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CHAPITRE III

§ 319. liésions anatomiques. — On ne trouve point à l'autopsie d'altérations locales constantes ; elles sont ou tout à fait insignifiantes ou varient suivant le lieu et l'époque des épidémies ; nous nous y étendrons

d'autant moins que nous développerons surtout ce point dans l'histoire de la typhoïde bilieuse. — Aussi longtemps que la maladie reste au simple degré de récurrente, les troubles morbides sont évidemment purement fonctionnels ; le cerveau et les méninges ne présentent aucun changement. Les poumons sont en général plus exsangues que dans le typhus exanthématique (Jenner) ; les bronchites, les points de splénisation ou d'hépatisation lobulaire, les pleurésies récentes, la tuméfaction des ganglions bronchiques surviennent d'une manière inégale, tantôt très-souvent, tantôt très-rarement. Le sang du cœur est tantôt liquide, tantôt coagulé et couenneux ; la substance du cœur est parfois remarquablement molle et friable (1). Le foie est le plus souvent tuméfié et gorgé de sang; on peut

(1) Dans la dernière épidémie de Saint-Pétersbourg, en 186't, le docteur Kûttner a étudié d'une manière spéciale les lésions anatomiques de la récurrente; ses observations reposent sur 125 autopsies, et chacune a été longuement analysée; nous accorderons ici une mention particulière aux lésions du cœur et de la rate qui ont été l'objet d'une description très-complète :

o Le plus souvent le cœur était extraordinairement pâle et mou, distendu par un sang fluide, d'une coloration rouge, sale, inodore, aéré; ses parois étaient amincies, le ventricule gauche ne mesurait qu'un centimètre d'épaisseur, son tissu présentait à la coupe une teinte opaline, etc. — Une infiltration fibrineuse s'était faite dans les fibres musculaires et dans le tissu interstitiel, on trouvait aussi des couches de fibrine à texture fibrineuse évidente. A une époque plus avancée de la maladie, Kiittner put poursuivre les transformations ultérieures du dépôt. La fibrine présentait un aspect trouble, elle était parsemée d'une masse de corpuscules fins qui, en s'agglomérant, formaient par places des amas plus considérables de graisse. Cette émulsion de la fibrine avait pour but une résorption de la masse infiltrée, et dans les cas favorables, les muscles revenaient ainsi à leur état normal; dans les cas défavorables, au contraire, le tissu du cœur subissait finalement une atrophie graisseuse aiguë de sou parenchyme qui amenait pendant la vie une paralysie du cœur. Ces altérations sont analogues à celles que Stokes a décrites dans le typhus exanthématique. — L'infiltration avec émulsion et résorption de l'exsudat caractérisait les cas simples, tandis que la dégénérescence graisseuse snbaiguë avec atrophie musculaire consécutive se rencontrait dans les cas les plus graves, coïncidait avec des altérations analogues dans le foie, la rate, les reins, et appartenait essentiellement à la typhoïde bilieuse. On s'explique facilement de cette manière la faiblesse du pouls et des battements du cœur à la période de rémission ; c'est ainsi que dans quelques cas le pouls baissait dans l'espace de 6 heures de 144 à 52, puis la systole artérielle devenait imperceptible et la mort survenait par paralysie du cœur. Dans dantres cas le pouls augmentait peu à peu en fréquence et en force jusqu'au paroxysme fébrile, puis un second accès s'établissait, on pouvait songer alors à une infiltration progressive du cœur qui donnait lieu à une fréquence extraordinaire du pouls, puis à un ralentissement, lorsque l'inQltration était terminée. »

Kiittner n'a pas tout à fait établi, comme on peut le voir, la même distinction que Griesinger entre la récurrente et la typhoïde bilieuse.

« Les altérations de la rate peuvent être rangées en trois séries, d'après les périodes différentes de la maladie :

A. Les rates provenant de malades morts à l'époque du premier accès ou peu après, étaient très-augmentées de volume ; elles avaient jusqu'à 0™,28 de longueur et pesaient jusqu'à quatre hvres et demie. — Le revôtem,ent péritonéal était distendu, recouvert de points blancs de la grosseur d'une tête d'épingle, le parenchyme était dur, cassant, uni à

cependant le trouver mou, friable, d'un jaune clair, anémique et gras; dans'un cas signalé par Hudson (i), il était fortement tuméfié et recouvert d'exsudats plastiques. Les conduits biliaires sont libres, la vésicule biliaire contient une très-grande quantité de bile épaisse et foncée. La tuméfaction de la rate est , d'après un grand nombre d'observateurs, l'altéraiion cadavérique la plus constante; elle atteint parfois un degré très-considérable; des inflammations cunéiformes de son parenchyme ont souvent été constatées par des observateurs anglais (2). Dans l'estomac on trouve souvent une grande quantité de sang ; les muqueuses gastrique et intestinale peuvent offrir des taches ecchymotiques; le catarrhe aigu de l'intestin grêle semble avoir souvent existé dans les épidémies d'Irlande ; les plaques de Peyer ne sont jamais infiltrées ou ulcérées. Le gros intestin présente souvent des altérations dyssentériques lorsque la mort arrive tardivement. — Rien d'anormal dans les reins et la vessie.

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