CHAPITRE PREMIER
§ 321. Étiolo^ie; «leTeloppemeiit, distribution g^éo^^raphique. — La
typhoïde bilieuse a toujours été observée jusqu'à ce jour sous forme épidémique; elle règne tantôt seule, tantôt en même temps que les autres formes de typhus, que la récurrente et la fièvre intermittente ; parfois alors elle n'atteint qu'un nombre de malades relativement peu considérable ; dans d'autres circonstances, c'est la maladie dominante; elle peut aussi être limitée à une certaine classe de la population, se circonscrire dans un petit cercle, régner, par exemple, dans une seule maison avec une grande intensité et dépasser à peine cette limite ; les causes doivent être alors inhérentes à une localité où la contagion du dehors ne saurait exister. Cette maladie a été observée dans les pays du Nord et du Sud ; en Egypte elle règne d'une manière temporaire, fréquemment surtout en hiver et au printemps, mais toujours dans un cercle limité. Dans la guerre de Crimée on l'aurait observée. Le typhus ictérique, qui règne souvent à Smyrne, dans la ville inférieure (2), et passe pour très-dangereux, pourrait bien être la même maladie ; je conserve, au contraire, des doutes trèsgrands sur l'analogie établie entre elle et la fièvre de la Méditerranée décrite par Burnett, etc. Elle frappe tous les âges ; mes observations portent surtout sur une quantité considérable de cas appartenant à la seconde enfance et à l'adolescence. Quant aux causes véritables, nous savons aussi peu de chose que sur les autres maladies typhoïdes ; la misère, le défaut de soins, l'humidité, la malpropreté, l'encombrement doivent avoir ici de l'importance comme éléments actifs du développement local miasmatique. Le fait de la contagion n'est pas à l'abri de toute espèce de doute ;
(1) Hirscli, Hist. g^ogr. Pathologie^ 1859, t. I, p. 175.
(2) Aiibert, De la peste, p. 110. — Roser, Krankheitcn des Orienfs, 1837, p. 31.
GRIESINOEII, MAL. TNFECT. '^ «^
354 typhoïde BILIEUSE.
je n'ai pas eu l'occasion de m'en convaincre directement; cependant d'autres ont rencontré des faits plaidant en sa faveur.
La typhoïde bilieuse n'est point une maladie des marais, une fièvre paludéenne; les conditions de son développement, telles que je les ai observées en Egypte^ et telles qu'elles résultent des quelques épidémies qui régnèrent en Europe avec une durée très-courte, ne concordent nullement avec celles de la fièvre des marais; il en est de même des altérations anatomiques; jamais on ne trouve dans la typhoïde bilieuse de formation de pigment ; les lésions graves de la rate qui lui appartiennent n'ont jamais été observées dans une maladie paludéenne ; on en a bien constaté de semblables, mais rarement et exceptionnellement dans le typhus exanthématique; il en est de même de l'ulcère du larynx. La typhoïde bilieuse est une maladie sui generis; il ne faut pas vouloir faire entrer à toute force les processus pathologiques nouvellement étudiés dans les catégories connues jusqu'à ce jour^ et qualifier du nom de fièvre des marais toutes les maladies fébriles que l'on ne connaît pas bien et où la quinine est utile. Un tel dogmatisme de la part de savants de cabinet qui n'ont jamais vu une fièvre d'un pays chaud ne réclame aucune discussion ; je suis heureux que ma manière de voir concorde ici avec celle d'un observateur expérimenté comme Murchison.