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CHAPITRE IV

MALADIES DES SYSTÈMES CIRCULATOIRE, RESPIRATOIRE ET DIGESTIF, CONSIDÉRÉES COMME CAUSE D'ALIÉNATION. DIATBÈSE SYPHILITIQUE, SCROFULEUSE , TUBER- CULEUSE, ALTÉRATIONS GÉNÉRALES DU SANG EXAMINÉES AU MÊME POINT DE VUE. PERTES SÉMINALES, ONANISME, EXCÈS VÉNÉRIENS, MALADIES SPÉCIALES DE L'UTÉRUS ET DE SES ANNEXES.

§ I". — Considérations générales sur la manière d'interpréter l'action de ces causes.

Il est inutile d'insister sur l'importance étiologique des états maladifs dont nous venons de faire rénumération , mais il est bon de rattacher à quelques principes généraux l'étude des phénomènes pathologiques issus de tant de causes diverses.

Il est incontestable qu'il n'est aucune des causes précitées qui ne puisse produire une maladie cérébrale à évolution complexe. J'entends par ces mots que le délire transitoire de quelques affections inflammatoires ou ataxiques, telles que pneumonie , phthisie, fièvre typhoïde, peut, sons certaines influences déterminées , se continuer avec les caractères d'une véritable aliénation mentale. On observe dans ces cas une situation pathologique nouvelle qui nous offre, au point de vue du trouble des fonc-

(1) L'étude de l'élément rhumatismal dans ses rapports avec les maladies du cœur et les affections nerveuses prend un intérêt tout particulier dans les travaux des médecins modernes. Tout le monde connaît les travaux qui ont été faits dans celte direction par le docteur Sée, à propos de l'étioloqie de la chorée.

152 ÉTIÔLOGIE. — MALADIES DES SWrÈMES CIRCULATOIRE, RESPIRATOIRE; ETC.

tions nerveuses, ses périodes d'exacerbation et de rémittence, et, en un mot, le cortège de tous les phénomènes qui accompagnent le désordre chronique et continu de la pensée : délire systématique, hallucinations, tendances instinctives anormales, lésions des sentiments, altération profonde des grandes fonctions de l'économie.

Mais il ne suffit pas de dire que, sons certaines influences déterminées , le délire de la pneumonie, de la phthisie ou de toute autre affection, peut se constituer avec les caractères qui sont l'expression symptomatique d'une véritable aliénation mentale. Il s'agit de préciser ces influences et de les étudier dans leurs connexions avec la maladie qu'elles compliquent et qu'elles transforment , car le pronostic et le traitement de l'affection nouvelle ne nous offriraient , en dehors de cette manière d'observer, qu'incertitude ou déceptions. -Quelques exemples vont démontrer la justesse de cette remarque!

Si l'on poursuit avec attention l'enchaînement progressif et fatal de tous les phénomènes pathologiques qui, en dernière analyse , déterminent l'aliénation mentale, on voit qu'il est rare que telle ou telle cause de l'ordre physique ou moral agisse dans l'indépendance de son action. Sans doute, il n'est pas de règles sans exception. J'ai vu, pour ma part, et j'en ai cité des exemples, j'ai vu des accès de fièvre intermittente, des rhumatismes articulaires, des pneumonies et des fièvres typhoïdes bien franches et indépendantes de toute autre influence, causer la folie ; mais encore une fois , l'évolution progressive des phénomènes pathologiques tient le plus ordinairement à un ordre de faits complexes sur lesquels il est important d'insister.

Un officier d'administration que distinguaient d'éminentes facultés intellectuelles, avait contracté en Algérie une de ces dysentéries si communes dans ce pays, et que complique ordinairement un délire des plus intenses. Après avoir échappé au danger d'une mort imminente, ce militaire, malgré l'état de marasme où l'avait plongé sa maladie, fut pris d'un délire furieux que l'on ne parvint à apaiser que grâce à l'emploi de l'opium à doses progressives. Toutefois, malgré la sédation qui suivit ce traitement, l'intelligence ne s'exerçait plus avec rectitude, et la faiblesse notoire des facultés, chez ce militaire, nécessita un congé; l'officier fut ramené en France et confié à mes soins. Les actes anormaux du malade avaient alors un caractère spécial et qui se rattachait au délire propre aux hypochondriaques. 11 était poursuivi par de sombres préoccupations, et avait pris en mésaffection une femme qui s'était dévouée pour lui et un enfant qu'il adorait avant sa funeste maladie. A des refus obstinés de manger, basés sur des craintes d'empoisonnement , succédaient une

CONSIDÉRATIONS (iÉNÉlULIiS. — MANIÈRE b'iNTÊB FRÉTER LES CAUSES. 153

voracité dégoûtante et des écarts de régime qui ramenaient la diarrhée et les accidents dysentériques. Tantôt cet aliéné, sous l'influence d'un changement subit de sentiments, déplorait son état et se laissait aller avec effusion de larmes à des retours de tendresse qui ramenaient l'espoir dans le cœur de son épouse; tantôt, transporté d'une fureur soudaine, il se. livrait envers cette malheureuse aux actes de la plus déplorable violence; sa vie fut plusieurs fois exposée aux plus grands dangers, car dans sa folie , cet insensé ne se séparait pas de ses armes , et sa chambre était transformée en un véritable arsenal. 11 n'y avait donc plus à hésiter sur l'opportunité de l'isolement , et le malade fut transporté dans l'asile dont j'avais la direction médicale.

Au moment où je le vis pour la première fois, je fus frappé de l'excessive irritabilité qui dominait les actes de ce malade. La dysentérie et les accidents cônsécutifs avaient exagéré les dispositions d'un tempérament nerveux à l'excès. M. X... ne supportait aucune observation ; il était bref et impérieux dans ses répouses, souvent il refusait de parler, et ce n'est qu'à gnmd'peine qu'il se soumettait à l'ordre et à la discipline qui font la base du traitement moral dans les asiles d'aliénés. Poussé néanmoins dans ses derniers retranchements , il dut céder aux exigences de sa nouvelle position, et la nature hypochondriaque de la maladie se dessina bientôt sous son véritable jour. Tantôt M. X... ne voulait plus parler, l'état de souffrance de son larynx en était la cause ; une autre fois, les extrémités inférieures lui refusaient tout service, et quand nous insistions pour lui faire prendre un exercice nécessaire, il s'obstinait à marcher sur ses talons en nous reprochant notre dureté à son égard.

Je n'entrerai pas dans des détails plus intimes sur les variations d'une existence hypochondriaque dont nous aurons à énumérer ultérieurement les caractères protéiformes , à propos du délire spécial des individus affectés de cette névrose. Qu'il nous suffise de dire que chez ce malade se trouvaient réunis tous les symptômes de cette affection nerveuse lorsqu'elle dégénéra en folie systématique. Arrivé au point d'évolution que je décris, l'état de M. X... n'avait plus avec la dysentérie primitive que des rapports très éloignés. Sans doute, la dysentérie contractée en Afrique était la cause déterminante de l'affection nerveuse que nous avons sous les yeux , mais si maintenant nous voulons marcher avec plus de sûreté dans la voie du diagnostic, du pronostic et du traitement, il est nécessaire que nous tenions compte de cet ensemble d'influences déterminées que j'ai signalées ci-dessus, et que nous pouvons désigner sous le nom de causes mixtes. Je vais dire comment, dans la circonstance présente ,

15/l ÉTIOLOGIE. — MALADIES DES SYSTÈMES CIRCULATOIRE, HESPIUATOIKE, ETC.

nous avons été amené à poser un pronostic fatal qui s'est malheureusement vérifié dans toutes ses parties.

M. X...., avons-nous dit, était doué de grandes facultés intellectuelles, il avait fait de brillantes études, et sa carrière militaire s'ouvrait sous les plus heureux auspices. Toutefois, lorsque nous apprîmes les circonstances qui imprimaient à la maladie un cachet si particulier, nous dûmes être singulièrement réservé sur le pronostic. Né d'une mère excentrique et bizarre, ce malade, dès l'âge le plus tendre, avait présenté les attributs du tempérament nerveux poussé àl'extrême. Il avait de violents emportements et délirait sous Y influence de la inoindre maladie. Arrivé à l'âge adulte, son caractère, loin de se réformer, se présentait sous un jour de plus en plus fâcheux. Susceptible au delà de toute expression, M. X.... se croyait en butte à des vexations imaginaires, et il avait, dans ses habitudes privées, le tempérament propre aux aliénés affligés du délire des persécutions. Il était en outre excessivement préoccupé des soins de sa santé, et son état hypochondriaque était un fait connu de tous ses camarades. Il eut dans sa vie de nombreux duels, et l'on dut un jour lui faire l'extraction d'une balle implantée dans la cuisse... M. X... fut, à cette occasion, atteint d'une fièvre de longue durée, que l'on désigna sous le nom de fièvre nerveuse; mais lorsque l'on connaît le soin avec lequel les familles cachent les accès antérieurs de folie chez leurs parents, on ne peut se méprendre sur la signification réelle de ce mot.

En résumé, dans l'observation que je viens de présenter avec quelques détails, il est évident que la dysentérie n'était pas la cause unique de l'aliénation. Il existait chez ce malade des prédispositions antérieures et un véritable état d'incubation de la folie. Pour se présenter avec l'ensemble et la complexité de ses symptômes, il n'était besoin que d'une cause occasionnelle quelconque. Or, nous voyons que la dysentérie a provoqué une série de troubles intellectuels qui auraient pu être déterminés par une toute autre cause, soit de l'ordre physique, soit de l'ordre moral, et c'est précisément la connaissance acquise des antécédents de ce malade qui nous lit porter un pronostic des plus défavorables.

Les réflexions que fait naître cette observation peuvent s'appliquer à une foule de situations mentales qui sont le résultat incontestable de plusieurs causes réunies, quoique d'ordinaire on ne signale que celle qui a dominé la situation finale et provoqué l'isolement dans une maison de santé ou dans un asile d'aliénés. 11 est vrai de dire que-c'est ordinairement cette cause ultime qui a provoqué la folie qui existait à l'état latent, mais il n'en est pas moins incontestable (pie la valeur du pronostic se déduit des antécédents du malade et des circonstances variées qui le ren-

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