‹ Traite ́des maladies goutteusesChapitre 86 sur 116 · C XX · texte numérisé non relu

C XX

NI , qui a fort bien décrit l’angine goutteuse , dit qu'elle ne se forme jamais que quand la matière goutteuse est abondante et exaltée ( développée ) dans le sang, de manière à menacer prochainement les articulations. Il ne rapporte point à cette espèce d’angine , l’angine inflammatoire exquise , qui étant produite par ses causes propres, peut survenir à un goutteux chez qui la Goutte est légère , et n’a point été suspendue depuis long-temps.

Il a observé que cette angine attaque particulièrement les goutteux qui ont le cou court , et le corps d’un tissu lâche , foible et humide. Il dit aussi qu'elle est rarement produite dans un âge très-ayancé , mais €n

408 TRAITÉ général chez des personnes jeunes où d’un âge moyen.

La fièvre qui amène l'angine goutteuse , peut aussi déterminer en même temps la Goutte des articulations. Musgrave dit que cette fièvre angineuse est ardente, ayant lieu surtout dans les sujets bilieux dont le sang est fort chaud et atténué.

L'angine goutteuse se dissipe quelquefois d'elle-même , et se termine d’autres fois par une attaque de Goutte articulaire. Lorsqu'elle forme un abcès dont l'ouverture donne beaucoup de pus, le malade éprouve ensuite pendant quelque temps un état de santé meilleur que de coutume , et tel qu'il J'auroit obtenu immédiatement après un accès de Goutte régulière.

Musgrave a remarqué que dans cette angine le transport des humeurs sur les parties internes de la poitrine ( qui produit une pieurésie ou péripneumonie ) a lieu plus souvent et d'une manière plus fâcheuse , que dans l’angine vraie et exquise.

Il dit aussi (1) que la Goutte anomale portée sur la gorge, revient aux articulations

(1) Dexarihritide Anomatà, cap. à , n.°xx.

des extrémités très-facilement , très-promptement , et comme d'elle-même.

Les méthodes analytiques du traitement qui convient à l’angine goutteuse, sont analogues à celles que j'ai indiquées pour la péripneumonie goutteuse.

Il faut beaucoup moins saigner dans cette espèce d'angine , que dans l’angine simple inflammatoire. On doit faire d’abord une évacuation de sang générale par la saignée du bras. Lorsqu'on juge qu'il faut répéter Ja saignée, si la fluxion inflammatoire est fixée sur la gorge, il faut saigner de la jugulaire ; et ensuite du pied ; s’il s'établit une fluxion marquée de la Goutte vers les articulations des extrémités inférieures. :

Les purgatifs sont indiqués surtout, lorsqu'il faut évacuer une bile surabondante, ou des matières dépravées que renferment les premières voies. Leur usage doit toujours être réglé sur la nature de la fièvre ét le degré de l’inflammation. On ne doit les répéter qu'à des intervalles assez longs, de crainte d'attirer la Goutte sur les intestins ; et ils Sont mieux placés à la fin dela maladie.

Il faut choisir des purgatifs d'une activité médiocre , et tels qu'ils n’excitent point l'orgasme du sang. Musgrave reconnoît que cette excitation séroit périlleuse dans l’angine goutteuse, où , dit-il, le mouvement du sang est déjà assez rapide , et il eût pu ajouter que le mouvement du sang, lorsqu'il est accéléré, tend à produire sa congestion vers les parties supérieures du corps. |

Musgrave eùt dû observer qu'une semblable activité de la circulation a lieu trèssouvent dans les espèces goutteuses de péripneumonie , de douleur de tête et de vertige, d'apoplexie et de paralysie. Cependant il a conseillé universellement dans ces affections, des purgatifs résineux et fortement émouvans , dans la vue très-incertaine et dangereuse d'’exciter le sang à expulser le miasme arthritique qu'il renferme.

Un purgatif médiocre , mais efficace, et qui peut être fort approprié dans cette angine , est l'huile de ricin. Hungerbyhler l'a donnée avec un grand succès dans une esquinancie violente de nature goutteuse. Ce purgatif y opéra des évacuations qui calmèrent la fièvre , ce qui fut immédiatement

DES MALADIES GOUTTEUSES. (Re

suivi d’une attaque de Goutte régulière, qui termina la maladie.

Après les évacuations générales, Musgrave conseille d'appliquer à la nuque un vésicatoire large , et qui couvre la moitié du cou , et d'entretenir l'écoulement qu'il aura produit, par l'application souvent renouvelée de l’emplâtre de mélilot , saupoudré de cantharides. |

Dans cette angine ( de même que dans la péripneumonie goutteuse ) l'application du vésicatoire à l'endroit des parties affectées , me semble devoir être salutaire ; mais seulement avec les conditions, 1.° que la fluxion goutteuse vers ces parties ait été déjà dissipée en grande partie par les remèdes éva- Cuans, et autres appropriés ; 2° qu'on ait égard à toutes les contre-indications ( analogues à celles que j'ai marquées ci-dessus en traitant de la péripneumonie goutteuse }), qui peuvent faire craindre que cette application locale du vésicatoire n’aggrave la congestion inflammatoire qu'on veut détourner.

On doit faire des observations semblables

h12 TRAITÉ

sur d'autres épispastiques , qu'il est utile d'appliquer autour du cou dans l’esquinancie goutteuse, comme sont les ventouses et les onctions avec un liniment volatil huileux. D'ailleurs, l'effet des ventouses peut être encore plus prompt que celui du vésicatoire , pour résoudre l'affection spasmodique des parties internes de la gorge, lorsqu'elle menace de suffocation.

Une observation qui me paroît utile ( et que je crois n'avoir été faite par personne ), c'est que lorsque la fluxion inflammatoire angineuse n'est point dans son état fixe, et surtout lorsque la nature paroît en même temps être susceptible de la détermination de la’ Goutte aux articulations; l'application sur le cou, des vésicatoires et autres épispastiques, doit être précédée de celles des topiques attractifs sur les extrémités inférieures. | |

Entre ces topiques , Musgrave recommande particulièrement le bain des jambes dans de l'eau aussi chaude que le malade peut la supporter ( bain que Sauvages à vu produire de grands effets dans la Goutte remontée à la tête ). |

Le camphre est particulièrement indiqué

dans l’angine goutteuse. Lorsque l'état goutteux convulsif y est plus marqué que l'inflammmatoire, il faut recourir à divers autres anti-spasmodiques , comme sont les éthers et le musc.

CX XIIT.

Il est très-avantageux de procurer dans celle angine une salivation abondante , lorsque la fluxion est dans son état fixe. On doit employer pour cette fin, divers moyens connus, comme est un gargarisme composé avec l’eau d'orge , le miel rosat et quelques gouttes d'esprit de sel ( dont une dose un peu forte pourroit trop irriter ou épaissir les humeurs ). |

On conseille aussi dans l’esquinancie goutteuse d’autres gargarismes variés suivant les circonstances , adoucissans lorsque la douleur est extrême ; maturatifs, et ensuite détersifs et un peu astringens, lorsqu'un abcès succède à l'angine.

Liger dit que dans cette maladie on est rarement obligé d'employer Îles épispastiques ( appliqués aux articulations) , si après la saignée et les bains des jambes on fait

user d'un gargarisme avec l'eau-de-vie, l'eau

414 TRAITÉ de pervenche , le nitre et le sirop de müres Il veut que le malade s’en gargarise trèssouvent , s'il sent quelques douleurs dans les articulations, et si l'humeur est en mouvement ; mais il conseille de n’y pas trop in sister , si l'humeur est entièrement fixée dans la gorge. | Il me paroît que ce gargarisme répercutif est en général d'un usage suspect. Il peut déterminer une métastase sur les viscères , toutes les fois que la tendance de la Goutte aux articulations n'est pas déjà suffisammént marquée.

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