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DU DÉLIRE DANS SES RAPPORTS AVEC LA FIÈVRE INTERMITTENTE

de folie chronique et qui jusque-là n'avaient pu être modifiés par aucun traitement. M. le docteur Jacohi cite trois exemples de ce genre, et la science en possède beaucoup d'autres.

• Ges considérations suffisent pour établir les rapports qui existent entre l'aliénation et diverses affections nerveuses cérébrales, soit sympathiques, soit idiopathiques. Nous avons mis en relief l'hystérie, l'hypochondrie et l'épilepsie, parce que ces névroses, qui à elles seules suffisent pour imprimer aux idées et aux sentiments des individus une direction anormale, nous ont paru les plus propres à établir la solidarité de l'aliénation avec les affections nerveuses. Si nous n'avons. pas parlé de la chorée, de la chlorose et d'autres névroses, c'est que ces maladies tiennent parfois à des altérations générales des solides ou des liquides sur lesquelles nous aurons occasion de revenir. Nous n'avons parlé non plus (pie de la fièvre intermittente, voulant rester dans la spécialité de l'élément névropathique proprement dit. Nous ne perdons pas de vue que d'autres fièvres qui ne sont que les symptômes d'une affection générale, la fièvre typhoïde par exemple, sont aussi des causes fréquentes d'aliénation mentale. Nous en parlerons dans un instant.

Nous allons nous occuper, dans le paragraphe qui suit, de quelques affections idiopathiques du cerveau.

§ VII. — Affections cérébrales considérées comme cause d'aliénation.

Toutes les maladies du cerveau , sans distinction , peuvent déterminer la folie. Pour que cette terminaison fatale ait lieu , il n'est pas nécessaire que les affections primitives de l'encéphale présentent le caractère de l'aliénation. En effet , depuis la forme la plus simple et la plus transitoire de congestion cérébrale, jusqu'à ces lésions chroniques et radicales qui constituent le ramollissement de la substance cérébrale superficielle ou profonde, il existe, pour l'encéphale, une foule d'états pathologiques intermédiaires qui empêchent la libre manifestation des facultés intellectuelles. Nous allons e.-sayer de donner un léger aperçu des lésions cérébrales qui entraînent le plus ordinairement la perte de l'intelligence, et nous l'enverrons au chapitre de l'anatomie pathologique tout ce qui a trait d'une manière plus intime à la description des désordres physiques dont l'encéphale peut être le siège. C'est dans le même paragraphe que nous répondrons aux objections qu'ont pu susciter les observations d'un certain nombre de faits de conservation de l'intelligence avec des désordres graves du cerveau. En ce moment, nous ne voulons nous occuper que de la partie étiologique; quelques exemples de manifestations de

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délire chronique dans leurs rapports avec certaines lésions cérébrales

nous en apprendront davantage que les théories que nous pourrions

émettre.

Maladies des méninges. — On sait la difficulté extrême qu'il y a souvent à établir le diagnostic différentiel des maladies qui peuvent affecter les méninges ; toutefois on ne saurait mettre en doute l'influence exercée par les hémorrhagies des méninges, l'inflammation et la tuberculisation de ces membranes, sur les manifestations intellectuelles. 11 est bien entendu que je ne confonds pas les délires violents qui peuvent survenir dans ces circonstances avec l'aliénation mentale. Le délire peut être transitoire et disparaître avec sa cause occasionnelle, mais dans d'autres circonstances il peut devenir chronique et se constituer avec tous les caractères propres à l'aliénation.

On a distingué dans ces derniers temps Y hémorrhagie sous-arachnoidienne de Y hémorrhagie intra-arachno'idienne. Ces deux affections, si l'on en croit les observations dignes de foi, présentent des caractères différentiels assez notables quant à ce qui regarde la perversion des facultés intellectuelles.

Dans Y hémorrhagie sous-arachnoïdienne , non-seulement on n'observe pas l'engourdissement et les fourmillements qui sont les caractères ordinaires des maladies cérébrales, mais on n'a jamais vu les facultés intellectuelles troublées et perverties ; seulement, on a constaté leur affaiblissement. On a noté de l'agitation, et un délire tranquille et passager a été signalé par Prus. Cet auteur n'a jamais trouvé de lésion particulière des sens, soit dans les cas qu'il a observés, soit dans ceux qu'il a empruntés aux autres observateurs (1).

Dans Y hémorrhagie intra-arachnoïdiennc, si tant est qu'il soit toujours possible d'établir un diagnostic différentiel, les conséquences sont celles de la congestion cérébrale ; la somnolence et le coma se montrent dans la généralité des cas et persistent jusqu'à la mort. Mais c'est surtout dans la phase des symptômes précurseurs que l'attention du médecin doit être éveillée, vu que le phénomène pathologique ne se produit pas sans qu'il y ait chez le malade de la céphalalgie, de Y assoupissement, de la perte de la parole, de Y agitation et parfois du délire.

Méningite. — Dans les méningites, d'après l'auteur que j'ai cité, l'intelligence est très promptement pervertie dans la très grande majorité des cas. 11 y a d'abord une agitation extrême, bientôt suivie d'un délire

(1) Valleix, Guide du médecin praticien (maladies du système nerveux), t. V, p. 397. Paris, 1853.

MALADIES DES MÉNINGES. — MÉNINGITE TlîBERCl'LEUSE. 133

aigu, violent, parfois furieux; les malades sortent de leur lit, veulent se jeter par la fenêtre, etc. ; puis survient une somnolence qui alterne souvent avec le délire, et enfin on observe un coma profond et une perte complète de connaissance.

Si, d'un autre côté, nous voulions insister sur les causes les plus ordinaires de la méningite, travaux intellectuels, abus des boissons alcooliques, passions tristes, insolation, lésions traumatiques , répercussion d'un exanthème du cuir chevelu , il serait facile d'établir que les causes qui produisent la méningite, et dans quelques circonstances le délire maniaque, peuvent agir pareillement dans l'indépendance de leur action, et déterminer la folie, ainsi que nous en verrons de fréquents exemples.

Méningite tuberculeuse. — La méningite tuberculeuse, dont la découverte, en ces derniers temps, est due à MM. Ruf'z et Gliérard, et qui, ultérieurement, a été si bien décrite par MM. Rilliet et Bartbez, est une affection propre à l'enfance. La méningite tuberculeuse a encore reçu les noms de méningo-encéphalite tuberculeuse , méningite granuleuse, affection tuberculeuse aiguë de la pie-mère. D'après Valleix, il est aujourd'hui démontré que cette maladie était autrefois désignée sous les noms d'hydrocéphale ou hydrocéphalie aiguë, et qu'on doit lui rapporter les cas regardés par Parent-Duchàtelet et Martinet comme des aruchnitis de la base, et beaucoup de ceux auxquels on donnait le nom de fièvre cérébrale.

La plupart des phénomènes délirants que l'on observe chez les phthisiques se remarquent également chez les individus affectés de méningite tuberculeuse ; il paraît en effet démontré que les granulations tuberculeuses de la pie-mère se produisent chez des sujets qui ont également des tubercules dans les poumons. Cette règle, dit Valleix, ne souffre aucune exception dans la tuberculisation des méninges chez l'adulte. Tous les sujets qui avaient passé l'âge de l'enfance, et dont cet auteur a recueilli les observations, étaient phthisiques. Chez les enfants, on trouve la même coïncidence dans la majorité des cas.

Dans la première période, lorsque la maladie est confirmée, la céphalalgie, comme dans beaucoup d'affections cérébrales, est, pendant un certain temps, un des symptômes les plus remarquables. Les facultés intellectuelles restent néanmoins encore intactes ou presque intactes. Les malades répondent exactement et assez rapidement aux questions ; seulement ils ont un assoupissement léger, dont il est très difficile de les tirer ; c'est le commencement de la somnolence, du coma, si remarquables dans la seconde période. Le délire, qui ne se rencontre au début que dans une faible minorité des cas, est un symptôme important de la

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deuxième période. MM. Rilliet ét Barthez l'ont vu apparaître du cinquième au vingt-cinquième jour. Chez un tiers des sujets observés par eux, le délire a été violent, agité, bruyant, avec de fréquents changements de position. Plus souvent, c'est un délire tranquille. Les malades, sans s'occuper de ce qui se passe autour d'eux , disent des paroles inintelligibles, et lorsqu'on les interroge, ils regardent avec étonnement, et leurs réponses sont incertaines.

La somnolence alterne avec le délire, de telle sorte que tantôt les sujets sont complètement assoupis, tantôt ils parlent seuls en délirant, et tantôt aussi chez quelques-uns la somnolence est interrompue par un délire bruyant, par des cris, par de l'agitation, puis elle se reproduit pour être de nouveau interrompue plus tard de la même manière.

Survient ensuite un coma plus ou moins profond ; le malade ne répond plus aux questions; il n'a aucune conscience de ce qui se passe autour de lui. Cependant, par moments encore, le délire peut revenir aussi violent qu'avant l'invasion du coma. Ce dernier symptôme ne se montre ordinairement que dans les derniers temps de la maladie (1).

Les observations que je cite n'ont pas seulement pour but de faire ressortir la spécificité du délire selon la nature de la cause, elles éclairent encore la pathogénie des affections mentales. Elles démontrent que la ligne de démarcation que l'on a voulu établir entre le délire aigu des maladies ordinaires et la folie est plutôt fictive que réelle, puisque, en dernière analyse, la folie ne connaît pas d'autres causes que celles qui, idiopathiquement ou sympathiquement, agissent sur le cerveau et produisent des troubles si appréciables dans la sphère des fonctions nerveuses. Continuons cette revue étiologique, et nous serons de plus en plus convaincus que si toutes les affections cérébrales n'appartiennent pas à la classe des maladies mentales, il n'est cependant aucune aliénation qui ne trouve sa raison d'être dans une affection spéciale du cerveau.

Hydrocéphalie chronique ; œdème cérébral. — La rareté de l'hydrocé-

phalie aiguë qui ne paraît guère que chez les enfants, me dispense de parler des conséquences que cette affection peut avoir sur les facultés intellectuelles. Il n'en est pas de même de l'hydrocéphalie chronique, qui acquiert de plus en plus d'importance depuis les travaux de MM. Étoc, Baillarger, Pèrrus, Sauze, etc., sur les causes de l'état mental désigné en ces derniers temps sous le nom de stupidité. De quelques autopsies faites par M. Étoc, il résulterait que la stupidité est amenée par la compression des hémisphères infiltres de sérosité. Cet auteur a trouvé comme lésion ana-

(I) Villeix, ouïr, ci/., t. V, p. 423.

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