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CHAPITRE IV

§ 131. Mesures prophylactiques. — La prophylaxie de la fièvre jaune a trait en partie à ce que l'on doit faire dans les pays où elle est endémique pour empêcher l'augmentation des cas à l'état sporadique et épidémique, en partie aussi aux mesures réglementaires que l'on doit prendre pour éviter Timportation de la fièvre jaune dans les ports européens. Ces deux points peuvent être traités ici en peu de mois; en ce qui concerne le premier, il est essentiellement important d'éloigner ou de détruire tout ce qui peut être une source de putréfaction, tous les amas d'immondices, toutes les eaux putrides et stagnantes ; sur les vaisseaux la plus grande propreté possible doit régner dans tout le bâtiment, ainsi qu'au fond de cale (1); une épidémie se déclare-t-elle quelque part, la désertion de la ville ou d'une partie de la ville aussi étendue que possible, comme cela a déjà été pratiqué systématiquement à la Nouvelle-Orléans, sont les mesures réglementaires les plus appropriées pour limiter la maladie; ceux qui ont pu fuir reviendront avec l'apparition du froid; à de pareilles époques, les étrangers, les individus non acclimatés doivent se tenir éloignés du siège de l'épidémie. Les essais que l'on a tentés pour atteindre le poison par une température élevée, par le froid, par des moyens chimiques (solutions de chlorure de zinc, chlore, etc.) ne peuvent avoir lieu que d'une manière limitée, sur les vaisseaux, par exemple, et les résultats obtenus jusqu'ici ne valent pas la peine d'être signalés ; on obtient beaucoup plus-par une

(1) Dans la dernière épidémie de fièvre jaune qui a régné à Saint-Nazaire, en 18CI, les mesures d'assainissement que le docteur Mùlicr a fait appliquer aux vaisseaux ont donné d'importants résultats; le lavage du navire avait lieu par le sabofdemnnt.

« Dans l'acception que je lui donne ici, écrit le docteur Métier, c'est l'opération par laquelle un navire étant donné, on l'amène et on le maintient sur un point choisi et d'un fond bien connu, et aux flancs duquel toutes les précautions étant bien prises on pratique au-dessous de sa ligne de flottaison, des ouvertures plus ou moins larges, des espèces de sabords pur où l'eau entre dans l'intérieur de ce navire et le lave. L'opération, qui serait plus ou moins difficile dans la Méditerranée, à cause de l'absence de marée, n'ofi're pas de difficultés sérieuses dans l'Océan, On y procède à marée basse, le navire étant échoué» Le flux l'emplit, le reflux le vide, et il se trouve ainsi deux fois par jour soumis au va-etvient de la mer. »

L'assainissement des marchandises avait lieu, d'autre part, de la manière suivante, et se pratiquait seul lorsque le sabordement n'était point jugé nécessaire.

li On faisait arriver au fond de cale une solution désinfectante de chlorure de chaux par les parois du navire et par les corps de pompe : agitée par le mouvement du navire, la solution modifie, corrige et désinfecte la cale. De l'amas qu'elle y forme s'élèvent des vapeurs chloriques qui, se faisant jour au travers de la marchandise, l'enveloppent pour ainsi dire; la solution avait ainsi opéré un clilorurage descendant et ascendant. » (Mélier, Mémoire cité.) G. L.

ventilation aussi générale que possible et par un lavage complet. La prophylaxie individuelle, à l'époque des épidémies, consiste, comme on le sait, à éviter toutes les causes occasionnelles d'une maladie quelconque, à user modérément des spiritueux, à se tenir le ventre libre et à ventiler avec un air frais les endroits oîi l'on couche et oii l'on dort. Depuis que l'on a de plus en plus reconnu la propriété contagieuse de la maladie, le point essentiel de prophylaxie consiste à chercher à éviter la contagion, à peu près comme dans la variole. La question des quarantaines doit être considérée dans nos ports européens au même point de vue que pour la peste; les quarantaines permanentes, alors qu'aucune épidémie ne règne dans les contrées à fièvre jaune, sont tout à fait inutiles et sans but, elles ne doivent jamais être que des mesures temporaires; elles sont tout à fait inutiles pendant l'hiver dans tous les pays situés un peu au nord, vraisemblablement aussi dans tous les ports d'Europe; lorsqu'on hiver un cas de fièvre jaune se déclare à bord d'un vaisseau qui revient de ces pays, on n'a jamais à craindre de voir la maladie se propager. Les quarantaines doivent être d'autant plus nécessaires que la fièvre jaune sévit avec plus d'intensité dans les ports oti abordent ces vaisseaux, d'autant plus que la traversée a duré moins de temps, que des cas de fièvre jaune se sont déclarés sur le vaisseau pendant le trajetet que l'endroit où arrive le vaisseau présente des circonstances adjuvantes à la propagation des maladies épidémiques, telles que de l'humidité ou la formation d'émanations putrides sous l'influence d'une haute élévation de température. Un vaisseau revient-il des Indes et aucun cas de fièvre jaune ne s'est-il déclaré à son bord pendant la traversée, l'établissement d'une quarantaine ne doit pas être considéré comme nécessaire, alors que le temps de la traversée égale celui de l'incubation ; quant aux vaisseaux à vapeur qui font maintenant le trajet de l'Amérique du Nord dans les ports d'Angleterre, dans une durée de 9-lOjoiirs, un peu plus de précaution est peut-être nécessaire dans ces circonstances (1). L'établissement des quarantaines contre la fièvre jaune a donc un intérêt pratique lorsque le vaisseau a eu à son bord des cas de fièvre jaune pendant la traversée; dans ce cas, et lors de l'arrivée dans une saison chaude de l'année, une quarantaine d'observation est indispensable. Contre les causes locales qui peuvent exister sur les vaisseaux, les mesures d'hygiène publique sont nécessaires, les vaisseaux seront ventilés autant que possible, et le fond de cale sera soumis à un lavage complet (2).

§ 132. llédications fli\'erses an point de Tue du symptôme. — La

thérapeutique de la fièvre jaune une fuis constituée, ne repose sur aucune

(1) Voyez Tardieu, Dictionnaire d'hygiètie publique et de salubrité', art. Régime sani- TAinE, t. IV, 2e édit. Paris, 1862, p. 48-116.

(2) L'épidémie de fièvre jaune observée à Saint-Nazaire, en 1861, a été, de la part du docteur Métier, l'objet d'un rapport intéressant ; l'importation de la maladie, son extension et sa propagation ont été prouvées jusqu'à l'évidence ; l'importance des mesures

base fixe ; Jes vues théoriques sur lesquelles on la fonde sont naturellement discutables à un haut degré, et^ pour juger des résultats empiriques, nous manquons de rechei'ches exactes et de statistiques certaines dans une seule et même épidémie. Les cas légers guérissent par la seule expectation et

sanitaires prises dans cette circonstance a été telle que nous croyons chose utile de reproduire les conclusions de l'auteur.

Des faits observés à Saint-Nazaire, il résulte :

l" Que c'est bien de la fièvre jaune qu'il s'agit.

2° Qu'elle a été prise à la Havane et importée de là à Saint-Nazaire, et par conséquent qu'elle ne s'est pas développée àSaint-Kazaire même, port neuf et sahibre par excellence.

3° Que ce n'est ni par les rnarcliandises ni par les tiommes que la maladie a été introduite, les marchandises livrées iainiédiatement an chemin de fer n'ayant produit aucun accident, les hommes débarqués pas davantage; grand fait qui est en harmonie avec beaucoup d'observations antérieures.

4" Que la cause, inconnue dans sa nature, qui a produit les accidents, avait son siège dans le navire même, et plus particulièrement dans la cale et ses parties profondes, et l'on s'explique ainsi comment les accidents commencés en mer ont surtout éclaté au moment du déchargement.

5° Qu'étant donné, des navires arrivant dans une situation analogue, ce n'est pas par une quarantaine plus ou moins longue que l'on serait sûrement préservé. Le véritable moyen de salut est dans l'isolement : d'une part, dans un déchargement, bien entendu ; de l'autre, le déchargement sanitaire avec tout ce qui le constitue; et, en troisième ligne, dans l'assainissement des navires. A quoi il faut ajouter pour les hommes des mesures de propreté ordinaire : bains, changement de linge, etc., et un certain temps d'observation en lieu salubre et isolé, temps que la brièveté reconnue de l'incubation permet, le plus ordinairement, de réduire à quelques jours.

6" Que dans l'application soigneusement faite de ces trois moyens : isolement, déchargement, assainissement, il y a une sorte de transformation des quarantaines et un progrès tendant à économiser le temps, sans ajoiuer sensiblement aux dépenses.

7° Que, si l'on rapproche l'épidémie de Saint-Nazaire de toutes celles qui ont paru en Europe, on est frappé de leur extrême ressemblance, et, qu'étudiées sans prévention, elles aboutissent toutes à la doctrine de l'importation.

8° Qu'elles paraissent aboutir, en outre, i la doctrine de la propagation de la maladie par les malades.

9° Que de cette double considération de l'importabilité et de la transmissibilité découle, comme troisième conséquence, la nécessité des mesures sanitaires.

10» Que l'accroissement, en nombre et eu rapidité, des communications avec l'Amérique ajoute aux craintes que doit inspirer cette maladie, et donne d'autant plus d'importance aux mesures destinées à la prévenir.

11° Que l'administration redouble de soins en conséquence.

l2o Qu'elle a dans ce but et jusqu'à nouvel ordre assimilé pour les mesures sanitaires rOcéan à la Méditerranée, généralisé la pratique du déchargement des navires et de leur assainissement, et remis en état des lazarets qu'on avait cru devoir abandonner.

13° Qu'elle se préoccupe des moyens de prévenir, autant que possible, l'infection des navires, soit en provoquant d'utiles modifications dans leur construction, soit en veillant à l'arrimage et surtout à l'aérage, ainsi qu'aux précautions à prendre au départ et pendant la traversée.

14° Qu'elle a érigé Saint-Nazaire en direction de santé.

15° Et qu'enfin un lazaret destiné à être pourvu d'un bassin à flot va y être établi dans les conditions les plus propres à assurer le maintien de la santé publique, tout en évitant les inconvénients si justement reprochés aux anciens lazarets. (Mélier, Mémoire cité.)

souvent malgré une profusion absurde de médicaments, ou malgré un traitement tout à fait insensé, dit liomœopathique, et coïncidant avec un régime convenable. Dans les cas graves, on emploie, dans le premier stade de la fièvre, tout l'appareil antiphlogistique, la saignée, le nilre, le calomel à hautes doses, tous ces moyens sont aussi vanlés par les uns qu'ils sont déclarés inutiles et nuisibles par d'autres. Les meilleurs observateurs des derniers temps rejettent la saignée ou la limitent à des cas Irès-restreints (Blair...) ; les vomitifs sont également proscrits de tous, on peut en dire autant des fortes doses de calomel. Un régime sévère^ institué aussitôt que possible, des fomentations froides continues sur la tête, des lotions froides sur le corps, l'ingestion d'une grande quantité de boissons froides avec quelques acides végétaux, une augmentation modérée des évacuations intestinales à l'aide d'une infusion de séné, de tamarin ou d'huile de ricin, de purgatifs salins, de lavements d'eau froide, tel est le traitement le pins approprié à la première période; lorsque la chose est possible, le malade doit être éloigné du lieu de l'épidémie au début de sa maladie. On arrêtera les douleurs d'eslomac et les vomissements par l'eau glacée, les poudres effervescentes, l'eau de SellZj l'opium, les préparations d'acide cyanhydrique, la créosote quelquefois à très-petite dose, les fomentations froides ouïes sinapismes à la région de l'estomac; l'emploi aussi abondant que possible d'alcalis, de carbonates de chaux ou de soude (Lallemant, au contraire, recommande les acides sulfurique, azotique, chlorbydrique !); les essais avec l'alun, l'acétate de plomb ou le chlorure de zinc ne me paraissent pas sans utilité; une administration abondante de quelques légers alcooliques, le Champagne ou mieux (Blair) des vins du Rhin, qui ne sont pas trop acides, peut-être parfois un peu de musc ou de camphre, tels sont les moyens les plus importants pour soulager le malade et pour amener le plus tôt possible une heureuse issue à la maladie ; lorsque les symptômes gastriques le permettent, on peut, comme dans l'urémie, essayer un traitement avec des purgatifs, des remèdes acides et diurétiques. Les différents végétaux des pays chauds, inconnus jusqu'àce jour en Europe et considérés comme spécifiques, ne flous présentent pasplusd'intérêt ; on ne sache pas que par eux les épidémies soient devenues moins meurtrières; quant à la quinine que l'on a essayée, en raison de son aciion dans des processus morbides analogues, les résultats ont été très-différents {i) ; quelques auteurs récents recommandent fortement son administration (Jôrg, Lecomte, etc.); dans d'autres épidémies, beaucoup d'ob-

(1) « Rien n'est plus commun, dit Dutroulau, que de voir un ou deux accès franchement intermittents se montrer avant que la fièvre jaune se caractérise, et de ne reconnaître celle-ci que par la coniinuité de celle-là. D'autres fois, c'est après une fièvre jaune dont la marche a été régulière et complète, que se déclarent des accès intermittents. » Plus loin, l'auteur ajoute : « Ce n'est que dans la vraie fièvre intermittente compliquée de quelques symptômes de fièvre jaune, qu'on a pu seulement constater de bons effets du sulfate de quinine. L'épidémie de V Hercainie , à Sacrificios, en est pour moi la preuve. »

servateiirs, au contraire, soutiennent une opinion opposée, et ils n'en ont obtenu aucun résultat. On ne peut expliquer ces différences et préciser les cas où on peut l'employer ; on peut en dire autant de l'huile de térébenthine recommandée dans quelques épidémies. L'expérience des derniers temps n'a donc contribué à la thérapeutique de la fièvre jaune qu'en nous montrant, comme cela a lieu pour toutes les autres maladies aiguës, l'influence nuisible des anciennes tentatives violentes et toute la valeur des soins hygiéniques; on peut douter que les derniers traitements aient diminué la mortalité d'une manière notable, dans l'épidémie de Lisbonne, par exemple, ou parmi les Français à Mexico; ou doit dire que le traitement n'a guère été envisagé en dehors du point de vue banal des symptômes.

GIIIESINGER. MAL. l.N'FbCT.

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