CHAPITRE VI
§ 175. Ti-aîtemeut prophylactique. — La prophylaxie de cotte maladie consiste à éviter ou à éloigner les causes de son développement, causes que nous avons étudiées plus haut. La corruption de l'air par l'agglomération d'un grand nombre d'individus, surtout malades, vivant dans la malpropreté et la misère, telle est la cause la plus connue, la plus plausible : mais elle est en partie accessible; on pourra aérer complètement les édifices publics, les prisons, etc., peut-être même beaucoup de maisons de pauvres ; on distribuera le nécessaire aux époques de privation, on établira des bains publics à bon marché, et l'on pourra ainsi faire beaucoup pour diminuer la somme des circonstances nuisibles agissant dans cette direction ; on a vu môme, au milieu des circonstances les plus difficiles, de beaux exemples de ce que peut faire une police sanitaire rationnelle et énergique; on peut comparer, par exemple, ce qui se passa en 1856, lors de la guerre de Crimée, dans les camps et dans les hôpitaux anglais et français, l'armée anglaise resta presque à l'abri du typhus, l'armée française fut profondément décimée. — On marche maintenant avec plus de certitude dans la prophylaxie de la propagation de la maladie, il s'agit ici de détruire le contagium ou de l'empêcher d'agir; tous les malades, lorsque cela peut se faire, doivent être amenés de chez eux à l'hôpital; à peine arrivés, ils doivent être de suite baignés, leur corps doit être complètement lavé, leurs vêtements doivent être désinfectés à fond par une chaleur intense, par des vapeurs de chlore ou une longue suspension au milieu d'un courant d'air; les malades ne doivent point être placés dans une salle générale, mais, au contraire, isolés, séquestrés, comme dans la variole; avant leur sortie de l'hôpital, ils se baigneront de nouveau et revêtiront ensuite leurs vêtements désinfectés ; quant aux malades qui restent dans leur famille, on doit leur interdire toute visite, leur chambre doit être aussi dégagée que possible et ventilée du dehors; leurs literies seront désinfectées par le chlore, puis lavées de nouveau, et, suivant les circonstances, il y aura beaucoup à brûler.
Dans les lieux où se sont trouvés des malades atteints de typhus, les murs doivent être grattés et de nouveau blanchis; le local, pendant des semaines, doit être complètement vide et exposé directement aux courants d'air par l'ouverture des portes et des fenêtres. Une épidémie de typhus exanthématique éclate-t-elle, on doit instituer un hôpital particulier, en temps de guerre et dans les saisons favorables de préférence sous des lentes, ou l'on créera dans les maisons des malades des chambres réservées aux typhiqiies, de deux maux ce sera encore le moindre; meilleure sera
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la ventilation, meilleur sera le traitement du malade, qui guérira d'autant mieux, que ces divisions spéciales auront un fonctionnement plus complet; lorsque ces mesures seront mal exécutées, on verra bientôt se développer des foyers dangereux de contagion, dans aucune circonstance on ne doit répartir et disséminer dans les maisons des bourgeois une troupe qui porte avec elle le typhus exanthématique; il est bois de doute que ces mesures sont d'une grande importance pour limiter et éteindre la maladie fixée à un lieu quelconque; peut-être une expérimentation ultérieure délerminerat-elle des mesures individuelles contre le contagium, telles que la filtration de l'air inspiré à travers la laine, l'imprégnation d'huile à la surface du corps du malade.
§ 176. Traitement «lu malade^ mcdication du symptôme. — Dans le traitement de chaque maladie, une diélélique réglée et bien conduite est le point essentiel, l'air de la chambre du lyphique doit être tempéré, plutôt frais que chaud, le repos et le silence doivent régner autour de lui ; on ne confiera pas le soin du malade aux parents qui s'exposent ainsi à être atteints eux-mêmes ou au moins à subir un grand épuisement, mais bien à une personne garde-malade spéciale qui a déjà eu la maladie; le malade doit avoir deux liis pour changer, toutes les excrétions doivent avoir lieu sans sortir du lit et il ne doit point ensuite rester dans le même. Il prendra des boissons froides en abondance, de l'eau fraîche, de l'eau deSelters^ de la limonade, de l'eaud'orge; une nourritui'e liquide doit luiêtre administrée toutes les deux heures, on lui donnera du bouillon de poulet, de veauou du bouillon de bœuf bien salé, du lait, du café au lait, des soupes mucilagineuses avec des œufs, de la soupe au vin ; des lotions froides avec de l'eau ou avec eau et vinaigre, peuvent être faites chaque jour une ou deux fois. L'usage des réfrigérants constitue l'emploi d'un traitement ultérieur pendant la période fébrile ; on fera des lotions froides sur la tête, si la chevelure est trop épaisse on la coupera, si la céphalée est intense et s'il y a une grande exaltation, on appliquera une vessie de glace ou des fomentations froides sur le front; à l'intérieur, on donnera les acides, surtout l'acide pbosphorique et l'acide sulfurique; on entretiendra les selles par des lavemenis, de l'huile de ricin, quelques doses de calomel; les stimulants et surtout le vin seront indiqués lors de la dépression des forces, lors de la faiblesse du pouls et des battements du cœur, ce qui arrivera chez beaucoup de malades à la fin de la deuxième semaine; il ne faudra pas attendre alors les phénomènes de collapsus; la prostration est-elle* plus forte, on emploiei^a des stimulants plus intenses, le camphre et l'éther; dans le délire violent et dans la surexcitation, en même temps que le traitement réfrigérant, on donnera l'opium, d'après Graves l'opium avec de petites doses d'émétique ; on traitera rapidement toutes les complications des organes respiratoires, de l'intestin, de la peau, avec les mêmes moyens et méthodes que nous indiquerons longuement dans le traitement de la fièvre typhoïde. — Tel est le traitement que les observateurs les plus ex-
périmentés ont trouvé utile et que je puis recommander d'après mes propres observations, parce que j'ai ainsi été toujours heureux. Oa doit éviter les traitements risqués que beaucoup d'observateurs ont reconnus d'une manière évidente comme nuisibles, mais que l'on a toujours recommandés de temps à autre. On proscrira donc les doses énormes de quinine (1), le traitement par l'alcool sans distinction des cas, l'homoeopathie pure, etc. Les excitants intenses de la peau, même le fer rouge au dos, auraient eu parfois de l'action dans les états torpides les plus graves (Horn, Jacquot); je n'ai point expérimenté ce moyen, — A l'époque de la convalescence, on observera les plus grands ménagements pour toutes les forces corporelles. et intellectuelles, jusqu'à ce que toutes les suites de cette grave maladie aient disparu sous l'influence d'une forte nourriture, de l'au', de bains tièdes, du repos et du temps.
(I) La quinine n'aurait été utile en Crimée que dans deux circonstances :
1» Lorsque la maladie suivait une marche irrégulière, son usage régularisait alors ce qu'il y avait d'anormal et la rnaladie reprenait sa physionomie habituelle.
2° Lorsque les malades appartenaient au corps qui campait sur les bords de la Tchernaia où môme en hiver ou observe des affections rémittentes ou intermittentes.
Baudens, Discussion sur le ^y/j/my. Constantinopîe, I85G, séance du 12 avril 1580.
SECTION ïll
FIÈVRE typhoïde,
TYPHUS INTESTINAL, TYPHUS DE L ILÉON, FIÈVRE MUQUEUSE ET NERVEUSE , FIÈVRE
PYTHOGÉNÉTIQUE.
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ÉTIOLOGIE. 181