‹ Traité des maladies mentaleChapitre 110 sur 500 · FIÈVRE TYPHOÏDE. — DÉLIRE. — TROUBLES INTELLECTUELS · texte numérisé non relu

FIÈVRE TYPHOÏDE. — DÉLIRE. — TROUBLES INTELLECTUELS

Mais si nous avons intérêt, au point de vue du pronostic et du traitement, à faire ressortir les relations qui existant entre la forme de la folie et la nature et les progrès de la lésion, il faut cependant reconnaître que le caractère de délire propre à telle ou telle affection organique peut être pareillement modifié par telle ou telle influence de l'ordre physique ou de l'ordre moral, par l'ensemble, en un mot, de tous les éléments qui constituent la personnal ité de l'individu, ou, si l'on préfère, son tempérament, son idiosyncrasie. J'ai vu, pour ce qui regarde particulièrement l'affection qui nous occupe, le caractère de tristesse et de morosité que l'on remarque chez les phthisiques au début de leur mal, se continuer jusque dans la période ultime et sous la forme mentale la plus désespérante pour les parents, je veux parler de la lésion des sentiments.

Une jeune fille d'une religiosité excessive, mais d'un caractère misanthropique, je dirai presque sauvage, ressentit, à l'âge de dix-neuf ans, les premiers symptômes d'une affection tuberculeuse qui se compliqua de mélancolie pour laquelle on l'isola à Saint-Yon. J'ai rarement vu une affection nerveuse modifier d'une manière aussi radicale et aussi triste les sentiments antérieurs. La phthisie fut, il est vrai, très lente dans sa marche, mais dès le principe la jeune malade repoussa les soins et les prévenances de tout le monde. Elle se tenait ordinairement accroupie sous sa couverture, et se cachait la figure avec les mains lorsqu'on la forçait à se lever. Elle ne répondait à la tendresse des siens et aux exhortations des sœurs que par des injures, des blasphèmes ou des paroles ordurières ; elle mourut, après deux ans de séjour, dans ledernier degré de marasme, repoussant avec horreur l'intervention du prêtre qui cherchait à la ramener à de meilleurs sentiments, et offrant tous les caractères de la possession démoniaque des anciens auteurs.

Fièvre typhoïde. — Les réflexions que j'émettais ci-dessus à propos du caractère que chaque affection Organique imprime au délire peuvent surtout s'appliquer à la fièvre typhoïde. Il est peu de maladies qui, dans leur période ataxique, s'accompagnent aussi souvent de délire. J'ai vu des fébricitants arrivés à un degré très avancé de leur affection typhoïdique, avec prostration extrême des forces, être pris d'un délire qui, par sa violence, nécessitait l'emploi des moyens de coercition.

Dans Y Union médicale du 2 décembre 1851, M. le docteur Saget rappelle l'observation d'un jeune homme de vingt-deux ans qui, dans le cours d'une fièvre ataxo-adynamique, fut atteint de convulsions avec spasme du pharynx et accès de délire furieux. Son état avait même quelque analogie avec l'hydrophobie ; il éprouvait de la peine à avaler; plusieurs fois il se mordit la langue, il brisa même un jour un verre entre

166 ÉT10L0GIË. — r FIÈVRE TYPHOÏDE. — - DÉLIRE , ETC.

ses dents ; toutefois, jamais il ne refusa de boire, et jamais l'aspect de l'eau n'augmenta son agitation et ses convulsions. Il y avait chez ce jeune malade de fréquents retours de délire furieux ; il ne ménageait personne, et ses parents et voisins étaient l'objet de ses plus violentes injures ; plusieurs fois il chercha à les mordre, et de sa bouche coulait une salive éeumeuse. On fut obligé souvent de l'attacher; ses accès de délire étaient suivis d'abattement et de calme, et souvent même de quelques heures de sommeil. Il lui arriva, dans ses moments de rémission, de demander pardon aux personnes qu'il avait injuriées ou menacées. Cependant les accidents ordinaires de la lièvre typhoïde continuaient ; le pouls battait 110 à 120 pulsations; la langue était sèche; il y avait du dévoiement et du ballonnement du ventre. Les applications de sangsues derrière les oreilles, le sulfate de quinine à l'intérieur et les potions éthérées, ne modifièrent en rien le délire, et le médecin dut se borner à diriger l'alimentation et à donner quelques toniques. Ce n'est que le vingt-sixième jour, et alors que l'état du malade était des plus alarmants, qu'il y eut un peu de rémission dans le délire; la convalescence s'établit péniblement, mais enfin le jeune homme finit par guérir, et sa raison demeura intacte.

C'est là, je l'avoue, un exemple assez rare de complication de la lièvre typhoïde ; j'ai vu souvent le délire des typhoïdiques tantôt calme (sitùdéïirë), tantôt agité, exalté et poussé même jusqu'à la fureur, mais je n'ai jamais observé cet état convulsif qui me parait se rapprocher de L'épi— lepsie. La complication d'un délire furieux et continu est souvent une chose fâcheuse, et M. le docteur Baillarger, sous le titre de Fièvre typhoïde simulant l'aliénation mentale, en cite deux exemples remarquables (1).

(1) Annales mèdku-piychologiqucs, t. II, p. 147. Quoique la maladie n'ait duré que vingt jours dans le premier cas, et sept dans le second, je ne vois pas quelle différence il serait possible d'établir entre ces sortes de délires et celui que l'on observe dans quelques cas de folie aiguë. La première de ces malades a un délire continu. Elle dit qu'elle va mourir, qu'elle a désbonoré sa famille ; elle s'accuse d'avoir volé ; il y a de l'insomnie, de l'agitation.... Notons encore qu'elle a été précédemment dans la maison de santé de M. Dubois, et l'on remarquait déjà chez elle des tendances mélancoliques, ('.lie/, la deuxième , il y a un délire général furieux, incohérent — Quelques mots recueillis au milieu du désordre général des idées se rapportent à son amant — La malade refuse de manger, et meurt dans le dernier degré du marasme typhoïdique. Chez l'une et l'autre existaient la rougeur et l'ulcération des plaques de I'eyer ; mais le cerveau, qui dans le premier cas ne présentait rien d'anormal, n'offrait dans le second qu'un engorgement très Considérable de la pie mère ; les vaisseaux étaient injectés dans plusieurs endroits de la convexité du cerveau, et cette membrane, offrait même l'altération connue sous le nom

d' apoplexie mèningee Dans les endroits correspondants, le cerveau avait une

teinte rosée tris prononcée La substance cérébrale était , du reste , d'une consistance

ferme, mais elle offrait un piqueté vasculaife général. .. Quoi qu'il eu soit, l'absence de

Page 1