‹ Traité des maladies infectieusesChapitre 40 sur 70 · SYMPÏOMATOLOGIE. — APERÇU GÉNÉRAL DU COURS DE LA MALADIE · texte numérisé non relu

SYMPÏOMATOLOGIE. — APERÇU GÉNÉRAL DU COURS DE LA MALADIE

§ 322. iiarciie générale des symptômes. — La maladie débute avec de la céphalée, du vertige, de l'épuisement, et, paraît-il, généralement avec un peu de frisson ; bientôt ce sont des douleurs procédant par élancements qui occupent les membres, surtout les muscles et les articulations des membres inférieurs, elles atteignent parfois une intensité considérable. Un état fébrile continu se développe alors, le pouls est plein, fréquent, rapide, il y a de l'agitation, des phénomènes gastriques, des enduits saburraux couvrent la langue, puis ce sont des vomissements aqueux ou bilieux répétés, la région de l'estomac est un peu sensible. Beaucoup de malades présentent un épuisement considérable et un état d'apathie extrême. La fièvre augmente peu à peu dans le& premiers jours, puis rapidement et considérablement dans la majorité des cas ; aussi le tableau morbide change-t-il tout à fait dans le cours d'un jour. La chaleur atteint alors un degré inaccoutumé, la peau est sèche, quelquefois rouge, turgescente et couverte de sueurs, la céphalée est violente, les yeux sont injectés, le vertige est très-marqué, il y a des bourdonnements d'oreilles, une obnubilation vaporeuse du sensorium et une grande faiblesse musculaire,

SYMPTOMATOLOGIE. ' 353

la langue se sèche, se tuméfie souvent et se fendille, les vomissements sont bilieux, la sensibilité de la partie supérieure du ventre augmente, de la diarrhée s'établit et les selles prennent parfois un caractère presque dyssentérique. Une exploration plus complète permet alors de reconnaître des localisations multiples de rapide formation ; on observera souvent de la bronchite, souvent de la pharyngite, mais toujours, et sans exception, une augmentation rapide du volume de la rate ; elle est quelquefois reconnaissable au début à un léger degré, le plus souvent elle commence alors et augmente très-rapidement, elle dépasse le rebord des côtes de la largeur de la main et s'accompagne souvent d'une vive sensibilité ; dans beaucoup de cas, le foie présente en même temps une faible augmentation de volume s'accompagnant de même d'uno vive sensibilité à l'hypocondre droit. Très-souvent, mais non constamment, l'ictère se développe en même temps que ces symptômes, le plus fréquemment vers le quatrième ou sixième jour après le début de la maladie, non rarement quelques jours plus tard. La faiblesse extrême, l'apathie considérable,, la chaleur continuelle de la peau, mais sans turgescence, la sécheresse de la langue continuent ; le pouls perd sa fréquence, mais reste plein ; la tuméfaction de la rate augmente d'une manière évidente pendant plusieurs jours.

§ 323. Terminaisons -variables. — Beaucoup de malades meurent dans cet état; le plus souvent au milieu d'un coUapsus subit et inattendu ; chez d'autres, l'on voit survenir une amélioration rapide et générale avec ou sans sudation ; ils restent ainsi pendant plusieurs jours dans une convalescence apparente, mais, tout d'un coup, une récidive se développe, les anciens symptômes se reproduisent et augmentent alors très-rapidement jusqu'à une terminaison fatale ; c'est ce qui arriva dans quelques-unes de mes observations, mais surtout dans celles de Lange. Chez un nombre assez grand de mes malades, le premier état morbide se continua sans rémission apparente, et l'on vit alors se développer un ensemble de symptômes typhoïdes tels que prostration, stupeur, état demi-comateux, délire calme ou bruyant, sécheresse et racornissement de la langue, selles involontaires et liquides. Le pouls est maintenant en général rare, exceptionnellement fréquent et petit; la coloration ictérique est plus intense, l'abdomen, et surtout les hypochondres, sont sensibles; les selles liquides renferment une bile foncée, souvent elles sont manifestement dyssentériques, rarement elles contiennent du sang coagulé ; le vomissement continue souvent; de l'enrouement, de la dysphagie avec exsudation croupale sur la muqueuse du pharynx, de la bronchite, de la pneumonie lobaire étendue, de la péricardite parfois, se développent; des pétéchies et des miliaires paraissent sur la peau. Le soir, la fièvre augmente, des frissons irréguliers, une exacerbation dans la chaleur et la sueur se constituent au miUeu de l'aggravation de l'état général. La mort survient ou dans un coma accompagné de convulsions légères ou au milieu d'un collapsus subit, quelquefois après une amélioration antérieure ; elle peut aussi

356 typhoïde BILIEUSE.

dépendre d'une affection thoracique, et, en certaines circonstances, d'accidents particuliers, comme d'hémorrhagie interne par rupture de la rate. Les symptômes peuvent enfin rétrocéder parfois d'une manière rapide et complète, à ce point que, du matin au soir, l'on trouvera la rate considérablement diminuée ; dans l'espace de deux jours, la tête est tout à fait dégagée ; la langue devient humide et presque nette ; le pouls est normal, l'appétit et les forces du corps reviennent. Dans d'autres cas, lorsque surtout des lésions locales étendues et profondes des organes thoraciques et de l'intestin se sont constituées, il y a un état fébrile qui varie ; il ne revient que peu à peu d'une manière définitive ; il s'accompagne de phénomènes typhoïdes modérés ; la rate diminue lentement pendant 6-10 jours, et la guérison se produit peu à peu. La convalescence fut, dans l'épidémie que j'ai observée, généralement rapide et facile ; dans les cas de Lange, elle fut prolongée et difficile ; un marasme aigu avec des œdèmes, une dyssenterie de longue durée, une gangrène de la plante des pieds, une tuberculisation, se développent toujours comme maladies consécutives rares.

" CHAPITRE iîl

LÉSIONS ANATOMIQUES

§ 324. î^ésiojis anatoiuiques. — Dans le court espace de temps que dure en général la maladie et qui comprend de 5-12 jours, des altérations anatomiques se constituent plus palpables que dans aucune autre maladie aiguë; toutes n'appartiennent pas originairement et primitivement au processus, beaucoup se développent évidemment comme lésions secondaires.

La mort survient-elle au plus fort de la maladie, au début des symptômes typhoïdes, les cadavres sont généralement plus ou moins ictériques; les muscles ne sont pas aussi secs et d'une coloration aussi foncée que dans notre typhus; la peau, les membranes séreuses et muqueuses présentent fréquemment dçs pétéchies et des ecchymoses. — Dans le tissu de la pie-mère, on trouve souvent des épanchements sanguins; du reste le cerveau et ses membranes, comme la plupart des autres organes, sont fortement gorgés de sang. La muqueuse du pharynx offre du catarrhe, et, très-fréquemment, un exsudât croupal; assez souvent, cet exsudât se développe sur l'épiglotte, ses bords présentent les mêmes érosions que dans notre iléo-typhus ; il en est quelquefois de même du commencement de la cavité du larynx. Les glandes bronchiques peuvent être aussi le siège d'une tuméfaction aiguë et d'une infiltration, mais sans lésions notables

LESIONS ANÂTOMIQUES. 357

du poumon. Les poumons paraissent le plus souvent très-anémiés ; le catarrhe bronchique et les infiltrations lobulaires disséminées s'observent. Le tissu du cœur est généralement un peu mou et pâle ; le sang, dans la majorité des cas, est liquide, clair, et renferme des grumeaux de fibrine très-volumineux, mous et gélatineux.

Les altérations essentielles se trouvent dans les organes de l'abdomen; le foie est le plus souvent tuméfié et turgescent, tantôt congestionné, tantôt anémié et spongieux, mou, gras et imbibé uniformément d'une coloration jaune ; son revêtement péritonéal est fréquemment couvert d'exsudats récents, de nature fibrillaire ou membraneuse ; la vésicule biliaire est le plus souvent, mais non toujours pendant longtemps, pleine d'une bile épaisse, foncée; les conduits d'excrétion sont libres. La capsule de la rate offre parfois un exsudât mince, de date récente ; la rate est toujours hypertrophiée, très-turgescente, molle, friable, d'une coloration d'un rouge brun foncé ; son augmentation de volume est généralement plus considérable que dans aucune autre maladie ; les rates ayant une hypertrophie de 5-6 fois leur volume normal, et offrant une longueur de 1 pied et une épaisseur correspondante, n'ont rien de rare après une durée de 6-8 jours de maladie ; sur les 101 cas que j'ai observés, j'ai constaté •trois fois la rupture de la rate à la suite d'une congestion violente et d'une dilatation de la capsule, l'organe tend à prendre la forme d'un cylindre ou d'un œuf, et n'est pas aplati. Dans la très-grande majorité des cas, la rate est parsemée de plusieurs milliers de petits foyers, d'un gris jaunâtre, un peu adhérents à la substance environnante ; ce ne sont autre chose que les corpuscules de Malpighi remplis d'un exsudât et entourés à leur surface extérieure ; ils sont, au début, durs, delà grosseur d'un grain de pavot ou de millet ; dans beaucoup de cas, ils subissent de bonne heure une transformation purulente, tout le tissu de la rate renferme alors d'innombrables petits abcès non réunis ensemble, et contenant chacun une goutte de pus. On trouve souvent encore des infarctus récents, rouges, noirs, ou ayant déjà pâli, ainsi que des fragments de fibrine d'un volume considérable. L'estomac présente parfois des érosions héraorrhagiques très-étendues et un catarrhe aigu, l'intestin grêle contient beaucoup de matières colorées par la bile ; souvent on trouve du catarrhe, et parfois une exsudation croupale très-étendue dans l'iléon ; les mêmes lésions s'observent dans le gros intestin comme des formes différentes du processus dyssentérique. Les glandes du mésentère sont souvent le siège d'une tuméfaction aiguë et d'une infiltration ; dans quelques cas, elles sont ramollies comme dans la fièvre typhoïde ; les glandes lymphatiques de l'estomac, de la rate, du bile du foie, les glandes rétro-péritonéales, présentent parfois une tuméfaction très-considérable. Les plaques de Peyer n'offrent ni infiltration ni ulcération. Les reins sont, dans beaucoup de cas, notablement tuméfiés, très-turgescents, spongieux, quelquefois cependant hypérhémiés, plus souvent anémiés, d'un gris jaune, avec des proportions

338 typhoïde BILIEUSE.

abondantes de graisse; le catarrhe du bassinet coexiste souvent ; la vessie ne présente aucune altération caractéristique.

§ 325. liésious plus avancées. — La maladie a-t-elle duré un peu plus longtemps, et la mort est-elle survenue au milieu de phénomènes typhoïdes bien développés? l'ictère est encore plus constant et plus intense, la tuméfaction de la rate est très-considérable, les produits d'infiltration des corpuscules de Mal[>ighi sont ordinairement en suppuration; les exsudats cunéiformes et irréguliers, qui parcourent le tissu de la rate, sont plus étendus et, d'une manière générale, plus pâles; ils ont, dans beaucoup de cas, un volume considérable, et parfois ils tombent en détritus. Le foie n'est plus aussi turgescent et tuméfié. ; il est plus anémié; sa coloration est ictérique ; il est sec et mou ; il se rapproche, dans quelques cas, de l'état de l'atrophie jaune aiguë de cet organe. Des processus de nature croupale se développent plus fréquemment avec leurs conséquences sur le pharynx, le larynx, l'iléon, le gros intestin, la muqueuse vésicale et même sur la muqueuse de l'estomac. La pneumonie est beaucoup plus fréquente ; il en est de même des infarctus pulmonaires sur la paroi inférieure du larynx, on trouve quelquefois un ulcère qui ressemble complètement à celui de la fièvre typhoïde; sur les membranes séreuses, et en particulier sur le péricarde, des exsudations ont souvent lieu ; les reins sont en outre infiltrés et la destruction du cruor du sang est devenue encore plus intense ; des pétéchies et des hémorrhagies multiples s'observent souvent. Les processus raétaslatiques formés à la périphérie dans la substance du cerveau et dans les reiris, les périchondrites du larynx, les parotides, la gangrène pulmonaire, la dyssenterie gangreneuse, les foyers purulents dans quelques glandes mésenlériques, les abcès du tissu cellulaire, sont des accidents rares, observés dans quelques cas.

§ 326 Mature des lésions. — De l'ensemble des lésions cadavériques, il résulte que, dans la typhoïde bilieuse, la rate présente de très-bonne heure une tuméfaction aiguë, s'accompagnant ordinairement de processus phlegmasiques dans son parenchyme, et que, simultanément ou rapidement après, le foie et les reins subissent une infiltration plus ou moins forte avec une dégénérescence graisseuse aiguë ; beaucoup des altéralions ultérieures et des symptômes graves observés pendant la vie, doivent être évidemment rapportés à une infection secondaire du sang par suppuration des corpuscules de Malpighi (pyémie), par maladie du foie (cholémie), et affection des reins (urémie ?). L'infiltration des corpuscules de Malpighi est le point le plus important pour apprécier l'ensemble des processus pathologiques de la typhoïde bilieuse ; la maladie se rapproche ainsi directement de l'iléo-typhus, oti des appareils identiques, au point de vue de l'anatomie et de la physiologie, les follicules des glandes de Peyer, subissent l'infillralion. Du reste, le processus offre ici des analogies nombreuses et rapprochées avec celui de la fièvre typhoïde ; dans les deux affections, les glandes du mésentère et de l'abdomen y sont souvent et fortement

SYMPTOMATOLOGfE. 3S9

intéressées, l'ulcère du larynx s'y observe assez fréquemment. Des dépôts pigmentaires ne s'y retrouvent jamais, comme dans les processus paludéens.

Page 1