‹ Traité des maladies mentaleChapitre 111 sur 500 · FIÈVRE TYPHOÏDE. — DÉLIRE. — TROUBLES INTELLECTUELS · texte numérisé non relu

FIÈVRE TYPHOÏDE. — DÉLIRE. — TROUBLES INTELLECTUELS

Délire systématique arrivant pendant la période de convalescence de la fièvre typhoïde. — Je vais insister d'une manière tout à fait spéciale sur ce genre de délire consécutif à la fièvre typhoïde, car l'étude de cette sorte de vésanie nous démontrera d'une manière péremptoire que la nature du délire, ainsi que je m'efforce de le faire ressortir dans ces considérations étiologiques, est toujours en rapport avec certaines dispositions maladives spéciales de l'organisme.

Dans son ouvrage sur les maladies mentales, Esquirol avait dit que le délire qui succède aux fièvres de mauvais caractère ne doit pas être confondu avec l'aliénation mentale, mais qu'il prédispose à cette maladie les individus qui en ont été atteints (1). Il est très vrai de dire que les convalescents de ces sortes de fièvres conservent souvent, pendant un temps plus ou moins long, une faiblesse intellectuelle très grande, et qu'ils sont plus aptes à délirer ultérieurement sous l'influence d'une nouvelle cause intercurrente, soit physique, soit morale. J'ai vu même, pour ma part, l'imbécillité et une sorte d'idiotisme incurable être la conséquence de la lièvre typhoïde chez déjeunes sujets. Dans une famille composée de huit enfants, et chez lesquels il est vrai de dire qu'il existait quelques prédispositions héréditaires, la fièvre typhoïde atteignit successivement chacun de ces enfants. Quatre d'entre eux sont restés complètement sourds avec un grand affaiblissement des facultés intellectuelles. Chez les quatre autres, il y eut des délires consécutifs bizarres avec alternative de stupidité et d'excitation. Une jeune fille de cette famille nous fut envoyée à l'âge de quatorze ans dans un état de stupeur profonde arrivée dans la période de convalescence de la lièvre typhoïde. Je la soumis à un traitement hydrothérapique dont je n'eus qu'à me louer, et je la renvoyai parfaitement guérie en apparence au bout de sept à huit mois. Elle resta pendant un an très bien portante, et nous fut ensuite renvoyée pour un état mental des plus bizarres. 11 se produit, chez cette jeune fille, des explosions soudaines de manie avec tendances à des actes malfaisants. Un jour elle emporte un enfant de son village dans ses bras, et veut, ditdésordres plus graves dans le cerveau n'implique pas que ces sorles de délires ne doivent pas rentrer dans la catégorie des désordres intellectuels qui se rattachent à l'aliénation. Il peut se faire aussi, comme l'ont dit quelques médecins, que dans les hôpitaux ordinaires on se hâte trop de diriger ces sortes de malades sur les asiles d'aliénés, mais il est souvent difficile de faire autrement ; et lorsque la mort ne termine pas des situations aussi perplexes, le délire peut se prolonger, ou bien, après avoir perdu son caractère d'acuité, se convertir en un délire subsidiaire chronique et systématique qui ne laisse souvent d'autre perspective que l'isolement dans une maison de santé. Nous en cilerons des exemples.

(1) Esquirol, otivr. cil., t. I, p. 73.

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elle aux personnes qui l'interpellent, le jeter dans une mare voisine Son caractère devient impérieux en même temps qu'il est futile ; elle a de la propension à délirer dans le sens des idées de grandeur, et tout nous fait présager une terminaison funeste de cette affection.

M. le docteur Max Simon (1), qui a eu le premier le mérite de fixer l'attention sur le délire consécutif à la fièvre typhoïde, ne partage pas l'opinion d'Esquirol , et il pense que le délire qui survient dans la convalescence d'une fièvre typhoïde est une des formes variées de l'aliénation mentale. 11 cite, à l'appui de son opinion, des observations très curieuses dont je ne ferai qu'un exposé succinct.

Chez une dame âgée de trente ans , et dont la fièvre typhoïde dura cinquante jours , la convalescence fut longue à s'établir, et l'intelligence ne recouvrait pas sa lucidité ordinaire. Cependant le pouls avait perdu sa fréquence, la peau sa chaleur fébrile, les aliments passaient parfaitement ; en un mot, la malade était en pleine convalescence, mais l'intelligence seule restait malade. Le délire roulait dans un cercle d'idées, de préoccupations concernant ses entants ; elle les voyait grêles, cacochymes ; elle les appelait pour les habiller et assister à une fête imaginaire Elle était, du reste, extrêmement irritable et acariâtre. M. le

docteur Max Simon assimile avec justesse, dans ce cas, le désordre de l'intelligence à la faiblesse générale ; il voit dans ce désordre l'expression insolite, par une maladie extrêmement grave, de l'ensemble des forces de l'organisme vivant , et il recommande judicieusement les toniques , qui , dans cette circonstance comme dans d'autres analogues , produisirent les meilleurs effets.

Le délire peut apparaître dans les premiers jours de la convalescence , mais il peut arriver plus tard. C'est ce qui a eu lieu dans un cas observé par Chomel. Une jeune fille eut dix-huit jours de délire dans le cours d'une fièvre typhoïde. Après vingt jours de convalescence, on observa, sans causes appréciables et sans augmentai ion de la fréquence du jjouls , un changement notable dans son caractère. Elle devint tout à coup très méchante et acariâtre , et sa raison s'altéra au point qu'on fut obligé de la transporter à la Salpètrière, où elle guérit.

Parmi d'autres 'observations analogues, M. Max Simon s'appuie sur l'autorité de Récamier, qui a plusieurs fois rencontré des complications de ce genre, et entre autres chez un individu qui, du reste, délirait à propos du plus léger mouvement fébrile. Il en était de même de M. le comte de X..., qui, dans la convalescence d'une fièvre typhoïde, fut pris

(I) Journal des connaissances medico-chirurgicales, a"' de juin, juillet et août 1 84 4 .

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d'une véritable monomanie qui consistait à vanter à tout propos la magnificence de son écurie ; à l'entendre , c'était un véritable haras dans lequel des chevaux arabes pur sang laissaient indécis le jugement du sportsman le plus éclairé. Malheureusement, cette imagination était bien loin de la réalité. Dans ce cas, comme dans ceux qui précèdent, l'aliénation mentale disparut à mesure que l'alimentation rendit à la constitution ('puisée les forces nécessaires au jeu de la vie morale....

Cette disposition à délirer dans le sens des idées de grandeur est un des caractères les plus significatifs des perturbations mentales qui sont la conséquence de la fièvre typhoïde

■l'ai vu chez un enfant de quinze ans, d'une intelligence remarquable, un délire de cette nature.... Le jeune malade était en pleine convalescence..-. Il se levait soudainement de table en disant que sa voiture à quatre chevaux l'attendait dans la rue ; il demandait son manteau royal doublé d'hermine, et prétendait avoir reçu des invitations pour aller aux soirées des personnages les plus importants de la ville. Ce délire céda à un régime tonique et à la bonne influence de l'air de la campagne où l'on envoya cet enfant que les parents se disposaient à isoler précipitamment dans une maison de santé.

M. le docteur Thore et d'autres médecins, entre autres MM. Sauvet et Leudet (de Rouen), citent des délires de cette nature. L'observation de M. Leudet est des plus remarquables. Il s'agit d'une fille de vingt-trois ans qui, après une fièvre typhoïde légère , tomba dans une manie ambitieuse parfaitement caractérisée. Elle se disait fille adoptive du président de la république et donnait des décorations {Annales médico-psychologiques, 1850, p. Iû8). Enfin, si nous parcourons les Leçons cliniques de Chomel, MM. Louis, Ferrus et autres médecins distingués , nous trouverons des exemples fréquents de vésanie comme complication de la période de convalescence après une fièvre typhoïde.

De ces observations il résulte que le délire de la fièvre typhoïde peut éclater tantôt dans le cours de la maladie , tantôt dans la période de convalescence, et même après que celle-ci est accomplie.

Dans le premier cas, la forme de l'aliénation est ordinairement celle qui succède aux maladies aiguës , délire maniaque dont la durée peut varier de quelques heures à quelques jours. Dans ce cas le délire est violent, il est accompagné d'une grande agitation, avec hallucinations de la vue et de l'ouïe. Les idées erronées émises dans le délire n'ont ordinairement rien de systématique, elles se rapportent aux préoccupations ordinaires des malades dans l'état de santé.

Dans la période de convalescence, on a souvent observé, outre l'affai-

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blissement des facultés intellectuelles qui peut aller jusqu'à la stupidité et l'idiotisme confirmé, une singulière manie qui porte le malade à délirer ('ans le sens des idées ambitieuses (délire des grandeurs). Toutefois ce délire est fugace ; les idées du malade se redressent facilement dans la généralité des cas , et il est impossible de confondre ce délire avec celui des paralysés généraux. 11 est une autre sorte de délire qui alterne encore avec le précédent , c'est la crainte des persécutions avec tendance au suicide, l'appréhension d'être ruiné; le même phénomène intellectuel s'observe, du reste, dans d'autres affections ataxiques.

l iioK-i'n. — Troubles intellectuels survenus pendant la période de convalescence du choléra. — Si je rapproche le délire que l'on a observé dans la période de convalescence du choléra de celui que j'ai décrit comme devant être attribué à l'influence de la fièvre typhoïde, ce n'est pas pour établir des analogies entre les deux affections ; je veux seulement faire voir qu'il n'y a rien de surprenant à ce que des maladies qui modifient aussi profondément la constitution intime du sang que la fièvre typhoïde, le choléra et d'autres affections ataxiques, puissent influer sur l'état de nutrition du cerveau au point de produire, soit la folie, soit l'épilepsie et les convulsions, ainsi que cela se voit dans certaines maladies éruptives contagieuses, dans certaines diathèses ou intoxications. Ce qui peut paraître plus étrange, c'est la similitude du délire chez les individus soumis à la même cause maladive, abstraction faite, bien entendu, de toutes les prédispositions antérieures tenant à l'hérédité, à l'éducation, et enfin aux causes morales et physiques intercurrentes qui ont fortement impressionné l'esprit ou occupé l'imagination avant l'invasion de la dernière cause déterminante. Toutefois, sans vouloir élucider un problème aussi difficile, nous croyons utile de rapprocher les phénomènes délirante qui se produisent dans certains états organiques maladifs, et de faire ressortir leurs analogies.

Les différentes invasions du choléra nous ont donné de trop nombreuses occasions d'observer que des troubles intellectuels spéciaux pouvaient être en rapport , soit avec la période qui précède le choléra , soit avec la période de convalescence.

Sous le nom de choléro/j/toùie, on a décrit une variété d'hypochondriç produite par l' appréhension du choléra. Cette hypochondrie n'a rien , néanmoins, qui la différencie essentiellement des autres variétés de cette maladie, si ce n'est sa spécialité étiologique el son apparition sous forme épidémique (1). Au reste, en dehors de l'état liypochondriaque pur, j'ai

(I) De la cholcrophobie , par M. Axenfeld (Union médicale des 20, 22 et 29 novembre 1850).

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