CHAPITRE III
LÉSIONS ANATOMIQUES
§163. liésious anatomîques. — Lcs lésions anatomiques du typhus exanthématique ne révèlent aucune lésion locale constante, aucun produit spécifique ; c'est ce que prouvent les observations faites dans les contrées les plus différentes, en Angleterre, en Amérique, en Russie, en Belgique, en Bohême, etc.; c'est ce que j'ai aussi eu moi-même l'occasion d'observer. Les changements essentiels ont trait à l'état du sang, des organes respiratoires et de la rate, et les localisations sont d'autant moins développées que la mort est survenue plus rapidement.
Les cadavres présentent généralement une putréfaction rapide ; la rigidité cadavérique s'établit de bonne heure, elle est intense, mais trèspassagère ; il y a des hypostases sanguines disséminées, souvent des pétéchies, plus rarement des ecchymoses considérables dans Tépaisseur des muscles et du tissu cellulaire ; ces derniers tissus sont d'une consistance un peu molle ; dans le muscle droit de l'abdomen, on rencontre çà et là les mêmes inflammations hémorrhagiques que dans la fièvre typhoïde ; sur la peau, on remarque des points pigmentés à l'endroit de l'exanthème; souvent les organes intérieurs ne présentent point de changements, en dehors de l'état quelque peu fluide du sang et d'une grande vascularisation. — Dans d'autres cas ils présentent, à des degrés dilïérents, les états suivants : chez ceux qui sont morts au plus fort de la maladie, il y a souvent des hypérhémies générales et considérables dans les méninges et le cerveau, parfois des extravasations sanguines plus ou moins fortes dans la cavité de l'arachnoïde; le pharynx et le larynx sont le plus souvent normaux, l'ulcère de la corde vocale inférieure est plus rare que dans la fièvre
typhoïde. Les changements de la muqueuse bronchique et des poumons correspondent à ceux que l'on observe dans la fièvre typhoïde, le plus souvent ils se développent plus tôt et avec plus d'intensité ; les bronches sont remplies de mucus écumeux ou de pus, leur muqueuse est obscure et d'un rouge sombre, les glandes bronchiques se tuméfient de bonne heure, mais elles ne sont pas rapidement très-développées ; dans le tissu pulmonaire, il y a des points atélectasiques et des hypostases très-étendues ; l'infarctus hémoptoïque est plus fréquent que dans l'iléo-typhus, les pneumonies lobaires peu consistantes, infiltrées de sang, se constatent, et trèssouvent elles se terminent parla gangrène et la suppuration. La mollesse, la diffluence, la coloration interne du cœur sont ordinairement plus marquées que dans la fièvre typhoïde, la striation musculaire disparaît et la fibre musculaire s'y transforme parfois en une masse graisseuse et ponctuée; les gros troncs veineux sont souvent distendus à la suite de la mort par asphyxie. Le sang des cadavres se caractérise par une couleur obscure, noire comme du jais, tantôt il est rouge-cerise et liquide, dans d'autres cas il est bien coagulé, couenneux ; non-seulement l'époque de la mort et la nature de la complication actuelle ont de l'influence, mais des épidémies entières paraissent offrir de grandes différences qui dépendent peut-être de l'état de nutrition antérieure des individus. Le foie présente aussi un aspect variable, souvent il est mou; dans quelques épidémies, il est modérément tuméfié, vascularisé et flasque ; la bile est souvent foncée et épaisse.
On rencontre souvent des tumeurs très-aiguës de la rate, le tissu en est obscur, spongieux, même d'une diffluence pultacée ; elles ne sont pas constantes chez les jeunes individus. Les infarctus récents, les noyaux fibrineux se retrouvent plus souvent et plus tôt que dans la fièvre typhoïde, et indépendamment des autres métastases; dans quelques cas rares, il y a un grand nombre de petits foyers inflammatoires dans les corpuscules de Malpighi (Bennett) ; c'est là une lésion que l'on rencontre fréquemment dans la bilieuse typhoïde, et que nous décrirons plus tard comme caractéristique. L'estomac et l'intestin sont généralement tout à fait normaux ; exceptionnellement on trouve, sur la muqueuse intestinale, des ecchymoses et des infiltrations hémorrhagiques étendues, parfois un peu de catarrhe de l'iléon, exceptionnellement un peu de tuméfaction des glandes mésentériques, mais sans apparence médullaire et sans pigmentation consécutive. Les reins peuvent être normaux ou hypérhémiés, il peut y avoir un peu de catarrhe du bassinet ou un commencement d'infiltration diffuse. Rarement, mais plus souvent que dans la fièvre typhoïde, l'on rencontre des processus diphthéritiques sur la muqueuse de la vessie ou du vagin, sur celle du larynx ou de la trachée; les processus dyssentériques constituent dans quelques épidémies une complication fréquente, et la mort survient alors dans une période ultérieure.