CHAPITRE VIII
§ 497. Coup cl'œil bistoriqne sur les médications variées du choléra. — On a préconisé contre le choléra presque toute la matière médicale et même, dans ces derniers temps, la gymnastique ! Et cependant l'expérience des premières épidémies avait suffisamment démontré que, dans la maladie une fois déclarée et même dans les états les plus graves, la nature fait plus que le médecin, que surtout ce qu'on peut obtenir a lieu par des remèdes simples, et qu'une profusion de médicaments est nuisible id comme partout. Nous devons nous comporter vis-à-vis du choléra comme vis-à-vis de la fièvre typhoïde ; impuissants à atteindre le point essentiel de tout le processus avec nos moyens thérapeutiques, nous avons pour but principal de diriger le malade en cherchant à suffire aux indications les plus pressantes, essentiellement vitales; il semble même possible de ralentir (Skoda) le processus déjà commencé et d'empêcher le passage d'un début léger dans la forme violente et dangereuse de la maladie confirmée. Dans les épidémies récentes, on a attaché avec raison une trèsgrande valeur à cette dernière circonstance, et ou a traité le stade prodromique ; on a de plus combattu la propagation des épidémies, et on a surtout institué une prophylaxie contre le choléra; les progrès faits dans ces derniers temps ont donc été considérables et doivent nous faire voir avec moins de souci l'approche d'une nouvelle épidémie ; le progrès qu'a fait le traitement de la maladie confirmée consiste surtout dans la simplicité de la médication.
§ 498. Mesures générales officielles. — Puisque le choléra se propage d'une part par le commerce humain, que de l'autre il croît et se dissémine à l'aide de causes adjuvantes, le rôle de l'hygiène publique est
donc de traiter ces deux questions au double point de vue contagieux et miasmatique ; elle doit s'occuper eu outre de certaines mesures particulières à prendre à l'époque d'une épidémie pour les malades et les personnes bien portantes.
a. — La propagation par le commerce ne saurait être empêchée d'une manière réellement active que par un isolement absolu à l'égard de tout commerce ; il est facile de voir que la chose ne serait possible que dans des conditions très-rares, dans de petites îles au milieu de la mer, ou sur la terre ferme dans des contrées tout à fait dépourvue de commerce. Les limites et les cordons, que l'on avait établis autrefois pour isoler des contrées entières, sont tout à fait illusoires contre le choléra et doivent être mis de côté, car la diarrhée cholérique, qui donne lieu très-vraisemblablement à la propagation principale de cette maladie, se soustrait à tout cordon sanitaire, et, de plus, le temps d'incubation dure quelquefois trèslongtemps ; la raison en est encore qu'on ne peut soumettre à des mesures uniformes tous les États de l'Europe, et que les intérêts graves du commerce portent sans cesse les populations à passer outre ; les quarantaines ordinaires établies dans les ports de mer (1) ont une valeur extrêmement faible, et il en sera toujours ainsi tant que les circonstances seront les mêmes ; enfin, on doit considérer comme tout à fait inutile un isolement de quelques maisons dans une grande ville où règne une épidémie.
Mais il y a, au contraire, d'autres mesures manifestement utiles que l'on doit prendre contre la propagation par le commerce ; on empêchera ou on limitera du moins tous les rapports trop étendus, toutes les réunions d'un grand nombre de personnes à l'époque du choléra, les marchés, les fêtes populaires, les processions, etc. — On évitera les déplacements de troupes ; on établira le transport des cadavres avec certaines mesures de précaution, et on les éloignera aussitôt que possible du voisinage des personnes saines ; on cherchera à isoler les premiers malades d'une localité ou les malades arrivés du dehors ; on instruira la population sur le développement possible de la diarrhée et sur les conséquences qui en sont la suite, on portera surtout son attention sur la proj^riété contagieuse des linges du cholérique, on lui conseillera d'éviter non-seulement les malades, mais surtout les émanations de leurs matières fécales, et la visite inutile des maisons où ils se trouvent ; les désinfectants seront employés, et l'on veillera autant que possible à la désinfection des selles du malade et de toutes évacuations diarrhéiques ; on se servira, dans ce but, d'une solution de
(1) Le congrès sanitaire international de Paris de 1863, par la convention établie entre , a France, la Sardaigne, etc. , statue : « que les provenances des lieux où règne le choléra pourront être soumises à une quarantaine d'observations de cinq jours pleins, y compris le temps de la traversée, l'application de cette mesure est réservée aux autorités supérieures, — Tardieu ; Did. d'Hyg., 2* édition, t. IV, page 57. — Le règlement paraît être plutôt une concession à l'égard des petits Étais d'Italie de cette époque qu'une mesure sérieuse.
1 partie de sulfate de fer sur 8 parties d'eau ; les draps et les linges du */ malade seront passés à la lessive, soumis aux vapeurs de soufre, de chlore, et chauffés à l'étuve sèche, tous les effets sans valeur seront brûlés. Ces mesures peuvent être appliquées plulôt dans de petites localités, avec une population disséminée, qu'au milieu des grandes villes; elles promettent des résultats d'autant plus considérables qu'elles sont instituées dans les cas particuliers avec prudence et énergie, mais elles ne peuvent être prises qu'au début de l'épidémie, alors que les cas sont isolés ou à peine groupés, et surtout lorsque la maladie importée ne s'accompagne point de changements notables dans la constitution morbide générale.
§ 499. Traitement des causes adjuTantes. — Les mesureS à employer
contre les causes adjuvantes du choléra ont une action plus variée et plus étendue; pour amener à un résultat, elles doivent être employées à temps, au début de l'épidémie, même lors de son approche, et non par places, mais d'une manière systématique, conséquente et non discontinuée. Elles doivent avoir pour but de chercher et d'éloigner autant que possible les influences nuisibles ayant trait à la santé publique, et d'améliorer toutes les conditions hygiéniques pouvant influer spécialement sur le choléra. Les circonstances les plus importantes sont les suivantes :
On doit chercher à neutraliser autant que possible les influences générales favorables au choléra, celles qui résident dans l'état du sol, dans sa porosité, dans la hauteur ou la profondeur des lieux, etc., ou du moins on tâchera de poursuivre le plus rigoureusement tous les autres points susceptibles d'être atteints. Les localités où le choléra aura fait de grands ravages dans une épidémie antérieure doivent être l'objet de recherches plus sévères au sujet des causes nuisibles qui leur sont inhérentes; on assainira autant que possible les habitations sales et malsaines, on les nettoiera à fond, on les blanchira à la chaux et on leur fera subir une ventilation prolongée. Là où les circonstances adjuvantes de l'épidémie ne pourront être écartées, on pourra souvent en éloigner la population ; les habitants des maisons les plus encombrées, les plus mauvaises et les plus en cause, de celles qui comptent plus d'un décès, doivent se retirer au loin et être disséminés dans des lieux de refuge temporaire sous la direction spéciale des médecins.
Très-importants et très-faciles à effectuer sont l'éloignement et la destruction des immondices et de toutes les matières putrides des rues, des maisons, des cours ; on entretiendra une propreté scrupuleuse dans les places, les marchés, les ruelles et tous les endroits où des débris de matières organiques peuvent être accumulés, on desséchera les flaques d'eau au voisinage des habitations, les égouis, les cloaques, les étables... on , régularisera et on tiendra libre le cours des eaux dans les maisons habitées, on inspectera avec soin et on nettoiera les puits. Une recherche attentive de toutes ces influences nuisibles devra même être faite à l'approche d'une épidémie, et tout ce qui a été trouvé mauvais sera aussitôt mis de
côté. Tous les lieux et établissements publics, les prisons, les hôpitaux, les maisons de pauvres, les fabriques, les maisons d'éducation, etc., doivent être placés sous la surveillance spéciale de la police sanitaire, et l'on veillera toujours à la propreté la plus absolue. Y a-t-il dans une maison plusieurs cas de maladie? L'exploration doit en ôtre faite de suite avec soin ; l'on trouvera souvent que le plus grand nombre de circonstances défavorables réside dans l'état des cours, dans les amas d'eau près desmaisons, dans l'humidité des étages inférieurs, dans l'encombrement, dans les fosses d'aisances, dans la misère et dans les mauvaises conditions d'existence des habitants.
Une attention particulière doit être portée sur les fosses d'aisances; lors de l'approche d'une épidémie, elles seront complètement vidées, et là oii il y aura un défaut dans leur construction, elles seront améliorées autant que possible. Lorsque le système en question sera essentiellement défectueux, tout changement instantané étant impossible, on supprimera et on fermera les fosses d'aisances les plus infectieuses et les plus malsaines. Il faudra surtout veiller à ce que les gaz de ces fosses ne pénètrent pas les habitations et les chambres à coucher, à ce que les matières fécales n'imbibent point les parois poreuses du sol environnant, à ce qu'aucune émanation ne parvienne dans la maison et ne s'infiltre dans l'eau à boire. Nous devons surtout recommander la désinfection générale de toutes fosses d'aisances par une solution de sulfate de fer ; la police de la ville doit faire verser ce mélange dans les fosses d'aisances de tous les lieux publies, des écoles, des hôtels, etc. La même pratique peut être mise en usage tous les deux jours dans les maisons particulières. Le chlorure de chaux sec ou en solution, le charbon- de bois, peuvent y être jetés, mais ils sont moins appropriés ; le point essentiel dans tous ces procédés de désinfection, c'est de les commencer au début de l'épidémie et de les continuer avec énergie; au plus fort de l'épidémie, ils n'ont aucune utilité.
A l'époque du choléra, la police devra veiller sévèrement à la nature des aliments; on empêchera la vente des fruits verts, delà viande corrompue, des saucisses avancées et du fromage, des légumes à demi pourris, des champignons, etc. ; au contraire, on veillera à ce que les bons aliments soient en quantité suffisante. — La glace dont on a souvent besoin pour le traitement du choléra sera apportée en proportion nécessaire dans une ville menacée par l'épidémie.
§ SOO. Mesures administratives et privées à prendre lors de l'épidémie. — Quant à l'initiative et à l'exécution instantanée de toutes les mesures que réclame l'épidémie, l'expérience générale a démontré, comme la chose la plus utile, l'établissement dans les grandes villes d'une commission temporaire composée de médecins , d'employés d'administration et de bourgeois intelligents ; cette commission peut comprendre, dans les grands centres, des sous-commissions instituées dans chaque quartier. Chaque commission se rassemble tous les jours et reçoit d'une part les
rapports, nouvelles et renseignemenls ayant trait à l'épidémie; de l'autre elle se charge de l'exécution de toutes les mesures.
Quant au résumé complet et à la publication scientifique consécutive de tous les faits concernant l'épidémie, ils doivent être recueillis de suite et sans aucun retard ; il est même nécessaire d'entrer dans toutes les particularités dont se compose une grande épidémie ; dans ce but il faudra remettre aux médecins des instructions uniformes et des cadres à remplir pour rassembler et classer les faits. Le nombre des décès peut être connu chaque jour pendant l'épidémie; la publication du nombre des malades sera laissée de côté, car elle n'est pas appropriée aux circonstances.
On distribuera avec avantage une instruction populaire; on portera surtout l'attention sur les points suivants : l'importance de la diarrhée prodromique, la transmission du choléra par la simple diarrhée cholérique, la nécessité d'une vie réglée et d'un régime approprié, l'utilité de la propreté et des mesures de désinfection ; le public y sera enfin mis en garde contre l'emploi de ces médicaments prophylactiques ou curatifs qui surgissent partout au moment de l'épidémie, qui sont au moins inutiles et souvent réellement nuisibles.
On distribuera aux classes pauvres des aliments convenables , des soupes, etc., gratuitement suivant les circonstances, on leur fournira du chauffage, des couvertures, des vêtements, et chacun sera à même de recourir rapidement aux secours du médecin donnés gratuits là où la chose est nécessaire. Le plus souvent il est utile, dans ce but, d'augmenter le nombre des médecins, de multiplier les bureaux de consultation et les endroits de secours où les médecins resteront le jour et la nuit en se relevant les uns les autres, et où l'on trouvera aussi tous les moyens nécessaires pour transporter les malades dans les hôpitaux. Le système des visites de « maison à maison » fut introduit d'abord en Angleterre, puis à Mittenwald (Pfeufer) et à Munich en 1837, il le fut ultérieurement dans })eaucoup de localités, et surtout de nouveau en Angleterre; chaque jour des visites de médecins étaient faites officiellement dans les maisons des pauvres, elles avaient surtout pour but de s'enquérir des diarrhées, des affections gastriques, et de les traiter aussitôt. Il n'y avait naturellement aucune contrainte, et Ton distribuait de suite des médicaments ; cette institution avait le grand avantage de rendre compte d'une grande quantité de causes nuisibles résidant dans les maisons, le régime, l'habillement, etc., et de nombreux besoins hygiéniques étaient ainsi mis au jour. Ces mesures, évidemment utiles en raison de la faible dépense et très-recommandables d'une manière générale, sont, comme Reuss l'a remarqué avec raison, beaucoup moins nécessaires dans les localités où la classe pauvre peut obtenir à tout instant une consultation gratuite de la part des médecins, et dans ces moments surtout où le public est fortement convaincu de la gravité de la diarrhée à une époque de choléra. Du reste, une appréciation bien fondée sur l'utilité des visites de maison à maison n'est pas facile ù
donner; on cite des cas dans lesquels le choléra diminua rapidement et s'éteignit bientôt lors de l'application de ces mesures ; c'est ainsi qu'à Dumlries, en Ecosse, la disparition de la maladie eut lieu après neuf jours; mais une cessation aussi rapide se produit quelquefois indépendamment de ces précautions, ainsi au Havre et à Bruxelles, en 1853; d'autre part, la maladie fut très- meurtrière dans beaucoup de localités, malgré les visites domiciliaires (à Newcastle en 1853). On se figure parfois qu'une grande partie des diarrhées traitées dans les visites domiciliaires se seraient transformées en choléra; mais on ne sait en aucune manière dans quelles conditions cette transformation se produit; bien plus, en 183:2, alors qu'il n'était pas question de ces mesures, les épidémies étaient ac(;ompagnées d'un grand nombre de diarrhées qui ne se transformaient point en choléra, on ne considérait pas alors ces cas comme un arrêt dans les prodromes, mais bien comme des formes diminutives, légères, du processus cholérique. Ces remarques ne sont naturellement pas dirigées contre ces institutions en elles-mêmes, mais bien contre les espérances exagérées que l'on plaçait sur elles, surtout en Angleterre. Quant à l'établissement de ces mesures, on peut prendre connaissance, dans l'ouvrage de Amb. Tardieu, d'un projet de règlement très-détaillé (1).
§ 501. Des hôpitaux destinés aux cliolériques. — Les pauvres et Ics
malades qui n'ont pointchez eux les soins suftisants doivent être transportés, mais sans contrainte, à l'hôpital. L'établissement d'hôpitaux cholériques temporaires, établis autant que possible dans les quartiers les plus différents d'une grande ville et correspondant chacun à une population de 10 à 20,000 âmes, est préférable, sous beaucoup de rapports, à l'admission dans les hôpitaux ordinaires; on épargne ainsi aux autres malades l'influence nuisible de la vue des cholériques et d'un grand nombre de mourants, et on évite surtout la propagation si meurtrière du choléra dans les hôpitaux. La crainte que l'on avait que les hôpitaux de cholériques fussent des foyers d'infection n'a pas été confirmée par l'expérience, et les mesures sévères de désinfection l'éloignent tout à fait ; bien plus, le transport des malades à l'hôpital réduit le nombre des foyers d'infection dans une ville et la soustrait à son propre avantage à l'atmosphère morbide.
Dans les hôpitaux de cholériques, il doit y avoir trois divisions; l'une consacrée aux malades soupçonnés ou légèrement atteints, la seconde pour les cholériques véritables, la troisième pour les convalescents. Le transport dans l'hôpital se fait mieux avec une chaise à porteur ou un brancard qu'avec une voiture. Dans les salles, la chaleur doit être modérée, 18°-20° centigrades. L'aération doit être complète, la plus grande propreté doit exister pour le plancher, les literies; les évacuations doivent être enlevées rapidemeut et désinfectées, on doit avoir un soin particulier des chaises percées et des vases de nuit, un nombre suffisant d'infirmiers
(1) A. Tardieu, Dkf . d'hygiène. 2* édition. Paris, 1862.
seront mis à la disposition du médecin. Les selles ne doivent point être vidées dans une fosse d'aisances commune, elles seront jetées de préférence (jlans une fosse spéciale avec du chlorure de chaux; quant au traitement des literies, des linges, etc., ce que nous avons déjà dit s'y applique. — Lorsqu'on n'a point d'hôpital spécial, il faut au moins établir, dans un hôpital général, une division particulière pour les cholériques, il y a inconvénient à les disséminer parmi les autres malades et à concentrer ainsi des miasmes. L'évacuation des personnes saines, des maisons où le choléra règne avec intensité, est aussi importante que l'éloignement des malades, mais beaucoup plus difl&cile ; il est quelquefois possible de les transporter dans des établissements publics, où elles prennent pension, et sont visitées chaque jour par le médecin.
§ 502. sieNures prophylactiques indîTiduelles. — Les hommes pusillanimes, qu'un devoir d'aucune espèce ne retient au lieu de l'épidémie, peuvent l'abandonner; le départ doit avoir lieu au commencement de l'épidémie, et le voyage ne doit point être entrepris lorsqu'il y a déjà du malaise; comme résidence, on choisira de préférence les contrées montagneuses. Chaque individu fuyant le choléra doit, du reste, se représenter la grande responsabilité qui peut peser sur lui par la propagation de sa diarrhée. — L'abandon des quartiers les plus atteints d'une grande ville est une mesure utile pour ceux qui peuvent le faire facilement. Celui qui reste au lieu de l'épidémie évitera tout ce qui peut développer chez lui du malaise et surtout de la diarrhée, en un mot, les écarts de régime et les refroidissements, il cherchera à conserver une intégrité complète de ses organes digestifs. Il est certain que des écarts de régime et des excès peuvent souvent avoir lieu à Fépoque du choléra sans conséquence fâcheuse, mais il est également certain que la maladie en est quelquefois la conséquence directe ; celui qui est sujet à la dyspepsie ou à la diarrhée a de doubles précautions à avoir. On diminuera avec ayanlage la quantité d'aliments que l'on prenait autrefois, on s'en tiendra d'une manière générale à une nourriture légère, surtout animale; on évitera tous les mets pouvant amener du méléorisme, légèrement purgatifs et surtout contraires à l'individu ; on ne fera point usage d'eau très-froide, de substances glacées, de boissons acides, de fruits à peinC/mûrs, de concombres, de melons, de prunes, de lait aigre, etc. ; il sera également déplacé de se mettre à la diète, de changer radicalement son régime, de se nourrir exclusivement de soupes et de viandes, d'éviter Tusage absolu de l'eau, et de boire une grande quantité de vin rouge lorsqu'on n'y est pas habitué. En outre on se tiendra les pieds et le ventre chauds; si l'on avait auparavant de la tendance à la diarrhée, on portera une ceinturede flanelle, on évitera l'air de la nuit, les veilles, lafatigue, on ne s'exposera point longtemps aux émanations des fosses d'aisances, on supprimera l'usage des fosses d'aisances publiques et on ne fera usage d'aucun remède secret prophylactique; aussitôt que la diarrhée la plus légère apparaîtra, oii instituera le traitement du paragraphe suivant;
il est désirable au plus haut degré de conserver son énergie et sa gaieté d'humeur. Melzer a proposé récemment de filtrer, à l'aide de la laine ou d'autres substances poreuses, l'air inspiré par la bouche et les narines, le gaz étant ainsi purifié de l'agent cholérique, on empêcherait la réception du miasme dans l'organisme ; c'est là un moyen bien imaginé, mais qui ne saurait devenir pratique.
§ 503. Traitement de la diarrhée cholérique. — On doit admettre qu'aux époques des épidémies cholériques il puisse y avoir aussi bien qu'auparavant un grand nombre de diarrhées dénature non spécifique, on doit conseiller de veilleralors avec le plus grand soin à toute espèce de diarrhées, et par suite de les traiter comme si elles étaient spécifiques. Bien plus, on doit toujours prendre eu considération, au point de vue du traitement,leurs causes prochaines,déterminantes, lorsqu'elles sontreconnaissables,c'estainsique, lorsd'uneindigeslionévidente,on donnera un éméiique, ou mieux oh administrera une grande quantité d'eau chaude, en la faisant suivre de la titillation de la gorge et duvoiledu palais, etc. Dans tous les cas, les moyens reconnus les plus utiles sont le séjour au lit, la diète ou l'usage d'aliments très-légers et très-simples (soupes mucilagineuses), l'ingestion de l'eau d'orge, de l'eau gommeuse, de Feau vineuse, les vêtements chauds autour de l'abdomen, les cataplasmes chauds contre la douleur et même les bains chauds; on favorisera une transpiration modérée en donnant une infusion chaude, légèrement aromatique de fleurs de tilleul, de mélisse, de menthe, etc. Une quantité de remèdes les plus différents et même les plus opposés ont été recommandés, ce sont d'une part les substances déterminant de la constipation ou réputées comme telles, avant tout l'opium et ses préparations variées, les mucilages, les composés de tannin, le nitrate d'argent à l'iûtérieur et en lavements, l'ipécacuana en infusion, la noix vomique, etc.; d'autre part, ce sont des substances administrées en vue de cette idée théorique que les selles contiennent le poison spécifique, elles comprennent les évacuants, les purgatifs salins, la rhubarbe, le calomel, même l'huile de croton, les huiles essentielles de valériane, de menthe, etc., les acides minéraux, la quinine, etc. — Cette abondance de médicaments semble prouver que les remèdes ont une faibie part dans la guérison de ces diarrhées et que le repos et la diète sont les éléments les plus actifs de guérison. L'expérience apprend que parmi Its médicament^ précédents l'opium est le plus convenable; on peut donner l'opium pur à la dose d'un quart de grain ou d'un demi-grain par dose, comme teinture (sou vent avec la teinture de valériane et l'huile de menthe), ou comme poudre de Dower; dans les diarrhées très-persistantes, il sera employé avec avantage en lavement. La langue devient-elle plus chargée après l'usage de l'opium, on le supprimera et on s'en tiendra de préférence au repos, à une diète sévère, à des substances mucilagineuses, à des infusions légèrement aromatiques; chez les individusaflaiblisces dernières pourront être plus fortes, et on prescrira un vin rouge généreux. — La diarrhée augmente-t~elle malgré toutes
o28 CHOLÉRA ASIATIQUE.
ces mesures, quelques-uns vantent le nitrate d'argent à l'intérieur à la dose de un demi-grain 3-4 fois chaque jour ou en lavement, d'autres prescrivent le calomel, avec ou sans opium, à la dose d'un grain toutes les heures ou toutes les deux heures; on recommande aussi le mélange d'opium et de tannin, les boissons réchauffantes, l'ingestion de liquides chauds, tous les moyens destinés à favoriser la transpiration, etc. Je ne possède sur ce point aucune expérience personnelle ; mais, dans ces circonstances et dans ce mode d'administration, je ne considère point le calomel comme nuisible, je me fonde ici sur les observations étrangères ; il est digne d'un essai et doit êlre préféré au nitrate d'argent; ies méthodes évacuantes dès le début, qui n'ont pas Irouvé grand crédit chez nous, et qui semblent de nouveau moins préconisées en France, ne sont nullement à recommander.
Les autres prodromes ou symptômes de la constitution cholérique, le simple état gastrique, l'anxiété précordiale, doivent être traités aussi bien que la diarrhée; les remèdes principaux sont : un régime plus ou moins sévère, les poudres effervescentes, les infusions de mélisse ou de camomille, la chaleur du ventre, dans les états nerveux, les sinapismes, la valériane, la hqueur martiale (liquor anodynus martiatus) et un peu d'opium. Chez beaucoup de malades les médecins ont la tâche importante de déterminer le repos de Tesprit.
Dans les cholérines on doit chercher au début à favoriser le vomissement par une injection abondante de thé, de camomille; lorsque les vomissements et les évacuations sont intenses, on prescrit de préférence les poudres effervescentes et l'opium qui souvent coupent court à l'attaque; quant à l'action du calomel si vanté par beaucoup de médecins, l'expérience générale n'est pas fixée, il en est de même du nitrate d'argent.
§ 50-4. Traiteiueui de Pattaque. — Il y a pour l'attaque de choléra comme pour la diarrhée quelques mesures simples, évidemment utiles et nécessaires que l'on doit employer dans toutes les circonstances et qui forment la partie réellement active du traitement; il y a en outre un grand nombre de traitements et de médicaments des plus variés dont l'utilité est très-douteuse.
Il faut avant tout réchauffer les parties refroidies à l'aide de couvertures de laine, de boules chaudes, de sacs remplis de sable chaud, etc.; on fera*ensuite usage de boissons aqueuses données en petites quantités à la fois; suivant le goût du malade, elles seront chaudes et consisteront dans une infusion légère d'eau de tilleul ou de mélisse; dans la grande majorité des cas, elles seront données froides, on emploiera simplement l'eau froide et mieux l'eau de Selters froide pour étancher la soif, les mélanges de soude seront également utiles ; on donnera encore de l'eau de Seltz avec très-peu de vin, de la bière blanche très-faible, une décoction de sàlep extrêmement diluée et bien fraîche; on alternera avec utilité en faisant prendre quelques petits morceaux de glace additionnés ou non de quelques gouttes très-diluées d'élixir acide de Haller; la diète sera abso-
lue, point de soupes ni de bouillons, etc.; on pourra prescrire çà et là une tasse de café noir, et du bouillon de veau ou de poulet aussitôt après la terminaison de l'attaque. Lorsque les crampes seront intenses, le massage des parties musculaires correspondantes sera utile; les vastes sinapismes peuvent quelquefois contribuer un peu à réchauffer la peau. Les soins les plus attentifs seront administrés, on veillera à la pureté de l'air, au repos physique du malade et il sera visité aussi souvent que possible, car son état peut offrir de grandes variations. — Ce traitement simple doit être continué pendant toute la durée de l'attaque; en moyenne, il rend autant de services que l'emploi de remèdes multiples, c'est ce que prouvent du moins les résultats d'Hïibbenet, de Skoda, de J. Meyer (Berlin 1855), l'expérience faiie à Lilbeck en I80G, etc., et chacun peut se convaincre partout qu'il a été bienfaisant et utile pour des malades désespérés. — Une médication violente quelconque employée au début de l'attaque a-t-elle pu faire rétrocéder le processus morbide, c'est là un fait essentiellement douteux et, en tout cas, les remèdes employés peuvent avoir été très-nuisibles. Du reste, dans le traitement de l'attaque, il faut avoir en vue comme toujours les caractères et les particularités du cas en question , la prédominance d'un symptôme morbide quelconque, sa nature grave, incommode et dangereuse, enfin l'individualité du sujet; ces particularités peuvent modifier le traitement et donner lieu à l'emploi de médicaments dont nous allons parler.
§ 505. Médications contre la diarrhée^ le Yomissement. — Parmi les processus particuliers de l'attaque, tantôt les uns, tantôt les autres, en vertu de vues théoriques ou de résultats empiriques évidents, ont servi de point de départ pour instituer un traitement; en cherchant à justifier ce que l'on peut ainsi obtenir de rationnel au point de vue de nos connaissances actuelles des processus cholériques, nous aurons l'occasion d'apprécier en peu de mots les plus importants des remèdes et méthodes recommandés. — Avant tout il faut se rappeler que, dans les états graves et surtout dans les états asphyxiques, une très-faible quantité de médicaments semble être résorbée par l'intestin; de plus tcul ce qui arrive dans l'estomac et l'intestin grêle est extrêmement dilué par les nombreux liquides formés des boissons et de la transsudalion; il suffit de se rappeler la forte proportion de chlorure de sodium pour songer à une décomposition chimique possible, et en outre une grande partie des médicaments sont rejetés avec les matières vomies. La mention de ces faits, surtout des premiers, doit faire naître des doutes considérables sur la puissance d'action de beaucoup de médicaments, elle ne doit pas cependant nous détourner de leur emploi, lorsque l'indication s'en présente.
a. — Celui-là s'opposera de toutes ses forces à la transsudation intestinale, qui y voit le point de départ de l'ensemble de tous les phénomènes graves et dangereux du choléra; celui qui au contraire regarde la diarrhée et le vomissement comme des processus relativement favorables,
GRIKSlnGERj MAL. INFECT. 34
comme les moyens de l'élimination du poison, conseillera de ne point les arrêter ou au moins de rester dans une attitude passive; d'autres enfin ne partageront aucune de ces deux opinions, mais reconnaîtront cependant que les déperditions considérables de liquides jouent un grand rôle dans l'enchaînement défavorable des processus pathologiques, ils désireront alors trouver un remède pour y mettre fin. On doit furlement se demander si ces remèdes existent; l'action de la saignée et des diaphorétiquesesttûutà fait illusoire; les principaux médicaments que l'on a employés dans ce but sont, d'une part, l'opium, de l'autre, quelques préparations métalliques, surtout le caloinel, puis le nitrate d'argent, le sous-nitrate de bismuth autrefois, l'acétate de plomb recommandé par quelques-uns, le perchlorure de fer à la dose de deux gouttes toutes les demi-heures, puis
le tannin, l'eau de chaux, elc On a en vue une modification rapide de
la muqueuse, et vraisemblablement on n'a pas besoin d(; l'action de ces remèdes après leur absorption. Mais il faut se demander s'ils arrivent en quantité suffisante et en solution assez concentrée aux points de transsudalion ; les résultats décisifs font tout à fait défaut, car l'expérience montre qu'il y a un nombre de cas aussi grand dans lesquels ils sont inactifs. L'on doitcependaU recommander dans ce but l'opium à haute dose, surtout en teinture, et principalement avant le débat des phénomènes asphyxiques. La glace donnée à l'intérieur, les lavements glacés paraissent modérer la transsudation et par suite la diarrhée ; ils sont utiles dans les hé;norrhagies intestinales et dans ces états paralytiques de l'inlestin qui donnent lieu à l'incontinence des matières fécales ou à leur évacuation rapide à la suite d'une pression sur l'abdomen ; les fomentations glacées sur le ventre paraissent être très-utiles dans ces circonstances comme lors d'une Iranssudation très-profuse.
h. —Un vomissement intense et tenace doit être combattu avec les remèdes appropriés; différents moyens sont utiles chez différents individus ; d'une manière générale on prescrira la glace réduite en petits morceaux donnée par cuillères à café, les poudres effervescentes, la potion de Rivière, les sinapismes à l'épigastre, les fomentations de l'abdomen froides et quelquefois chaudes suivant les circonstances; les autres remèdes qui offrent souvent de l'utilité sont : les doses répétées de morphine (0^"', 005 par dose), l'éther, la créosote, la teinture de noix vomique, l'eau de laurier-cerise, le café noir, le Champagne glacé, la bière. Le vomissement est soulagé, comme toujours, par l'ingestion abondante de boissons; lorsque le vomissement ne se produit point au milieu d'une anxiété précordiale très-intense, on pourra donner une dose complète d'ipécacuana. Le hoquet est combattu par différents moyens; les précédents peuvent être essayés, on conseille en outre la valériane, la liqueur d'ammoniaque anisée, l'eau de laurier-cerise, de petits morceaux de sucre. Ce traitement tout à fait palliatif n'exerce aucune influence sur la marche générale de la maladie.
§ 506. Médications diri^^ées contre l'épaississement du sang^. —
L'épaississement du sang donne toujours lieu à des suites extrêmement importantes et dangereuses ; toutes les tentatives faites pour rendre au sang l'eau et les sels qu'il a perdus doivent, en tout cas, être considérées comme rationnelles ; on doit songer qu'il s'agit uniquement, pour le sang, d'une restitution de matériaux organiques que réclame la compensation directe des pertes. La méthode la plus simple consiste dans l'ingestion de boissons abondantes, mais très-répétées et prises en petites quantités ; ce seront des composés sodiques, tels que l'eau de Selters, les eaux effervescentes, l'eau additionnée d'une très-petite quantité de chlorure de sodium; les solutions salées plus intenses, les prescriptions, par exemple, de 4-8 grammes de sel dissous dans l'eau, telles qu'on les ordonnait en 18-48, et déjà même en 1831, dans les hôpitaux de Saint-Pétersbourg, ne doivent pas être recommandées ; le petit-lait, lorsqu'il est supporté, est trèsconvenable en raison de sa composition chimique. Il y a, à la vérité, un temps considérable pendant lequel l'absorption est très-limitée, c'est celui qui s'écoule lors de la transsudation à la surface de la muqueuse intestinale, et, chez beaucoup d'individus, toutes les boissons sont de nouveau rejelées par le vomissement. On ne sait pas quand l'absorption recommence; et, en tout cas, il est important que l'on fournisse à l'absorption une assez grande quantité d'eau aussitôt que l'activité organique peut se rétablir avec intensité. Du reste, pour compenser l'absorption insuffisante de la muqueuse digestive, on a cherché à faire parvenir de l'eau dans le sang par d'autres voies ; il n'y a rien à attendre de bains simples ou salés en raison de l'état de la peau dans le choléra ; les inhalations aqueuses dans les poumons ont été sans succès (Piorry, Haller, etc.) ; la méthode particulière de Piorry, consistant k injecter de l'eau dans la vessie, est impraticable, et, en tout cas, insuffisante, en raison de la faible quantité d'eau absorbée ; l'autre proposition que l'on a faite, d'injecter de l'eau dans la cavité péritonéale, n'a besoin d'aucune réfutation. Il ne nous reste donc que Tinjection veineuse directe à l'aide d'une eau additionnée de sels, de chlorure de sodium, d'un peu de bicarbonate de soude, etc. ; de cette manière, on ne peut introduire dans le sang que de très-petites quantités d'eau, à moins de répéter souvent une opération qui n'est pas sans importance ; les résultats obtenus par cette méthode sont, jusqu'à ce jour, si mauvais, qu'on ne saurait les conseiller en aucune manière; cependant, ces injections amènent souvent un soulagement rapide et considérable, le regard prend de la fraîcheur, le pouls se relève, etc. ; il faut convenir en outre que l'immense majorité des injections n'a été essayée, jusqu'à ce jour, que sur des malades désespérés (1).
On peut encore moins atteindre les autres altérations du sang ; l'élimi-
(1) Le 19 novembre 1865, le docteur P. Loraiu a communiqué à l'Académie des sciences un cas intéressant de guérison, par l'injection dans les veines d'une assez grande quantité d'eau ; les conditions particulières daus lesquelles fut tentée cette médication, le manuel
nation de TLirée hors du système circulatoire et des tissus serait un résultat désirable, mais il est impossible de favoriser directement la sécrétion urinaire pendant l'attaque. Lorsqu après l'attaque ou dans la période de retour le malade peut prendre des boissons en quantité, il y a avantage à lui administrer des liquides légèrement durétiques, tels que l'eau de Selters, la bière blanche, etc.
§ 507. Médications destinées à combattre l'arrêt de la circulation.
— JParmi les autres phénomènes de Tattaque, aucun n'a été l'objet d'essais curatifs aussi nombreux que Varrêt de la circulation et les étals algides et asphyxiques qui s'y rattachent. Conserver la force du cœur qui faiblit, provoquer la réaction, ranimer l'action nerveuse épuisée : telles sont, en fait, les indications les plus pressantes, les indications vitales ; on s'est servi, dans ce but, de plusieurs espèces de remèdes :
Avant tout on a administré, à l'intérieur, les excitants, et, de préférence, le camphre, les préparations d'ammoniaque, les spiritueux (le vin chaud, le grog, le punch), les différentes sortes d'éther, le café noir, la teinture de cinnamome, etc. On ne doit rejeter, dans aucun cas, l'emploi de cette classe de remèdes ; d'une manière générale, ils paraissent plutôt propres à favoriser le début de la réaction et à le continuer qu'à le développer là où il fait défaut, chez les asphyxiques, par exemple ; dans le traitement
opératoire employé, et surtout le résultat favorable obtenu, nous engagent à la reproduire ici intégralement :
« Le 29 septembre 1866, un homme .vigoureux et bien constitué fut amené dans ma salle « à l'hôpital Saint-Antoine. Il avait eu la veille deux selle - riziformes et des vomissements. « Le 29, à huit heures trente minutes du matin, il présentait tous les signes du choléra « algide à la première période, crampes, refroidissement, cyanose généralisée, suppres- '< sion complète de l'urine, voix éteinte, pouls nul, dyspnée excessive, prostration pro- « fonde. A ce moment, les mesures de température ex de poids, tant de l'homme tout « entier que des excréta, nous donnaient les chiffres suivants :
Température de la bouche 32° centigr.
Température de l'aisselle 3i°
Température du rectum 3706
« Le poids de l'homme était de 71 kilogrammes; le poids des matières rendues depuis « une heure du matin était de 700 grammes. Les urines étaient nulles.
« Le 29 au soir, à cinq heures trente minutes, l'état du malade avait empiré, il était tout « à fait algide, incapable de se mouvoir ni de parler; ses pupilles dilatées ne se contractaient « pas au voisinage d'une lumière ; il était tout à fait insensible et, lorsqu'on le porta sur le lit <c d'opération, il avait la souplesse et l'apparence d'un cadavre. Il n'eut pas la force de ra- « mener vers le milieu du lit sa tête qui était pendante en dehors de l'oreiller; enfin il sup- « porta, sans en avoir conscience, la dissection que je fis d'une veine sur son avant-bras. « Ayant mis à nu une veine superficielle, j'y introduisis un irocart dont la canule fut laissée « en place et fixée dans la veine par une ligature; 400 gr. d'eau à 40» centigr. furent injectés « à l'aide d'une pompe en verre aspirante et foulante dont les orifices étaient munis de (1 valvules ou de soupapes disposées de façon à ne pas laisser pénétrer l'air dans l'instrument. « L'opération fut faite sans difficulté; le cœur battit phisfort, tel fut lepremier résultat cons- « taté; le pouls ne devint pas encore sensible. Le second résultat constaté fut le suivant : u la respiration devint plus ampleet moins gênée; le troisième fut l'élévation delà tempe-
TRAITEMENT. o33
de l'attaque, ils peuvent être laissés de côté : c'est ce que prouve la mortalité moins forte des méthodes dont ils sont exclus, telles que le traitement par l'eau salée, etc., telles surtout que les médications simples, assez indifférentes, bien plus fécondes en résultats. Ces médicaments excitants doivent être donnés de préférence aux individus âgés, épuisés auparavant, et surtout lorsqu'il y a affaiblissement considérable du pouls (ces cas, du reste, sont toujours mauvais) ; leur action excitante et calorifique, se produisant tout d'un coup à la seconde période de la maladie, après que leur absorption a été suspendue pendant longtemps, peut devenir considérable, et, d'une manière générale, elle est beaucoup moins nuisible lorsqu'ils ont été donnés en petite quantité qu'en grande abondance. Le camphre, administré toutes les 2 heures à la dose de 0 gr. 10 en poudre dans du pain azyme ou dans une potion gommeuse, la liqueur d'ammoniaque caustique (4-8 grammes sur 180 grammes d'eau sucrée, à prendre une cuillerée à bouche tous les 1/4-1/2 heures, Ebers), et surtout les différents éthers paraissent les remèdes les plus appropriés ; on peut alterner dans l'emploi des excitants ; les spiritueux ne doivent pas être recommandés ; on ne saurait cependant les refuser sur la demande expresse des malades ; lorsque tout est vomi, le camphre peut être employé en lavements. La strychnine a été préconisée récemment en France à titre d'excitant, bien que son indica-
« rature. Un thermomètre maintenu dans la bouche marquait avant l'opération SCS, et « après celle-ci, c'est-à-dire au bout de dix minutes, il monta et se maintint à 30". Enfin, aus- « sitôt après l'opération, le malade dit d'une voix faible qu'il avait soif. Ahuit heures, il était « endormi et respirait librement ; sa peau était moite et se réchauffait. A onze heures le « thermomètre, qui n'avait accusé que33"8 dans l'aisselle au moment de l'opération, mar- « quait 3408, le malade était agité et vomissait abondamment.
« Le 30 septembre au matin, il était assez fort pour se lever seul et se tenir debout sur « une chaise ; sa voix était moins f;uble, il ne souffrait plus. Les urines n'avaient pas en- « core reparu et le pouls était insensible, le thermomètre marquait :
Dans la bouche 35^9
Dans l'aisselle 3406
Dans le rectum 3708
« Le poids du malade avait augmenté de 450 grammes, fait ordinaire qui s'explique « parce qu'il buvait plus qu'il n'excrétait.
« Le malade alla de mieux en mieux ; le 2 octobre il rendait un litre d'urine, sa tem- « pérature étant de :
Dans la bouche 36o8
Dans l'aisselle 36°
Dans le rectum 3702
« Le pouls donnait au sphygmographe un tracé régulier, indiquant une tension forte et « une impulsion normale.
« Le malade passa par les diverses phases du choléra régulier et fut en voie de guéri- « son, il devint polyurique dans les délais voulus, et accomplit la courbe normale du « choléra type. Il quitta l'hôpital le 8 octobre en pleine convalescence.
« Le 17 octobre et le 2 novembre il s'est de nouveau présenté à nous; sa guérison est « définitive. » (Lorain, Études de médecine clinique et de physiologie pathologique. Le Choléra observé à Vhôpital Saint-Antoine, Paria, 1868.) [G, L.]
lion repose ici sur une fausse interprétation de son mode d'action physiologique; elle ne peut naturellement que nuire, lorsqu'elle devient active.
Une autre série de moyens destinés à ranimer la ;circulation consiste dans les applications extérieures ; on active ainsi la circulation capillaire de la peau, et on agit en même temps sur l'excitabilité nerveuse. A cette médication appartiennent les sinapismes chauds appliqués sur la poitrine, l'abdomen et les cuisses, les frictions simples prolongées, les frictions avec alcool camphré, Uniment volatil, baume Opodeldoc, teinture de capsicum, solutions salées, concentrées, etc., les bains tièdes ou chauds (37°-42° centigr.), les bains de vapeur, les bains avec moutarde, chlorure de sodium et potasse caustique ; nous mentionnerons surtout l'action puissante et passagère du froid sur la peau, les frictions avec des morceaux de glace, avec des serviettes imbibées d'eau glacée, avec un mélange de glace concassée et de sel marin, les frictions avec l'éther, les affusions froides dans un bain chaud ou dans une baignoire vide, suivies de frictions sèches et d'un enveloppement dans une couverture chaude. Parmi ces procédés variés, les bains généraux et les affusions ont l'inconvénient d'aggraver quelquefois l'état du malade en le sortant du lit ; au milieu d'un collapsus intense, l'on peut encore tenter les affusions froides ; elles agissent avec intensité sur la peau, et aussi avec une grande puissance sur la respiration, et peut-être par suite sur la circulation; en général, les frictions avec de la glace et de l'eau froide, lorsque la peau surtout est refroidie et recouverte de sueurs profuses (Leubuscher), constituent le meilleur remède ; au bout de 5 à 6 minutes en général, elles produisent un réchauffement des parties qui deviennent rapidement le siège d'une chaleur sèche. Les bains de vapeur, les bains chauds, l'enveloppement dans les draps humides n'ont pas été reconnus utiles.
§ 508. Traitement des symptômes nerveux. — Quant à ce qui concerne les symptômes nerveux, les crampes de l'attaque seront soulagées par les frictions continues et modérées avec de la flanelle, avec de l'huile chaude, de l'alcool camphré ou du chloroforme. Lorsque les douleurs et les crampes sont très-intenses et très-généralisées, on prescrira un bain tiède, l'opium à l'intérieur, le chloroforme à fintérieur et en frictions dans les points douloureux, et en inhalalions lorsque ces symptômes auront une intensité considérable. Contre la céphalée intense et la chaleur exceptionnelle de la tête, on emploiera les compresses froides ; contre la stupeur, les compresses vinaigrées ; le vinaigre comme remède à respirer; lorsque l'anxiété précordiale sera intense, on favorisera le vomissement, on appliquera des sinapismes sur l'épigastre, on y fera des frictions avec de l'huile de moutarde dissoute dans l'alcool, et des fomentations avec de l'eau glacée.
§ 509. Oe la valeur «le «luuiques remèdes et de quelques médications. — Quelques remèdes ei médications méritent encore une mention particulière.
La saignée a été souvent recommandée avec instance dans les premières épidémies, surtout en Russie et en France (Gendrin, etc.); au début de la maladie, dans le slade asphyxique, elle se proscrit naturellement d'ellemême ; parmi les auteurs récenls, elle a été assez souvent employée par Rigler, Heimann, etc. On lui attribuait une action essentiellement révulsive ; elle arrêtait la production des sécrétions à la surface de l'intestin, favorisait l'absorption ou produisait d'heureux résultats en dégageant le cœur droit et la petite circulation ; on vantait surtout son efficacité pour arrêter tout d'un coup la transsudation à son début, pour éloigner l'anxiété précordiale, développer les transpirations et faire rétrograder tout le processus morbide ; quelques-uns la considéraient comme éminemment utile dans les cas où les transsudations étaient peu abondantes ; lorsqu'il y avait de la douleur à l'épigastre, du vertige, de l'oppression et de la faiblesse (Arrastrong), la saignée avait alors la propriété de couper court à tous ces symptômes. On ne saurait méconnaître que la saignée remplisse une indication utile chez les individus sanguins, alors que les prodromes s'accompagnent de vertiges, d'oppression, etc. ; mais, d'autre part, si on la juge au point de vue théorique, on la trouvera assurément très-dangereuse dans une maladie oii la diminution rapide de la masse du sang est quelquefois si considérable qu'elle a été comparée à une héraorrhagie; si on parle au point de vue de l'expérience, on pourra se convaincre que le passage à l'asphyxie peut être la suite directe de la saignée (Pfeufer) ; beaucoup de médecins, qui, jadis, l'employaient assez souvent, ont été détournés de son emploi par leur pratique ultérieure; pour eux, la saignée, quoique légère (100-120 grammes), et même au milieu de la plus forte oppression, devait être complètement évitée en raison de ses conséquences nuisibles bien prouvées. Ces raisons suffisent certainement pour détourner de son emploi.
Toute médication diaphorétique, quelle qu'elle soit, n'a de signification et de valeur que dans la période prodroraique. Aussitôt que l'attaque s'accompagne d'un arrêt plus ou moins grand de la circulation, il n'y a rien à attendre des sueurs; non-seulement au point de vue théorique, il est tout à fait irrationnel de soustraire de l'eau au sang par l'intermédiaire de la peau, mais l'expérience a démontré que beaucoup de malades meurent couverts de sueurs, et que les cas de sudations intenses et spontanées sont en général tout à fait défavorables.
L'ipécacuana comme vomitif est indiqué à la période prodromique après les écarts de régime lorsque i'é.vacuation de l'estomac peut y mettre fin, et contre l'anxiété précordiale progressive de ce moment; il fait partie des remèdes les plus usités et les plus vantés au début de l'attaque. On le prescrira à la dose de ls'",50 avec de l'eau et on le répétera plusieurs fois jusqu'à vomissement. En fait l'ipécacuana a souvent une action bienfaisante et instantanée, il soulage le malade, diminue les sensations d'angoisses et peut-être modère l'ensemble des processus de l'attaque. Beau-
coup le recommandent encore comme le meilleur médicament lorsque les selles sont déjà décolorées, que le stade asphyxique n'est point encore arrivé, que la température de la peau a déjà baissé et que le pouls est devenu faible ; il préviendrait alors le développement complet des symptômes consécutifs, il exercerait une influence sur le retour des selles et sur la diminution du processus de transsudalion. Ce remède paraît en général n'être pas nuisible, mais il ne remplirait pas certaines indications, et beaucoup de médecins qui l'ont employé n'ont pu se convaincre de son efficacité si vantée.
Le calomel, dont l'indication à l'origine était essentiellement basée sur l'absence de la bile dans les selles, fut d'abord prescrit par Searle, dans les Indes; il fut donné à haute dose un gramme toutes les deux heures jusqu'à production de la sécrétion urinaire et des selles bilieuses, cette médication fut opposée à la médication opiacée et elle paraît avoir fourni de meilleurs résultats, elle fut très-préconisée en Angleterre dans les premières épidémies (Ayre, Wilson, etc.), le calomel était donné à des doses dépassant quatre et cinq grammes par jour. D'autres médecins en éprouvèrent bientôt de mauvais effets : les tentatives faites par Leubuscher en 1850 suivant la méthode de Searle ne donnèrent aucun résultat favorable ; quelques malades prenaient toutes les demi-heures 1 ^",20, en tout 12 à lo grammes. Le calomel donné à doses moins considérables trouva plus de partisans, il fut prescrit dans l'attaque à raison de 0^'',03-0^'',25 par dose et surtout au début ; Pleufer ordonnait un ou deux demi-grains toutes les demi-heures ou toutes les heures, Niemeyer un grain toutes les demiheures ou heures, Frey trois grains tous les quarts d'heures ou toutes les demi-heures ; le calomel aurait alors pour résultat d'arrêter de suite les processus de transsudation, de faire revenir, d'amener le retour des évacuations bilieuses et par suite de produire une guérison durable ; d'autres médecins n'ont pas pu obtenir ces résultats. Vouloir rétablir la sécrétion biliaire pendant l'attaque, alors que le calomel n'est pas absorbé, c'est là une vaine tentative, le retour des selles bilieuses n'a nullement dans la guérison du choléra la grande valeur que quelques auteurs lui attribuent, car beaucoup de malades meurent malgré des évacuations bilieuses ; les résultats empiriques de ce remède ne sont nullement constants ; on le considérera difficilement comme nuisible en raison de la dilution considérable qui a lieu dans l'intestin.
Il y a encore moins à dire des éloges prodigués au nitrate d'argent administré à la dose de 0^%05 à 0^\\0 sur 120 grammes d'eau, toutes les demi-heures, ou toutes les heures une cuillerée à bouche. Lévy, qui l'a surtout recommandé dans ces derniers temps, tout en employant en môme temps les excitants, eut une mortalité de 34 pour 100, chiffre en tout cas favorable, mais Giiterbock fut moins heureux et eut une mortalité de S6 pour 100 sur 41 malades qui prirent chacun en moyenne O^^SO de ce sel. Beaucoup le vantent dans les ca,s légers ; mais, en raison de la propor-
tion de chlorure de sodium que renferme l'appareil digestif, sa destruction instantanée et son inactivité paraissent extrêmement vraisemblables.
L'opium, remède essentiel dans la diarrhée prodromique, se prescrivait souvent autrefois dans l'attaque; on se basait sur cette vue théorique que le choléra était une maladie convulsive et sur l'analogie qu'il offrait avec le choléra endémique ; mais il a éié ultérieurement de plus en plus abandonné ; l'expérience a souvent démontré qu'il était plus nuisible qu'utile dès que les selles commençaient à devenir féculentes. Quelques résultats isolés obtenus récemment paraissent parler en sa faveur (Heimann, G. Haller), il s'agirait surtout des cas avec évacuations profuses ; on peut le donner à la dose d'un demi-grain toutes Jesdeux ou trois heures ou sous forme de laudanum à dose correspondante; on administrera aussi des lavements opiacés, et sous un volume considérable, avec un demi-litre de liquide afin que le remède puisse pénétrer dans la partie supérieure du gTos intestin, comme quelques auteurs l'ont recommandé ; il doit être cessé dès les premiers signes de la réaction, cela va de soi.
Nous avons déjà traité longuement des irritants ; les résultats empiriques leur ont fait perdre de plus en plus leur valeur. Nous n'avons pas besoin de discuter ici sur l'emploi de la quinine, des acides minéraux et de milliers d'autres remèdes préconisés en vertu d'opinions théoriques inexactes et recommandés d'après des résultats pratiques très-peu nombreux ou tout à fait douteux.
§ 510. Traitement de la période de réaction. — Lorsque la réaction
ne présente point de phénomènes particuliers, les médicaments ne sont pas nécessaires, mais le malade gardera surtout une diète sévère ; on lui prescrira une grande quantité de liquides ; tant qu'il les boira avec plaisir, ils seront froids et glacés, plus tard chauds, peu à peu on arrivera aux bouillons et aux soupes mucilagineuses. Les maladies secondaires présentent de grandes difticultés dans le traitement et de faibles résultats ; dans les états de réaction prolongée, incomplète, l'ingestion des boissons sera abondante, et plus les symptômes feront craindre le développement d'un état algide, plus l'on continuera à réchauffer le tégument et à administrer les excitants à dose modérée. Les états typhoïdes consécutifs seront traités par la médication du symptôme ; on cherchera à provoquer la sécrétion urinaire par l'eau de Selters prise en abondance, par un bain chaud, par des limonades citriques, acétiques, tartriques, par la liqueur acétique de potasse, par les frictions avec l'huile de térébenthine ; l'acide benzoïque et l'huile de genièvre auraient aussi été trouvés utiles. Lorsque la diarrhée continue, on donnera le calomiCl à petites doses, le tannin sera essayé, si elle est intense ; contre le vomissement prolongé, on administrera la glace pilée, les poudres effervescentes, les ventouses, les sinapismes ; contre la chaleur intense de la tête et la prostration, on prescrira les compresses froides et même les aspersions froides ; d'une manière générale le traitement rafraîchissant} doot se trouvent exclus les médicamenta de toute
nature et d'une intensité considérable, sera le meilleur, il se composera d'acides minéraux, d'ablutions de la peau avec de l'eau vinaigrée, etc. ; on ne saurait parler actuellement de résultats positifs considérables dans le traitement des états typhoïdes. Dans la convalescence un régime bien choisi est nécessaire et doit être continué jusqu'à ce que l'appai-eil digestif ne présente plus la moindre trace de souffrance, (jue les selles offrent de nouveau leurs caractères normaux, et que les forces soient tout à fait revenues.
SECTION ÏI
§ 511. r^'otion générale . — Les processus compris sous ce nom se sont développés chez nous en tout temps, bien avant l'apparition du choléra asiatique, mais ils présentent avec ce dernier une ressemblance si considérable dans les symptômes, allant presquejusqu'à l'identité complète, qu'on ne saurait trouver dans la symptomatologie seule un point d'appui suffisant pour les distinguer entre eux. Dans l'état actuel de nos connaissances le choléra nostras ne peut être séparé qu'au point de vue étiologique du choléra asiatique; celui-ci résulte d'une intoxication spéciale provenant d'un malade ou de ses évacuations, celui-là n'est jamais apparu sous forme endémique et ce mode de développement est pour lui très-invraisemblable, il résulte essentiellement d'autres causes qui n'ont rien de spécifique. Les rapports qu'affectent ces deux maladies entre elles peuvent se comparer à ceux que présentent entre eux la fièvre jaune d'une part, et de l'autre beaucoup de ces cas d'ictère grave qu'on observe chez nous. Un fait toujours bien remarquable^, c'est que ces mêmes circonstances que nous considérons jusqu'à ce jour comme les causes véritables et réelles du choléra nostras concordent en grande partie avec la plupart des causes adjuvantes les plus importantes du choléra asiatique ; il faut aussi reconnaître que le choléra sporadique fait naître souvent l'impression d'une maladie d'intoxication ; il est possible que les véritables causes du choléra nostras soient tout à fait cachées et imprévues, que nous n'en connaissions jusqu'à ce jour que les causes adjuvantes : nous verrons peut être avec le temps que, sous le rapport étiologique, il se rapproche beaucoup du choléra asiatique. En tout cas, malgré la ressemblance des symptômes, ces deux entités morbides doivent être considérées aujourd'hui comme essentiellement différentes et cette distinction est justifiée sous tous les rapports.