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DE LA CONGESTION COMME CAUSE DE DÉLIRE

tout de leur situation , on conçoit que l'exercice des facultés intellectuelles puisse continuer dans quelques cas d'hydrocéphalie chronique ( 1 ).

Congestion. — Si nous consultons les ouvrages des médecins non spécialistes, nous les verrons désigner par le mot congestion des espèces différentes dont les descriptions n'apporteraient pas une grande lumière à 1 etiologie des maladies mentales. Contentons-nous , pour le moment, d'établir que l'on donne généralement le nom de congestion cérébrale à une affection dans laquelle une plus ou moins grande quantité de sang s'accumulant dans l'encéphale, sans rompre les parois vasculaires , il survient des symptômes subits et progressifs qui portent principalement sur Y intelligence, la sensibilité, la motililé (2).

« 11 résulte de là, dit M. le docteur Valleix, que cette affection, dans sa forme la plus grave, a dû nécessairement être longtemps décrite sous le nom d'apoplexie, et qu'on lui a donné toutes les dénominations qui sont synonymes de ce terme général. On l'a encore appelée coup de sang, et c'est sous ce nom qu'elle est connue dans le vulgaire; enfin, quelques auteurs se servent du mot hypérémie cérébrale, beaucoup moins usité que le mot congestion. »

Ces préliminaires suffisent pour faire comprendre les incertitudes des auteurs lorsqu'il s'est agi de bien définir ce qu'il faut entendre par congestion. Les médecins al iénistes ont pris la question d'un peu plus haut, et voici ce que dit M. Bouchet :

« Le mot congestion, dans son sens le plus généralement adopté, est un ensemble de phénomènes qui se rapportent tous à des désordres plus ou moins caractérisés dans les fonctions de l'innervation, et quelquefois même à leur abolition, mais le plus ordinairement d'une durée limitée. Les sensations de la vue ne représentent plus que des images confuses ou bizarres à l'infini, le sens de l'ouïe ne donne plus que des bruits étranges ou désordonnés.... Tous les sens, en un mot, participent plus ou moins aux désordres de l'innervation, et, en dernière analyse, l'intelligence, troublée par des visions terrifiantes, ne se manifeste que par des paroles ou par des actes délirants, et dans les cas extrêmes, lorsque la

(1) Gall, Sur les fonctions du cerveau et sur celle de chacune de ses parties, t. II, p. 263. Consultez le chapitre si imporlant, intitulé : Observations sur les objections que l'on fait contre la doctrine que le cerveau est exclusivement l'organe des qualités morales et des facultés intellectuelles, et sur les doutes qu'on lui oppose. Réfutation de ces objections et de ces doutes, t. II, p. 182

(2) Valleix, ouvr.. cit., t. Y, p. 455.

138 ÉTIOLOGIE. — AFFECTIONS CÉRÉBRALES.

congestion est suivie depancbement sanguin, il y a abolition complète de l'intelligence et delà sensibilité avec paralysie (1). »

Mais, on le voit, dans cette description, l'importance étiologïque de la congestion disparaît, et l'auteur semble plus particulièrement occupé de mettre sous les yeux un ensemble de symptômes constituant une maladie spéciale que de définir ce qu'il faut entendre par congestion. Nous éprouvons le même embarras en classant le phénomène congestion parmi les causes des maladies mentales, et nous avons besoin de citer des faits pour justifier notre classification et faire ressortir l'importance que nous attachons à l'étiologie de ces affections.

Un homme de cinquante-cinq ans, sobre d'habitude, d'une grande application à ses affaires industrielles, éprouva il y a un an une hémorrhagie cérébrale. Le malade resta hémiplégique, mais l'intelligence est saine, et il reprend ses occupations ordinaires. Toutefois il sent qu'il se fatigue plus vite ; son caractère est devenu morose, irritable ; de temps à autre il se plaint que le sang lui monte à la tête; alors il a des vertiges, des tintements d'oreilles, les objets brillants le fatiguent et l'irritent.... Mais bientôt ces congestions affectent un type périodique, et chacun des accès a ses symptômes précurseurs. C'est d'abord le cœur qui, légèrement hypertrophié, bat avec plus de force ; les doigts et les orteils de la partie du corps paralysée se contractent douloureusement, les artères du cou et de la tète soulèvent le doigt qui les presse; le malade est pris d'inquiétudes indicibles, il pleure et s'inquiète, il se dit perdu ; sa vue se trouble, ses yeux s'injectent; les couleurs brillantes, le rouge surtout, le mettent en fureur ; il se précipite sur sa femme et ses enfants, et dans cette période d'un délire pour ainsi dire instantané, il a tenté plusieurs fois de se suicider.

Une émission sanguine générale ou locale faite à propos, des dérivatifs sur le tube intestinal, l'application de glace sur la tête, ont fait maintes fois déjà disparaître cette terrible situation. J'ai pu, à l'aide de ces moyens, calmer soudainement des accès de folie furieuse ; et le malade, revenu à lui et sortant comme d'un rêve pénible , s'inquiète alors de tous les préparatifs dont il est témoin, n'a plus qu'un souvenir confus de ce qui s'est passé, et le premier usage qu'il fait de sa raison est de demander qu'on lui pardonne tous les emportements auxquels il s'est livré.

Voilàun exemple de congestion cérébrale: c'est un état maladif incontestable ; c'est en même temps une cause d'aliénation, en ce sens que la

(I) On consultera avec avantage un excellent mémoire dû au regrettable docteur Bouchot de Nantes, et inséré dans les Annales médico-psychologiques : De la congestion cérébrale, t. XIV, p. itji.

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