‹ Traite ́des maladies goutteusesChapitre 85 sur 116 · CX VIE · texte numérisé non relu

CX VIE

Les accès de l'asthme convulsif, lorsqu'il est porté au plus haut degré de violence, peuvent produire cette affection que plusieurs médecins anglais ont désignée par le nom d'Angina pectoris (1), et qui finit le plus souvent par une mort subite.

(1) Cette dénomination est fort impropre , comme l’ont remarqué MM. Selle et de Berger. Peut-être l’at-on choisie, en supposant que cette maladie avoit une analogie singulière avec l’angine convulsive pernicieuse.

Les descriptions que les Anglais ont données de cette maladie, sont assez indéterminées. Cependant tous les cas funestes qu'on y a rapportés, ont présenté plusieurs accès d'interception passagère ( pendant quelques secondes ) des mouvemens du cœur et de la respiration , accès dont le dernier a causé.

une mort soudaine.

M. Elsner , qui a traité de cette angina

pectoris fort en détail , a dit trop généralement qu'elle est l'asthma arthriticum de Sauvages ( ou de Musgrave ). Il paroît cependant que sa cause Là plus ordinaire, est une matière rhumalique-goutteuse. Ainsi on l’a vue être produite par une Goutte irrégulière , et cesser lorsque cette Goutle devint régulière, etc.

Cependant cette maladie peut être le dernier degré , non-seulement de l'asthme convulsif gouiteux , mais aussi de plusieurs autres sortes d’asthmes convuisifs , comme l'a vu Selle.

On a vu aussi plusieurs exemples do semblable maladie produite par des affections convulsives indépendantes de toute espèce d'asthme , comme il est arrivé chez un homme dont l’histoire singulière a été

298 UUTDRANTÉ donnée par les Docteurs Hunter et Heberden.

Cet homme qui avoit reconnu en lui cette maladie, mourut de mort subite, ainsi qu'il l'avoit prédit, etc. Il fondoit sa prédiction sur un sentiment particulier quil avoit éprouvé parfois, et jusqu'à trois ou quatre reprises dans une demi-heure de temps. IE lui arrivoit alors, soit qu’il fût debout , assis ou méme couché, d’apercevoir en lui une cessation , ou une espèce de silence dans les fonctions de la vie , qui duroit trois ou quatre secondes , et de ressentir immédiatement , après ce repos, un pelit battement du cœur.

M. Lallement a rapporté (1) qu'il avoit éprouvé, sur lui-même, plusieurs attaques d’une affection analogue , où les mouvemens de la respiration étoient suspendus pendant cinq à six secondes environ. Il y sentoit les muscles pectoraux se contracter violemment , et presser sur la partie moyenne du sternum , au point de rétrécir la capacité de la poitrine , de manière que tout le poumon Jui paroissoit être comprimé, et il étoit affecté alors d'une douleur telle, que dans la pleurésie.

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(1) Dans le Jeurn. de Méd. ann. 1788.

On peut rappeler ici plusieurs observations analogues , entre autres la suivante, qui est curieuse, et qu'a donnée Binninger (1). |

Un homme d'environ quarante ans , après avoir eu une attaque de Goutte pendant cinq mois , devint sujet à avoir très-souvent des attaques soudaines d’affections spasmodiques et douloureuses très-violentes , qui ne duroient que deux minutes , et qui occupoient alternativement la tête, le cœur , et d’autres organes. Ce malade paroissoit très-bien hors de ces attaques ; et cependant , suivant le rapport de Binninger, il périt misérablement de cette maladie, au bout de quelques se- -maines.

GX VIT.

Les dissections d'hommes qui avoient péri de l’angina pectoris, qui ont été publiées par les Anglais, n'ont point fait connoître de lésions physiques des organes, qu'on puisse affirmer avoir été les causes de cette maladie.

Chez ces sujets on a trouvé plusieurs Cois

(1) Cent. ur. , Obs 18.

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des ossifications plus ou moins étendues dans différentes parties du cœur et de l'aorte, Mais on a bientôt reconnu que ces lésions devoient être regardées comme étrangères à.

la cause essentielle de cette maladie. |

M. Odier (1) assure avoir vu un assez grand nombre de malades qui n'’avoient jamais eu aucun des symptômes de l’angina.

pectoris , quoiqu'à l'ouverture de leurs corps, le cœur et les gros vaisseaux se soient trouvés affectés de la manière qu'ils le sont ordinairement à la suite de cette maladie.

Il a vu aussi d’autres personnes qui étoient mortes subitement , après avoir éprouvé des symptômes parfaitement semblables à ceux de cette maladie, chez qui, à leur ouverture , on n'a trouvé cependant aucun dérangement dans la structure et le volume de ces organes.

Il paroît que la mort subite qui termine ordinairement cette maladie, est produite par le spasme du cœur. C'est l'opinion de Macbride, et elle me semble très-fondée. |

On a vu plusieurs personnes qui avoient

(1) Bibliothèque Britannique , Sciences, tom. ",

DES MALADIES GOUTTEUSES. 4où les symptômes d’une angina pectoris , être guéries par des anti-spasmodiques. |

Mais lorsque cette maladie a une cause goutteuse , le choix des anti-spasmodiques et des autres remèdes , doit être toujours rapporté à l’état , ou de foiblesse, ou d'irritation dominante qui accompagne la Goutte des viscères affectés.

LCXVUETE

D'après ce qui a été dit du traitement de l'asthme convulsif goutteux, on doit voir quel est le traitement le plus convenable à la maladie dite angina pectoris , lorsque la Goutte en est le principe.

Cette maladie ne laisse point de place aux remèdes dans les accès mêmes, qui sont extrêmement courts , et l’on ne peut s’oecuper qu'à prévenir ces accès , dans les intervalles qui les séparent.

M. Elsner conseille dans cette angina pectoris de nature goutteuse, de donner dans les temps où l'accès est imminent . et pour le prévenir, de petites doses d’ipécacuanha souvent répétées, comme d'un grain toutes les deux ou trois heures.

Dans les attaques où se répètent fréquem- IE, 0€ 20

ment des accès de cette maladie, M. Elsner conseille l'application des vésicatoires sur la poitrine , et l'usage de l'opium. Hi

L'opium paroît être d'un effet douteux dans les intervalles des accès de cette maladie, et pour prévenir les retours de ces accès. Il est sans doute bien indiqué, lorsque l'état goutteux habituel des viscères affectés est avec irritation dominante, et il peut

avoir alors un succès très-prompt et trèsheureux (1).

Mais lorsque l’état goutteux des viscères est avec une foiblesse dominante qui rend plus facile la formation des mouvemens spasmodiques qui constituent les accès , l'usage répété de l’opium ne peut qu'aggraver la cause de la maladie. On n'a point fait celte distinction, qui me paroît être essentielle.

L’assa - fœtida et le camphre sont des

(1) J’ai dit ci-dessus ( dans ce livre , n.° xuur ) que l’opium est le remède principal des affections syncopales que produit la Goutte de l’estomac qui est avec irritation dominante, Ceremède calmant l'irritation de l'estomac, on arrêtela communication sympathique aux viscères précordiaux , et au cœur , dont le spasme détermine ces syncopes.

DES MALADIES GOUTTEUSES. ho anti-spasmodiques efficaces dans cette mala= die où M. Johnstone les a recommandés.

Dans les intervalles des attaques, M. Els:

ner propose d’insister sur des remèdes antigoutteux , comme sont divers amers et aromatiques ; des gommes résolutives , telles que celles de gaïac ( dont M. de Berger a obtenu les plus heureux effets ) ; une teinture de sel ammoniac martial préparée avec l'éther vitriolique , ou bien la Jimaillé de fer donnée en même temps que la liqueur anodiné mis nérale d'Hoffmann,

M. Elsner veut aussi que dans cette maladie on porte la nature à produire un accès de Goutte régulière par des remèdes excitans qui puissent allumer la fièvre, comme peut être la liqueur de corne de cerf succinée , etc. Mais cette intention est bien vague, si la nature n'est pas disposée à produire la Goutte aux articulations. |

Entre les remèdes préservatifs des retours de cette maladie , un des plus efficaces est l'établissement d'un cautère à une jambe, ou des vésicatoires aux bras à l'endroit des attaches des muscles pectoraux.

Lo TRAITÉ S

Dans l'asthme convulsif de nature rhumatique-goutieuse on observe quelquefois des retours périodiques dans les accès , qui sont accompagnés de douleurs cruelles, et d'un sentiment violent de suffocation ( que causent des spasmes du poumon, du diaphragme et des muscles inspirateurs ).

J'ai connoissance d'un cas de cette espèce, dont les circonstances furent très-remarquables.

Chez un homme sujet depuis long-temps à des douleurs vagues de rhumatisme à la poitrine et aux bras, il survint tout-à-coup de semblables accès de suffocation, avec d'exirêmes douleurs à la poitrine : et ces accès eurent des retours bien marqués en tierce jusqu’au quatrième accès , qui fut prolongé et mortel.

D'après ce que j'ai dit jusqu'ici, l’on peut conjecturer quelle étoit la méthode de traitement qui eût pu être la plus convenable dans cette maladie. ;

Dans les intervalles des accès qui étoient

DES MALADIES GOUTTEUSES. ho périodiques , soit qu'ils fussent exempts de fièvre ( comme une infinité d’autres maladies périodiques ) , soit qu'ils fussent accompagnés d'une fièvre tierce ( comme dans la fièvre tierce orthopnoique , dont Morton a parlé ) , le quinquina devoit être donné de bonne heure et à hautes doses, et l'ipécacuanha à doses rompues, pouvoit aussi être bien indiqué.

Durant les accès même de cette maladie qui en étoient les temps redoutables , elle devoit être traitée par les puissans remèdes anti-spasmodiques et anti-goutteux que j'ai indiqués ci-dessus.

Ainsi pour opérer la résolution des affections spasmodiques des viscères , qui causoient ces accès , après avoir fait saigner dans la première attaque , il falloit faire appliquer des ventouses et des vésicatoires sur l’épigastre, et sur les parties de la poitrine qui étoient les plus souffrantes, appliquer aussi des sinapismes aux extrémités inférieures , donner du laudanum liquide , autant qu'il pouvoit être indiqué par la violence des douleurs et des anxiétés, et faire prendre fréquemment de la liqueur de corne de cerf

406 TRAITÉ succcinée , et des bols de camphre et d’'assafœtida. ‘à

Au déclin de cette maladie , et dans la convalescence, l'on auroit employé des résolutifs et des fortifians appropriés.

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