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CHAPITRE III

§ 358. Matériaux scientifiques ; leur Talenr. — Nos connaissances sur les lésions anatomiques trouvées après la mort remontent aune période

(1) Schraud, loc. cit., p. 92. Voyez aussi Desportes, Gazette médicale, 1846, p. 516.

assez avancée; les observations anciennes de l'épidémie de Marseille (Couzier, etc.), et les observations ultérieures prises soit en Egypte à la suite de l'expédition française (Larrey, Pugnet, etc.) soit en Bessarabie en 1825 (Schlegel) ou enfin en Moldavie et en V'alachie dans l'année 1828-1829 (Czetyrkin) sont très-peu nombreuses et nous fournissent à peine quelques indices sur les altérations essentielles. Pour la première fois dans l'épidémie d'Egypte de 1834-1835, on fit un grand nombre d'autopsies, plusieurs centaines vraisemblablement, elles furent pratiquées par des médecins qui appartenaient à des nations variées et à des écoles différentes, la concordance des résultats constitue donc une garantie précieuse ; toutes ces observations d'une manière générale ont été prises avec plus d'exactitude qu'autrefois, mais elles ne comportent pas toujours une connaissance suffisante des faits et une indépendance complète de jugement, elles ne font surtout presque aucune mention de l'époque de la maladie et des variétés des symptômes antérieurs. Bien que ces travaux laissent encore aujourd'hui de nouvelles recherches à faire, ils ont cependant élucidé quelques points essentiels et peuvent permettre de donner un tableau général du processus au point de vue anatomo-pathologique.

§359. liésionsanatomiques. — Les cadavres ne présentent point d'amaigrissement, l'expression du visage est calme et la rigidité cadavérique modérée ; sur la peau on trouve souvent des pétéchies, des charbons, etc., la décomposition survient plus vile que de coutume chez ceux qui ont succombé aux formes à marche très-rapide.

Le cerveau et ses membranes n'offrent aucune altération notable. Dans la pie-mère, on trouve çà et là de petites ecchymoses; les anomalies signalées du grand sympathique (Aubert Roche) doivent être considérées comme de simples phénomènes d'imbibition, elles peuvent aussi paraître au voisinage des ecchymoses internes et faire suite quelquefois à de petites extravasations dans une partie du tissu des nerfs. Les plèvres offrent souvent des taches ecchymotiques; les bubons de l'aisselle coïncident avec une extravasation si abondante dans les parties environnantes qu'elle peut s'étendre jusqu'à la plèvre costale du côté correspondant. Rarement on trouve dans les poumons des altérations pathologiques, il y a parfois un peu de bronchite ; les anciens observateurs décrivent des états anatomiques que l'on peut rapporter tantôt à la pneumonie, tantôt à la gangrène pulmonaire; Aubert Roche a rencontré çà et là de la pneumonie.

Il y a souvent des taches ecchymotiques sur le péricarde ; le cœur, et surtout le cœur droit, est considérablement distendu par du sang, son tissu est souvent pâle et mou ; le sang du cœur se présente sous forme de caillots poreux ou d'un liquide visqueux, une grande quantité de fibrine molle s'en sépare souvent ; les gros troncs veineux du thorax et de l'abdomen sont considérablement distendus par du sang.

De petites extravasations sanguines existent dans l'épiploon et le péritoine, il en est de même à la face superficielle du foie, cet organe est en

général légèrement tuméfié et non très-congestionné;la bile est abondante, épaisse et foncée, les parois de la vésicule biliaire sont parfois le siège d'un œdème.

La rate est presque toujours tuméfiée, son volume est doublé ou quadruplé, elle est molle, imbibée de sang et d'une couleur foncée, très-rarement on la trouve intacte.

Sur la muqueuse gastrique on peut voir des taches pétéchiales et des érosions hémorrhagiques, parfois de l'injection au sommet des plis et une augmentation de la sécrétion du mucus. L'intestin tout entier présente çà et là une injection veineuse modérée, il contient le plus souvent une abondante quantité de matières colorées par la bile, sa muqueuse est parfois le siège de taches ecchymotiques et d'un catarrhe aigu avec tuméfaction des follicules isolés, l'infiltration ou l'ulcération des glandes de Peyer font toujours défaut. Les glandes mésentériques sont un peu plus volumineuses, elles sont le siège d'une injection d'un rouge noirâtre ou d'une ecchymose, mais n'offrent point, paraît-il, d'infiltration véritable. Le tissu cellulaire autour desreins contient en général des extravasations sanguines considérables; les reins sont souvent tuméfiés, d'une coloration d'un violet foncé avec des ecchymoses à sa surface et dans la muqueuse du bassinet, on y trouve souvent des coagulations sanguines qui se prolongent dans les uretères ; ces conduits d'excrétion peuvent être aussi comprimés par les tumeurs lymphatiques du bassin. L'urine vésicale est souvent sanglante et la muqueuse est parfois ecchymosée.

§ 360. liésions anatomiqnes essentielles. — Les changements les plus

importants résident dans l'appareil lymphatique tout entier ; les bubons appréciables à l'extérieur consistent toujours dans la tuméfaction des ganglions lymphatiques. Ceux qui sont situés à l'angle de la mâchoire ont le même siège et ne résident point dans la parotide ; la parotide peut cependant se développer dans les cas rares, mais d'une manière tout à fait indépendante ; dans les bubons de l'aine, la maladie atteint tantôt les ganglions placés au-devant des vaisseaux fémoraux, tantôt ceux situés plus profondément et le plus souvent ceux qui se trouvent dans l'espace triangulaire compris entre le couturier et le grand adducteur, très-rarement les ganglions superficiels et supérieurs sont uniquement atteints. Le tissu cellulaire qui entoure les glandes malades est le siège d'une infiltration parfois séreuse, parfois dure, et il se confond dans une masse commune avec le tissu glandulaire ; très-souvent il est le siège d'extravasations sanguines d'autant plus considérables que la tuméfaction des glandes est plus intense. Lorsque des bubons très-volumineux sont appréciables extérieurement, les glandes sont tellement tuméfiées que tout le paquet peut avoir le volume d'un œuf d'oie, et même atteindre un poids de plusieurs livres; aucun bubon n'est-il apparent, on retrouve cependant les ganglions lymphatiques à leur place ordinaire, leur volume a doublé ou triplé, et ils sont le siège d'une injection plus ou moins considérable pou-

vant aller jusqu'au rouge foncé. Lors de l'existence de tumeurs volumineuses, le parenchyme glandulaire est tantôt uniformément injecté d'une coloration violette, lie de vin, tantôt blanchâtre ou parsemé de marbrures, sa consistance peut être molle comme le tissu cérébral, ou solide comme le tissu lardacé ; il est quelquefois le siège d'un ramollissement pulpeux ; on y trouve rarement de petits foyers de pus. Les glandes du cou sont-elles atteintes, les tumeurs qu'elles forment sont baignées dans une extravasation sanguine et s'étendent d'une manière non interrompue jusque dans le médiastin et souvent jusque dans l'aisselle, les bubons de l'aisselle communiquent de même avec les tumeurs considérables des glandes bronchiques et cervicales ; les bubons de la cuisse et de l'aine se continuent, mais non toujours, par l'anneau inguinal dans la cavité du bassin ; les glandes des plexus lombaires et sacrés offrent alors la même infiltration et des masses compactes de ganglions lymphatiques sont par suite accolées sur les deux côtés de la colonne vertébrale jusqu'au diaphragme ; on y trouve quelquefois de petits abcès et des suppurations étendues après une longue durée de la maladie. Quelques auteurs (Puguet) ont signalé des dilatations considérables des vaisseaux lymphatiques au voisinage des glandes malades.

Ces adénites se retrouvent (toujours?) même chez ceux qui sont morts au 2*^-3^ jour, et lorsque aucun bubon n'est apparent pendant la vie, il y a constamment du moins quelques tuméfactions glandulaires à l'endroit oti ils siègent ordinairement. Il paraît y avoir quelques cas dans lesquels on observe une tuméfaction générale, mais modérée de presque tous les ganglions lymphatiques (Auberl) ; mais dans la très-grande majorité des cas, ceux-là seuls sont atteints que nous avons décrits ; on ne trouve presque jamais en même temps une infiltration considérable des glandes dans les deux aisselles, les deux hypochondres et au cou.

Les charbons prétendus des organes internes, tels que les ont signalés quelques observateurs anciens, ne sont rien autre chose que des taches noires, ecchymotiques ; aucun des récents observateurs ne les a vus.

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