotence des extrémités inférieures que cause la sciatique nerveuse, me paroît

avoir la plus grande analogie avec celle que cause le mal vertébral, qu'on a ainsi nommé , parce qu’il dépend d’une lésion de la colonne épinière ou des parties qui lui sont liées.

L'impotence qui survient à l'extrémité qu'occupe depuis long -temps une violente scialique nerveuse, n'est point une affection véritablement paralytique ( quoiqu'elle puisse se terminer par la paralysie ) ; de même que l’impotence causée par-le mal vertébral n'est point l'effet d’une véritable paralysie, comme M. Pott l’a observé.

L'une et l'autre impuissance me semble être pareillement causée par un degré extrême, d'intensité et de persévérance de l'effort de fixation tonique du tissu des fibres dans les divers muscles principaux de l'extrémité affectée. Cet effort ne peut être vaincu par la volonté, ni par un agent extérieur, ou ne peut l'être qu'à un certain point, et avec des douleurs excessives. La force de situation fixe qui fait cet effort dans les fibres musculaires, est excitée et soutenue assidûment par l'irritation que souffrent le nerf sciatique et le nerf crural dans leur origine.

Pour rendre plus sensible cette analogie,

qui peut fournir des vues utiles pour la cure de l’une et de l’autre maladie, je crois devoir approfondir la nature, les causes, et les traitemens du mal vertébral. - J'espère que ce que je dirai à ce sujet, ne : sera point regardé comme une digression superflue. Elle pourra être d'autant moins déplacée d'ailleurs, que suivant ma maniere de voir, dans l'impuissance au mouvement qu'amène la sciatique nerveuse, comme dans celle que cause le mal vertébral, l’état des muscles affectés est semblable à leur état rhumatique, et n'en diffère que par la permanence et par le degré. :

LXITLH.

Nous devons à M. Pott, des connoissances précieuses sur la nature et le traitement du mal vertébral. Cependant la théorie qu'il a donnée de cette maladie est sensiblement défectueuse : et sans doute cette imperfection est cause qu il a trop étendu l'espoir des succès qu'on doit y attendre de la méthode de traitement ingénieuse et salutaire qu’il a proposée le premier.

M. Pott dit avec raison, que la seule et vraie cause ( primitive) de cette maladie est

un état morbifique dés parties qui composent l'épine, et de quelques-unes de celles qui lui sont immédiatement liées, et que cet état précède constamment la courbure de lépine, qui y survient, et qui se fait toujours du dedans au-dehors.

Il observe que cet état morbifique finit par la carie du corps d’une ou de plusieurs des vertèbres. Il assure qu'on trouve toujours à l'ouverture des cadavres cette carie du corps des vertèbres, et l'érosion des cartilages intervertébraux, quoiqu'à des degrés très-différens.

Il prétend avec trop peu de Den que la carie des vertebres est la seule affection qui y produit la courbure contre nature de l'épine (1), et que la courbure doit être regardée comme le caractère constant de cette maladie, lorsqu'elle est jointe à la privation totale ou partielle de l'usage des jambes.

Quoique la carie des vertèbres affectées ait lieu généralement dans des cas mortels

(1) Nouvelles remarques sur l’état d’inutilité des extrémités inférieures qui accompagne une courbure de l’épine, p. 134-137.

du mal vertébral; elle n’y existe pas toujours , lorsque cette maladie se termine par la mort. C'est ce que prouvent les observalions suivantes.

Baader rapporte ( dans ses observations ) qu'un homme ayant fait une chute violente étant à cheval, souffrit une courbure du dos qui alla en augmentant de plus en plus : ce qui fut suivi d'émaciation, de contracture des extrémités inférieures, et de douleurs cruelles dans le dos et dans ces extrémités, qui continuèrent jour et nuit jusqu'à sa mort. On ne trouva dans son corps qu'une incurvation vicicuse seulement des quatre dernières

vertèbres dorsales, sans aucune érosion de

leur substance.

Ce dérangement de ces vertèbres ayant étendu, tiraillé, comprimé, ou autrement affecté contre nature la moelle épinière ; les nerfs sciatiques et cruraux avolent été lésés, quoiqu'ils prennent leur origine d'une partie de cette moelle épinière fort éloignée de celle qui avoit été offensée par la chute.

M. Martinenq a vu dans le mal vertébral, l’impotence des extrémités inférieures se déclarer long-temps avant que la figure naturelle de l'épine fût altérée , et sans qu'on eüût

lieu d'admettre la carie des vertèbres (1).

Lors même que l’épine conserve sa figure naturelle, des douleurs et d’autres signes de sa lésion, qui se joignent à l’impotence des extrémités inférieures suffisent pour marquer le siége réel et la vraie nature du mal vertébral.

M. Martinenq dit que l'impotence des extrémités inférieures peut être l'effet de l'engorgement de la colonne vertébrale, ou des parties attenantes, par une humeur quelconque vicieuse. |

Mais on voit que cette impotence ne peut être produite par le seul effet d’un semblable engorgement, puisqu'elle n’a point lieu dans un très-grand nombre de sujets rachitiques et autres, chez qui il se fait souvent des engorgemens pareils et bien plus considérables , qui amènent la distorsion de l’épine et les bosses,

M. Poit a dit (2) que dans cette maladie, il ya une tension des muscles qui est marquée dans les genoux et les talons , et qui est . mêlée d’une espèce de spasme. Mais il n’a rien

(1) Journ. de Méd. décembre 2789.

(2) Livre cité, p. 104.

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déterminé sur la nature ni sur la cause de cette tension mêlée de spasme. L'on ne seroit pas plus éclairé sur cette opinion, quand même on admettroit l'assertion trop étendue de M. Pott, que cette maladie est causée généralement par une disposition écrouelleuse.

Je pense que dans le mal vertébral, 1.° les troncs dés nerfs qui partent de la moelle épinière, au-dessous de l'endroit où la colonne vertébrale est’ affectée, par l'effet d'une violence externe ( qui a lieu plus souvent que ne le reconnoît Poit , ou d'un vice intérieur, sont perpétuellement irrités par les compressions ou tiraillemens de la moelle épinière, qu'y causent dans leurs diverses agitations, les vertébres voisines qui sont engorgées, qui se meuvent diflicilement, et qui sont enfin poussées hors de leurs places ( dans le sens de leur courbure naturelle, et par conséquent la plus facile qui est de dedans en dehors ).

2e Cette irritation continuelle des nerfs entretient toujours à un haut degré, un effort de fixation tonique du tissu des fibres,

dans les muscles auxquels les bons fe: ces nerfs se distribuent.

Je vais déduire de cette théorie, l'expli- :

cation des principaux phénomènes, qu'on a observés dans le mal vertébral (1). Ces phénomènes dépendent de l'irritation des nerfs dorsaux , lombaires et sacrés, des brachiaux, et surtout des nerfs cruraux et sciatiques.

L'irritation des nerfs dette qui a lieu quand les vertèbres dorsales sont affectées, cause les altérations que les hommes attaqués de cette maladie éprouvent dans les fonctions des organes de la digestion et de la respiration, aussi bien que la sensation qu ils ont d'un resserrement inquiétant et douloureux aux environs de l'estomac. De même, l'irritation des nerfs sacrés diminue chez eux le pouvoir de retenir ou d'évacuer les urines et les excrémens. |

C'est surtout dans les affections des mus- .

(1) Pott n’a indiqué nulle part comment il concevoit que la carie des vertèbres peut seule produire les divers symptômes de cette maladie, et particulièrement les affections qu'y souffrent les extrémités inférièures.

cles des extrémités supérieures ou inférieures, que se démontrent les effets de l’irritation constante des nerfs brachiaux, cruraux et sciatiques que donne la moelle épinière audessous des vertèbres dorsales ou lombaires qui peuvent être affectées.

L'irritation des origines des nerfs brachiaux, lorsque les dernières vertèbres cervicales et les premières dorsales sont affectées, peut faire perdre l'usage des bras, comme M. Pott et d'autres l'ont vu arriver dans cette maladie.

L'irritation des origines du nerf sciatique se propage dans les rameaux du nerf poplité interne, qui se distribuent aux muscles extenseurs du talon, ce qui produit dans ces muscles l'effort de fixation tonique qui fait que le malade ne peut poser le pied à plat par terre.

L’irritation des origines du nerf sciatique, se propage dans les branches fémorales de ce nerf, qui se distribent dans les muscles fléchisseurs du tibia ( demi-nerveux , demimembraneux , et biceps ), et excite dans ces muscles un effort constant de fixation de leur

contraction tonique.

Un semblable effet de contraction toni-

DES MALADIES GOUTTEUSES. 113 que fixe est produit dans les muscles exten:

seurs du genou (droit, crurdl , Vasle externe et vaste interne ) et dans l'adducteur de la jambe , par l'irritation du nerf crural, dont les branches se distribuent à ces mus-:

cles.

La contraction tonique fixe des muscles

extenseurs du genou , est alors plus forte que celle de ses fléchisseurs, soit parce que l'origine du nerf crural étant plus près de la partie lésée de la moelle épiuière que n'est l'origine du nerf sciatique , le crural est proportionnellement plus affecté par cette lésion , soit plutôt parce qu’en général lés malâdies convulsives produisent dans les actions des forces motrices dé divers nruscles, un rapport inverse de celui qui leur est le plus naturel.

‘ Le concours de ces effets de l'irritation:

des nerfs cruraux et sciatiques , fait que les jambes du malade restent étendues , et qu'ik faut une grande force pour faire plier les genoux, comme pour séparer les jambes , et empêcher qu’elles ne restent croisées.

Lorsque l’on force à se plier les genous de ces jambes qui étoient étendues , elles se retirent aussitôt fortement en haut avec

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