‹ Traité des maladies mentaleChapitre 100 sur 500 · HYDROCÉPHALIE CHRONIQUE. — OEDÈME CÉUÉBRAL · texte numérisé non relu

HYDROCÉPHALIE CHRONIQUE. — OEDÈME CÉUÉBRAL

tomique constante, Y œdème de la substance cérébrale, l'aplatissement des circonvolutions et la tension de la dure-mère. C'est par analogie que l'on a attribué la stupidité des crétins à un état d'œdème cérébral, et M. le docteur Stabl, qui s'est spécialement occupé de l'anatomie pathologique du crétinisme , a toujours trouvé des quantités très élevées de sérosité dans le cerveau ; les ventricules sont élargis aux dépens de la masse cérébrale; il se fait une exsudation séreuse dans la cavité du crâne, la sérosité entoure les hémisphères ou remplit les ventricules (1).

Lorsqu'on étudie les troubles que Y hydrocéphalie chronique apporte dans les fonctions des sens, lorsqu'on voit qu'à la suite des céphalalgies fréquentes la vue et l'odorat ne tardent pas à s'affaiblir, que la parole, possible dans les premiers temps, devient de plus en plus difficile; que la motilité présente des symptômes dont l'intensité va également croissant à mesure que la maladie tait des progrès, et qu'en dernière analyse les malades éprouvent des vertiges, des vomissements, que la sensibilité est diminuée et parfois abolie, comment douter que l'intelligence, dans le cas d'hydrocéphalie non congénitale, ne subisse des altérations en rapport avec la gravité et les progrès des symptômes principaux que nous venons d'indiquer ?

Conservée, en grande partie au moins, pendant les premiers temps, l'intelligence ne tarde pas à s'affaiblir. Les malades, d'après ce que dit Valleix, ne comprennent que difficilement les questions qu'on leur adresse ; ils y répondent lentement, avec peine, et ne sortent de leur stupeur que pour manifester leurs passions. Suivant Goelis, cité par Breschet, ils ont une manière particulière de manifester leur colère et leur joie, en sautant plusieurs fois les deux pieds étendus et les bras pendants.

(1) On peut, à ce sujet, consulter une excellente thèse de M. le docteur Sauze, de Marseille : De la stupidité, de sa nature pathologique, et de son traitement.

Ce que je dis du crétinisme ne doit être envisagé que comme un des côtés pathologiques de cette dégénérescence de l'espèce humaine. De ce que l'on a trouvé le cerveau des crétins plus œdématié, de ce que les ventricules contenaient une plus grande quantité de sérosité, je ne veux pas inférer de là que ces conditions pathologiques soient la cause du crétinisme. Je me suis déjà expliqué sur cet important sujet dans mon Traité des dégénérescences. Les individus ne sont pas précisément crétins parce que leur cerveau est œdématié, les ventricules remplis de sérosité, ou pour toute autre cause ; mais leur cerveau se trouve dans ces conditions pathologiques parce qu'ils ont apporté en naissant le vice congénital désigné sous le nom de crétinisme. Leur cerveau, leur constitution entière se ressentent de cette dégénérescence congénitale, et dans ces cas on peut dire que telle ou telle défectuosité cérébrale est la conséquence et non la cause de l'état général défectueux. Vouloir expliquer tous les troubles de l'intelligence par telle ou telle lésion cérébrale, serait aussi irrationnel que de rejeter d'une manière absolue les rapports de l'aliénation avec les lésions du cerveau.

136 ÉTIOLOGIE. — • AFFECTIONS CÉRÉBRALES.

Plus tard, ils tombent dans V idiotisme; ils peuvent encore néanmoins manifester leurs pussions par leur rire et par leurs cris; mais, à la fin de la maladie, l'intelligence est complètement abolie (Valleix, t V, p. IM) (1).

Mais de ce que plusieurs jeunes hydrocéphales ont été observés sans que l'intelligence ait subi la moindre atteinte, quelques auteurs ont formulé de ces exemples exceptionnels une des plus fortes objections aux rapports que nous prétendons exister entre les troubles de l'intelligence et les lésions du cerveau. Dans son admirable ouvrage des Fonctions du cerveau, Gall cite lui-même quelques exemples de ce genre, et quoique la réponse qu'il y oppose serait mieux placée peut-être dans ce que nous avons à dire nous- même au chapitre des Lésions analomiques , nous la citerons néanmoins en ce lieu, comme une aperception anticipée de la manière dont il faut savoir interpréter certains faits pathologiques qui, à première vue, paraissent des anomalies inexplicables.

Après avoir cité des faits incontestables de conservation de l'intelligence dans des cas d'hydrocéphalie chronique, Gall rappelle ce qu'il a dit dans son grand ouvrage sur la structure des cavités et des circonvolutions cérébrales et sur leur déplissement tant naturel qu'artificiel. Il revient sur ce que les fibres médullaires du cerveau se prolongent perpendiculairement au-dessus des cavités cérébrales; que constamment deux couches de ces fibres forment une circonvolution, de façon qu'une circonvolution n'est autre chose que deux couches nerveuses agglutinées, dont chacune se prolonge perpendiculairement en partant de la périphérie extérieure des cavités cérébrales, recouvertes d'une couche de substance grise épaisse à peu près d'une ligne. Si donc, dit le célèbre anatomiste allemand, une quantité considérable d'eau agit dans les cavités cérébrales, elle écartera peu à peu les deux couches perpendiculaires de chaque circonvolution, de sorte que celles-ci se trouveront à la fin déplissées par leur sommet. De cette manière, elles s'aplatissent au fur et à mesure que l'eau les pénètre, et lorsque le déplissement est à son maximum, elles ne forment plus qu'un même plan.

Ceci fait concevoir comment il est possible que le cerveau qui , audessus de ces cavités, forme des masses médullaires si épaisses, peut être distendu en une poche membraneuse dont les parois n'ont guère plus d'une ligne d'épaisseur, et comment, dans ce cas, il n'y a que pression exercée par l'eau et distension médiocre et nullement destruction des fibres cérébrales.. . . Enfin, comme les fonctions de ces fibres qui ont passé de la direction verticale à la direction horizontale ne dépendent pas du

(I) S ai vu aussi des cas d'agitation furieuse compliquer l'hydrocéphalie chronique.

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