‹ Traité des maladies mentaleChapitre 103 sur 500 · LÉSIONS TKAUMATIQUES. — COUPS. — CHUTES SUR LA. TÈTE. 1 Z · texte numérisé non relu

LÉSIONS TKAUMATIQUES. — COUPS. — CHUTES SUR LA. TÈTE. 1 Z

tière clans la description de la paralysie générale. Nous pouvons constater seulement que ces transformations sont plus fréquentes qu'on ne le suppose, et c'est ce que l'on observe principalement dans les coups reçus sur la tète , dans les chutes sur cet organe, et dans les différentes maladies de l'oreille qui peuvent propager une inflammation au cerveau et à ses membranes.

§ IX. — Xiésions traumatiques , coups, chutes, affection* de l'oreille interne comme point de départ de .troubles intellectuels.

Lésions traumatiques. — Toutes les lésions traumatiques de la tête, soit qu'elles amènent la fracture des os , les épancbements sanguins, la perte de substance cérébrale , sont d'une grande importance dans l'étiologie des affections mentales. M. le docteur Griesinger, dans l'ouvrage déjà cité, émet la remarque pratique très importante que ces sortes de lésions, qui se compliquent ultérieurement de manie et se terminent par la démence, ne produisent souvent ces manifestations anormales de l'intelligence que très longtemps après l'accident survenu. On a observé des troubles cérébraux se manifestant des années après une chute ou un coup sur la tète ; mais il est bon d'ajouter que l'on n'avait pas été sans remarquer un affaiblissement intellectuel progressif, ainsi que certaines excentricités de caractère. Les individus qui ont éprouvé des accidents de ce genre se plaignent parfois de céphalalgie, d'étourdissements, et accusent différents autres phénomènes qui doivent reporter l'attention du médecin sur la cause primitive. Ne peut-on pas supposer que, dans les cas de ce genre, il s'est formé à la longue des collections purulentes, de petits épancbements sanguins , et que la tolérance du cerveau a cessé au moment où, pour une cause ou pour une autre, il s'est produit un nouveau travail de décomposition dans les kystes renfermant du sang ou du pus, d'où il résulte que l'inflammation s'est ultérieurement étendue au cerveau et à ses membranes? D'autres fois, et l'anatomie pathologique a vérifié le fait , ce sont des exostoses qui se forment avec lenteur et qui déterminent la compression du cerveau , c'est une carie de la table interne qui, se continuant d'une manière insidieuse, provoque l'hypérémie et amène des exsudations de diverses sortes. Il faut bien avouer que, dans d'autres circonstances, les recherches nécroscopiques n'ont amené aucun résultat , et que l'on en est réduit à supposer dans ces cas que le seul fait de la commotion ccrébrale a créé chez l'individu une disposition spéciale à l'irritabilité. Ceci est un fait d'observation incontestable, et l'on a remarqué que les causes morales les plus insignifiantes peuvent dans des situations pareilles, déterminer un accès d'aliénation.

144 ÉTlOLOGIE. — AFFECTIONS CÉRÉBRALES.

La science possède quelques cas de délire chronique provoqués par les causes ci-dessus mentionnées. Le nombre de ces faits serait plus considérable , si les tendances scientifiques de notre époque n'avaient pas accordé aux causes dites morales une trop grande prédominance dans la pathogénie des maladies mentales.

Chutes sur la tète. — On peut lire dans les Annales médico-psychologiques (t. VII, p. 313) une observation de M. le docteur Pereira, d'Orléans, où il s'agit d'une femme qui, après une cbute sur la tète, donna des signes évidents d'aliénation. Elle mourut au bout de quatre mois, sans paralysie ni convulsions. L'autopsie révéla un abcès enkysté volumineux siégeant dans le lobe antérieur, avec ramollissement de la substance cérébrale ambiante.

Une femme de quarante-cinq ans fit une cbute sur la tète du haut d'un escalier, et entra à l'Hôtel-Dieu, dans le service de M. Cbassaignac, le 10 juin 1845. La malade, à son entrée, présentait un délire des plus violents, s'agitait dans son lit, ne répondait aux questions qu'on lui adressait que par des paroles incohérentes. Du reste, elle parlait continuellement, sans qu'il fût possible de reconnaître à travers la diffusion de ses paroles à quel ordre d'idées se rattachait son délire. Elle cherchait à se lever, se découvrait de manière à faire penser qu'elle avait perdu toute retenue; il n'existait pas de fièvre.

M Cbassaignac diagnostiqua un délire nerveux, et quelques sangsues derrière les oreilles, quelques potions laudanisées, et ultérieurement quelques vésicatoires aux cuisses pour combattre l'état de torpeur consécutif, jugèrent la question et amenèrent la guérison après quelques jours.

Nous devons malheureusement avouer que les délires chroniques qui suivent les lésions traumatiques du cerveau, ou qui succèdent à la simple commotion, impliquent un pronostic des plus graves, et ma pratique particulière me fournit un assez grand nombre de ces cas terminés d'une manière fatale.

Chez un gendarme, à peine âgé de trente-cinq ans, il existait un délire des plus singuliers. Des exacerbations fugaces étaient suivies d'un état de torpeur extrême. Depuis longtemps on remarquait chez ce militaire un grand affaissement de l'intelligence ; il était futile dans ses actes, prompt à la colère, perdait la mémoire, pleurait sans motifs et se livrait ensuite à des gaietés exagérées. Une tendance particulière au vol, jointe à des prétentions ridicules d'avancement, me firent soupçonner les prodromes d'une paralysie générale. Je fus longtemps à ignorer la cause de tous ces phénomènes nerveux maladifs, lorsque j'appris que ce militaire avait fait une chute de cheval il y avait cinq ans, et que la tète avait fortement

DES MALADIES DE L'OHEILLE COMME CAUSE DE DÉLIRE. I.'l5

porto sur le sol. On ne vit dans les accidents consécutifs qu'une simple commotion cérébrale, et cet homme put reprendre son service. Il éprouva même quelque amélioration à l'asile, à la suite d'un traitement antiphlogistique et il quitta prématurément l'hospice; mais j'ai eu occasion de le revoir depuis. L'affaiblissement intellectuel avait augmenté; la parole était devenue plus embarrassée, et mes prévisions primitives se confirmèrent. Un an après sa première sortie, le malade succomba à la paralysie générale.

Affections de l'oreille. — Les maladies cérébrales résultant de l'inflammation de l'oreille interne avec propagation aux méninges sont d'une gravité extrême. Dans son ouvrage sur les Formes principales de la folie, M. le docteur Jacobi cite plusieurs exemples de ce genre, et qui tous ont eu une terminaison malheureuse. « Rien de plus commun, dit M. le docteur Roynbee, chirurgien auriste de l'hôpital Sainte-Marie à Londres, que d'observer des affections profondes du cerveau et de ses membranes à la suite des maladies anciennes et chroniques de l'oreille. » Morgagni, hardi, Lallemand, en France ; Abercrombie, Bright, Watson et Bury, en Angleterre, ont publié sur ce point de pathologie des recherches importantes; mais tous les cas de cette espèce ont été décrits indistinctement. Or, en descendant dans l'étude des faits, le médecin anglais a pu se convaincre que cette généralisation présentée d'une manière absolue était inexacte. Il s'est chargé, pour ce qui le regarde, de démontrer que chacune des cavités particulières de l'oreille a, si l'on peut s'exprimer ainsi, une circonscription morbide, autrement dit, qu'elle communique la maladie dont elle est atteinte à une division particulière de l'encéphale Les recherches du savant professeur lui font adopter les divisions suivantes :

1° Les affections du méat auditif externe et des cellules mastoïdiennes déterminent une maladie dans le sinus latéral et dans le cervelet.

2" Les affections de la cavité lympanique produisent une maladie du cerveau.

3° Les affections du ventricule et du limaçon amènent une maladie de la moelle allongée.

M. Roynbee reconnaît que les maladies de l'oreille, telles que l'inflammation catarrhale chronique qui affecte la couche dermoïde de la membrane muqueuse du tympan, le méat ou la membrane muqueuse de la cavité tympanique, peuvent avoir des conséquences funestes immédiates, ou n'en présenter que de longues années après l'invasion du mal. Mais il est bon de se rappeler que les os du crâne, la dure-mère et la substance du cerveau peuvent subir une désorganisation lente, sans traduire leur souffrance par quelques symptômes de nature à faire prévoir une mala-

]hQ ÉTIOI.OGIE. — LÉ.MONS DES NERFS PÉB I PII K1UQUES .

die aussi formidable, si l'on en excepte cependant l'otorrbée. Quoi qu'il en soit, l'honorable savant en arrive à poser une conclusion dont l'importance est des plus grandes (1). « Toute personne, dit-il, affectée d'inflammation catarrhale chronique de la couche dermoïde du méat, de la membrane du tympan ou de la muqueuse de la cavité tympanique, ne peut être considérée comme à l'abri de la propagation de la maladie aux os du crâne, au cerveau ou à ses membranes, et il suffit alors de la cause occasionnelle la plus insignifiante, d'un accès de fièvre, d'un rhume ou d'un coup sur la tête, etc., pour amener l'explosion de symptômes qui, règle générale, se terminent d'une manière funeste. » Ajoutons que dans ces mêmes conditions pathologiques, l'intercurrence de la cause morale la plus insignifiante en apparence peut déterminer l'explosion de la folie.

g X. — Influence sympathique exercée sur le cerveau par les lésions des nerfs a périphériques et par les affections cutanées.

Plus nous étudions les innombrables impressions dont le cerveau est le centre, plus nous devons élargir le cercle des causes. Cette méthode, que justifie d'ailleurs l'étude des fonctions physiologiques, est la seule qui puisse apporter quelque certitude dans les indications curatives.

On trouve clans les auteurs, et j'y comprends ceux même qui n'ont pas fait de l'aliénation mentale le sujet spécial de leurs études, de nombreux exemples qui prouvent la spontanéité avec laquelle le délire peut naître sous l'influence des lésions ou de l'irritation du système nerveux périphérique.

M. le docteur Griesinger cite l'observation d'une femme hystérique cbez laquelle une lésion accidentelle du globe oculaire causa une profonde mélancolie. Herzog a vu l'opération du strabisme être suivie d'un accès de manie. Dans une note à l'Institut (janvier 1843), M. le docteur Foville cite des exemples nombreux d'affections du cervelet après des lésions des nerfs de la cinquième paire et du nerf acoustique. On sait que des corps étrangers introduits dans la plante des pieds peuvent causer des convulsions, l'épilepsie, le tétanos et de véritables accès maniaques. Beaucoup de faits de ce genre ont été enregistrés sous le nom de délire nerveux, mais ils ne s'en rattachent pas moins à l'histoire éloignée ou prochaine des causes de l'aliénation mentale.

Les affections cutanées ont une propension particulière, dit M. le docteur Guislain, à se porter sur le système cérébral. 11 en est ainsi de la teigne, de la gale, de l'herpès, de la rougeole, de la scarlatine, de l'érysipèle. La pellagre, maladie endémique dans quelques provinces du nord

(1) Mémoires de la Société médico-chirurgicale de Londres, t. XVI de la 2° série.

RÉPERCUSSIONS CUTANÉES. — ÉRYSIPÈLE (dÉLIUE). \k1

de l'Italie et du midi de la France, exerce une influence spéciale sur le moral de ceux qui sont atteints de cette singulière affection; elle les prédispose à la mélancolie, au suicide, à la paralysie (1).

« Les maladies dartreuses, dit encore le savant médecin des aliénés de l'asile de Gand, attaquent le moral lorsque, par exemple, dans une éruption, celle-ci ne se montre pas à l'époque de son apparition ordinaire; ou bien encore dans le cas d'une forte débilitation de tout le système qui empèclie l'élément morbide de se porter à la peau, ou bien enfin l'état mental succède à la répercussion d'une dartre qui s'est faite sous l'emploi de quelque moyen topique astringent. J'ai constaté ce pbénomène à la suite d'un traitement liydrothérapique.

» Le vice dartreux est, plus souvent qu'on ne le pense, la cause d'une aliénation symptomatique. Il m'est arrivé plusieurs fois de voir l'aliénation disparaître grâce à l'apparition d'une éruption dartreuse dont le malade avait été atteint antérieurement... Je me rappelle avoir rencontré des ophthalmies combattues pardes moyens répercussifs, produire l'aliénation; une première fois, c'était une mélancolie, une autre fois c'était une paralysie générale (2)... »

M. Baillarger cite trois cas d erysipèle de la face et du cuir chevelu qui ont donné lieu à la paralysie générale. S'il est désormais un fait bien démontré dans l'histoire de la paralysie générale, dit cet auteur, c'est assurément l'influence des congestions cérébrales sur la production de cette maladie. Aussi, en étudiant avec soin l'étiologie, s'aperçoit-on que toutes les causes ont agi en provoquant des congestions de l'encéphale; tels sont en premier rang, les suppressions d'écoulements sanguins, les excès de boissons, les excès vénériens, les commotions du cerveau chez des sujets d'un tempérament pléthorique, l'épilepsie.

J'ai vu, pour ma part, la paralysie générale se produire chez un individu de quarante-cinq ans , d'une constitution pléthorique, d'une stature athlétique, qui, après une longue course, s'étant reposé sur l'herbe, eut le visage exposé aux ardeurs du soleil. L'érysipèle s'étendit au cuir chevelu et détermina un délire presque instantané qui sembla céder d'abord aux déplétions sanguines et aux révulsifs. Mais pendant les six mois qui suivirent cet accident, cet individu fut soumis à des congestions sanguines

(1) Une faut pas oublier, ainsi que je l'ai établi dans mon Traité des dégénérescences, que l'affection de la peau chez les pellagreux n'est que le symptôme d'une maladie interne causée, selon toute probabilité, par une nourriture le plus ordinairement exclusive et souvent viciée, le maïs. (Voyez Traité des dégénérescences, chap. m, De l' intoxication produite par les substances alimentaires altérées.)

(2) Guislain, ouvr. cit., t. II, p. 82.

OiS ÉT10L0GIE. — RHUMATl'sME CÉRÉBRAL.

fréquentes, et lorsqu'il fut confié à mes soins, la paralysie générale était un fait confirmé.

Les considérations qui précèdent m'engagent à parler des complications cérébrales qui coïncident avec l'existence d'un rhumatisme articulaire.

§ XI. — Rhumatisme cérébral.

C'est dans ces derniers temps que l'attention a surtout été portée sur le délire qui coïncide avec l'existence d'un rhumatisme cérébral. Cependant, en lisant le Traité de la mélancolie par Lorry, on y trouve un article intitulé : Métastases arthriticœ ab aniini affectibus. Cet auteur dit : « Le rhumatisme peut, dans un mouvement désordonné, subit et imprévu de l'àme, prendre la forme de l'apoplexie et de la frénésie, et causer la mort, o

Mais, ainsi que je le disais, c'est surtout dans ces derniers temps que nos divers recueils scientifiques ont publié un assez grand nombre de faits de délire, de véritables états d'aliénation en rapport avec des affections rhumatismales. Ces observations ont fait renaître des débats touchant des questions souvent agitées en médecine. Le rhumatisme cérébral est-il le résultat d'une apoplexie séreuse avec ou sans épanchement? Peut-on le considérer comme une inflammation latente des séreuses, comme une variété de la méningite? Cette maladie est- elle bien le résultat d'une métastase, puisque étant donné un état arthritique aigu avec épanchement, les accidents au cerveau ne se sont pas moins manifestés avec persistance de l'épanchement dans les articulations? Toutes ces questions présentent de grandes difficultés, vu que nous ne possédons que peu d'autopsies dans les circonstances où des malades ont succombé à un état rhumatismal du cerveau, et que dans la plupart des ouvertures cadavériques qui ont eu lieu, on n'a rien trouvé. Toutefois, quand on connaît les rapports qui existent entre le rhumatisme et l'état névralgique, on ne saurait contester à la plupart des délires qui surviennent dans les conditions maladives ci-dessus mentionnées, le caractère du délire nerveux, quoique dans d'autres cas il y ait les signes évidents de méningite et d' épanchement dans le cerveau. D'un autre côté, la promptitude avec laquelle les malades succombent parfois doit mettre le médecin en garde contre les moindres phénomènes délirants qui arrivent dans le cours d'une affection rhumatismale. Citons quelques exemples :

1° Une femme de quarante-cinq ans environ, fort impressionnable, était retenue au lit par un rhumatisme articulaire aigu, quand, dit M Menez de Chégoin, il survint de la céphalalgie avec agitation sin-

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