CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. — MANIÈRE D'INTERPRÉTER LES CAUSES
dent plus apte à délirer que tout autre individu. On peut se convaincre de la vérité de ces assertions en lisant l'ouvrage du médecin qui a le plus contribué pour sa part à taire ressortir les rapports qui existent entre la folie et les maladies de l'organisme, je veux parler du savant docteur Jacobi. Que l'on analyse successivement les observations que renferme son Traité des formes principales de la folie, et l'on sera convaincu que, loin d'offrir la prédominance d'une cause spéciale, chacun des grands faits pathologiques que l'auteur expose dans tous leurs développements nous présente au contraire un ensemble de causes qui s'engendrent et se commandent successivement, et déterminent une maladie aux formes les plus complexes. Nous voyons dans ces intéressantes études un autre phénomène dont les pathologistes comprendront la valeur, je veux parler des diverses périodes délirantes que l'on remarque dans l'existence d'un individu, et dont les caractères fortement tranchés font ressortir l'influence de telle cause plutôt que de telle autre.
A. Il s'agit d'abord d'une femme maniaque âgée de trente-six ans, qui, à l'âge de quinze ans, fut affectée d'une fièvre typhoïde qui lui laissa, ainsi que cela se voit assez souvent, un affaiblissement notable des facultés. A l'âge de trente-six ans elle accouche, et trois jours après il se déclare une pleurésie avec complication d'un délire, un véritable accès maniaque de longue durée. Dans la période chronique de cette situation mentale , elle redevient enceinte, et la grossesse juge l'état, maniaque. La femme guérit. Quelques jours après ses nouvelles couches , cette femme fait un excès de boisson pour fêter sa délivrance ; nouvel accès de manie qui cette fois offre des péripéties diverses et des complications en rapport, d'une part avec l'hypertrophie du ventricule gauche du cœur, et de l'autre avec une irritabilité excessive de la matrice, le tout compliqué de chloro-anémie et d'aménorrhée. Après avoir parcouru des phases diverses avec des exacerbations et des rémissions, cette femme n'entre en voie de guérison que du moment où, grâce à un régime tonique et réparateur, elle récupère toute l'activité de ses fonctions nutritives.
B. C'est un individu âgé de vingt-huit ans, et dans la famille duquel il y a des ascendants et des collatéraux aliénés. 11 présente de bonne heure des bizarreries dans le caractère et peu de solidité du jugement. Après des discussions d'intérêt avec les siens, il s'engage dans l'état militaire et fait des excès bachiques et vénériens.... 11 souffre d'un premier accès d'hypochondrie avec l'idée fixe qu'il a une intoxication syphilitique. Plus tard, il a un procès avec son père et il manque un mariage. Les tendances à l'excitation maniaque se formulent de jour en jour avec plus d'intensité, et une crise très violente se produit. Le traitement offre des
156 KTI0L0G1E. — MALADIES DES SYSTÈMES CIRCULATOIRE, RESPIRATOIRE, ETC.
difficultés extrêmes à cause de l'éréthisrne des fonctions génitales et des habitudes onanistiques effrénées de ce malade. Les exacerbations maniaques font place à îles états dépressifs avec affaiblissement très gi'and des facultés et symptômes de démence. Les indications thérapeutiques sont toutes dirigées dans le sens d'une régénération des fonctions nutritives, et ce n'est qu'après deux ans d'un traitement méthodique que l'on constate une amélioration notable.
C. Chez une fille de vingt-cinq ans, d'une intelligence distinguée et remarquable par ses qualités morales, on constate un tempérament phthisique. La menstruation est irrégulière depuis l'âge de seize ans et l'invasion d'une fièvre typhoïde vers cette époque la laisse sujette pendant longtemps à des douleurs abdominales et à des dérangements marqués du côté des fonctions digestives. Elle a des dispositions aux catarrhes et aux crachements de sang. A vingt-cinq ans, elle fut prise d'une fièvre catarrhale qui nécessita des sangsues coup sur coup. Ce n'est que plus tard, après un refroidissement qui arrêta le flux menstruel, que l'on constata une grande exaltation avec délire. La première période de cette affection nerveuse présente les caractères du sommeil magnétique naturel, et la malade étonne les assistants par ses observations sur les absents qu'elle évoque devant elle, ainsi que par ses pressentiments Mais à cette situation succéda un véritable accès de manie avec trouble général dans les idées et désordre extrême dans les actes. Cet accès fut suivi d'une dépression extraordinaire avec symptômes de démence, et les excitants les plus énergiques restèrent sans résultat. La guérison s'opéra plus tard, grâce à une médication qui rétablit les fonctions de la peau (1).
Ces observations préliminaires suffisent pour démontrer la vérité de ce que nous disions sur la manière dont il faut considérer l'action des causes. Etudiées dans leur isolement, elles ne nous dévoilent qu'un des côtés de la situation pathologique; considérées dans leur enchaînement successif, elles nous démontrent que l'aliénation mentale n'est pas un phénomène pathologique isolé, un de ces états maladifs temporaires qui se dissipent toujours avec la cause qui l'a déterminé. C'est de longue main que se préparent les éléments qui vont imprimer à telle ou telle cause, soit de l'ordre physique, soit de l'ordre inoral, le caractère déterminant de son activité. Il ne suffit pas de citer telle ou telle cause physique ou morale qui aurait agi dans le sens d'une manifestation délirante quelconque, il faut encore se rendre compte des dispositions de l'individu à contracter la folie sous l'influence de telle ou telle cause.
(1) Jacobi, Ilaujilformen, etc., observ. i, 24 et 28.