TRAITÉ X LT
Il faut distinguer des topiques simplement irritans , ceux dont l'impression forte et profonde s'étend à tout l'organe affecté , et y change entièrement le mode constitutif de l'état physique de cet organe.
L'opération des remèdes de ce genre étoit désignée par les anciens méthodiques , sous le nom de métasyncrilique (1) , parce qu'ils imaginoient que ces remèdes mêlent et refondent en quelque sorte la composition des parties affectées, de manière à reproduire ensuite leur disposition naturelle. ï
Un moyen mécanique qui peut opérer cette méiasynérise, est celui que pratiquent les Morlaques , dont l'abbé Fortis rapporte (2), qu’ils guérissent le Rhumatisme par de violentes frictions , qui vont jusqu'à écorcher d’un bout à l'autre le dos du malade.
(1) Voyez ce que j'ai dit sur la métasyncrise, relativement aux effets du cautère actuel, dans mon second mémoire sur le traitement des Fluxions, n.°” x1 et x1r, au second tome des mémoires de la Société Médicale de Paris.
{2) Voyage en Dalmatie , tom. 1 , p. 157.
On doit comprendre au nombre des remèdes métasyncritiques , les vésicatoires appliqués à l'endroit de la partie affectée, lorsque cette application est renouvelée plusieurs fois à mesure et peu après que leurs plaies viennent à se sécher : et les ventouses appliquées en grand nombre, et à plusieurs reprises, au-dessus des endroits souffrans.
Un médecin digne de foi m'a assuré avoir trouvé que les ventouses sont singulièrement utiles pour dissiper ces douleurs aiguës de Rhumatisme, qui s'exaspèrent lorsqu'on tousse , éternue , et que l’on fait quelque forte expiration. Ge fait est curieux ; et si on le vérifie , il mérite qu'on s'occupe à en chercher la raison.
On doit regarder comme des remèdes métasyncritiques les douches des eaux thermales sur- les parties affectées ; douches qui sont particulièrement indiquées pour résoudre l’immobilité qui succède souvent au Rhumatisme chronique.
Lorsque cette immobilité est avec relächement sensible, il faut employer de pré- : férence les eaux thermales salines ( avec les. précautions convenables relativement à l’état des nerfs ); et lorsqu'elle est avec rigidité.
il faut préférer les eaux sulfureuses , soit naturelles , soit artificielles (1). Craniz veut même qu'on use plutôt alors de ces eaux minérales artificielles. | 3
C'est particulièrement dans le Rhumatisme chronique , et dans les affections d'engorgement et d’immobilité qui lui succèdent , et peut-être plus que dans aucun autre genre de maladie, qu'on a vu de bons effets de l’électricité médicale. On doit consulter, sur ce sujet , les observations de MM. de Sauvages, de Haën, Mazars de Cazelles , et prin- cipalement celles de M. Mauduvyt.
M. Mauduyt dit que l'électricité dissipe souverainement , très-promptement , et sans retour , le Rhumatisme récent, qui est produit par une cause accidentelle, comme est une exposition à l’air froid et humide, lorsque ce Rhumatisme , quelque violent qu'il soit , n’est pas inflammatoire.
L'usage de l'électricité est dangereux dans le Rhumatisme aigu , ou autre, qui est accompagné de symptômes inflammatoires , et d’une fièvre violente.
M. Mauduyt a prouvé par les faits, que
rage à nes
. (1) Voyez ci-dessus , n.° xx.
électricité , étant appliquée dès le commencement du mal, dissipe en peu de jours fl'attaque ( qui pourroit autrement être longue ) de Rhumatisme de ceux qui en sont affectés (sans aucune autre cause marquée) , par une suite de leur tempérament , qui les rend trèssusceptibles de l'influence de l'atmosphère pour produire cette maladie.
Lorsque le Rhumatisme succède ( comme il arrive souvent } à l’habitude d’une exposition fréquente au froid ou à l'humidité , l'électricité y remédie si elle est employée . pendant long-temps , mais sans pouvoir empêcher le retour du mal, si le malade ne change pas d'habitation ou de manière de vivre.
Il paroît à M. À Maause , que la manière la plus avantageuse d'employer l'électricité contre le Rhumatisme , est celle que les Anglais appellent à travers la flanelle. Elle consiste à couvrir la partie douloureuse d’une flanelle , qui soit appliquée immédiatement sur la peau , sans former de plis , et à promener sur cette flanelle, ou sur les vétemens qui la recouvrent , le malade étant isolé , la boule d’un excitateur non isolé. Le malade sent un prurit à tous les points cor-
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respondans à ceux que la boule parcourt ; et assez souvent les parties électrisées se couvrent de sueur dans le lit , quoique le malade ne sue pas dans le reste de sa personne.
Suivant les observations de l'abbé Witri (1) , l'électricité étant administrée par étincelles , lorsqu'elles sont excitées sur les parties affectées de douleur, au point d'y faire élever des boutons qui s'ouvrent, et d'y déterminer des transpirations forcées , elle guérit radicalement les Rhumatismes , surtout ceux qui sont fixés. Il assure que si l'action de ce remède n'est pas aussi prompte qu'eflicace dans ces Rhumatismes , c'est lorsqu'une électrisation trop superficielle a mis. seulement l'humeur en mouvement sans l'expulser , comme font les élevures et les sueurs.
Si cette observation générale étoit confirmée , elle conduiroit à appuyer toujours Tapplication de l'électricité dans le Rhumatisme chronique , par l'usage de fortes décoctions diaphorétiques.
(1) Mémoires de l’Acad. de Bruxelles, tom. v.