‹ Traité des maladies mentaleChapitre 116 sur 500 · ONANISME. — INFLUENCE SUR LES TROUBLES CÉRÉBRAUX · texte numérisé non relu

ONANISME. — INFLUENCE SUR LES TROUBLES CÉRÉBRAUX

ne s'était rendu maître de sa personne. L'aveu que me fit ce jeune homme des relations qui existaient entre ses accès épileptiques et ses habitudes onanistiques me fit diriger tous mes efforts vers sa moralisation. J'ai rarement obtenu, dans la pratique si pénible des maladies mentales , un résultat aussi consolant. Les accès diminuèrent de fréquence et d'intensité avec la disparition progressive des funestes habitudes de ce malade. Les facultés intellectuelles reprirent une énergie nouvelle , et une épreuve de dixdmit mois me mit à même de constater une guérison qui ne s'est pas démentie depuis six ans, et qui a non-seulement permis à ce jeune homme d'être rendu à la liberté, mais de pouvoir remplir au dehors une fonction honorable.

Les succès de ce genre sont impossibles avec les onanistes qui se livrent en secret à leur vice détestable. Je ne sais en vérité quel nom donner à l'état mental de certains individus que j'ai pu observer, et qui, après avoir passé par tous les degrés de la mélancolie avec débilité progressive de l'intelligence , sont tombés ultérieurement dans l'idiotisme le plus irrémédiable et le plus dégradant. J'ai vu chez un jeune séminariste des habitudes onanistiques effrénées amener transitoirement des accès de fureur érotique pendant lesquels ce malheureux ne respectait ni ses sœurs ni l'auteur de ses jours. Lorsqu'il fut confié à mes soins , il en était réduit à un état de complète hébétude ; il avait perdu tout souvenir ; il n'existait pas chez lui la moindre trace de ses connaissances antérieures, qui avaient été variées, à ce que l'on m'assurait. Il n'avait même conservé aucun des instincts les plus naturels à l'homme : c'était un être dégradé, un idiot dans la plus complète acception de ce mot.

« L'habitude des attouchements solitaires, dit M. Guislain, fait naître une foule de maux (1). Elle s'annonce d'abord par une notable décomposition des traits, une expression toute particulière de la figure.... Chez les femmes elle amène souvent les fiueurs blanches.. ., des crampes d'estomac, et des douleurs abdominales s'y rattachent fréquemment....

» Ce sont des douleurs ressenties dans le trajet des trompes , ayant leur point de départ dans la région des ovaires ; ce sont aussi des syncopes , des palpitations de cœur simulant les affections anatomiques de cet organe, mais que le mariage ou l'asa fœtida font disparaître.

» C'est une grande excitabilité de la rétine... ; c'est un tremblement des membres, ce sont des accès hystériques, c'est l'asthme.. .; c'est l'épilepsie.

(1) Je me plais à citer les appréciations de ce médecin auquel m'unissent d'étroites sympathies, qui de tous les modernes me semble celui qui est entré le plus intimement dans l'explication de ce grand fait pathologique qui détermine de si étranges perturbations intellectuelles, de si terribles souffrances morales.

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Cette dernière maladie est souvent la conséquence des émissions spermatiques fréquemment provoquées

» C'est l'aliénation mentale , la mélancolie , la manie ; c'est le suicide , la démence, la démence avec paralysie surtout.

» Voici un jeune homme de vingt-huit ans environ que la masturhation a réduit à un état auquel on peut donner le nom de démence et de manie.

» On ne peut lui laisser l'usage libre de ses mains , et l'on est obligé de le soumettre à une surveillance rigoureuse, afin d'empêcher au moins le jour qu'il ne se livre à ses habitudes d'excitation.

» L'influence de cette cause se fait connaître chez lui à je ne sais quelles craintes et quels fantômes qui assiègent son esprit....

» On constate chez lui une sensiblerie, une hypochondrie toutes spéciales ; une profonde indifférence de caractère , un affaiblissement musculaire général.

» Il est des sujets que cette cause jette dans un état de prostration extrême , d'autant plus prompte à naître que les excès sont commis plus immédiatement à la période de puberté.

» Lorsque vous voyez une jeune personne de l'un et de l'autre sexe devenir aliénée, il ne faut jamais perdre de vue les rapports génésiques. Ces rapports peuvent être l'amour, un amour violent, contrarié, un amour malheureux , et alors il est facile de saisir la connexion qui existe entre ces causes et le trouble mental ; mais quand l'aliénation se déclare sans qu'on puisse indiquer la source du mal , il faut, chez les jeunes sujets et dans l'immense majorité des cas , diriger son attention sur le vice de l'onanisme (1).

» C'est parmi les personnes jeunes qu'il faut principalement soupçonner l'existence de cette cause. Néanmoins les émissions spermatiques peuvent , chez les hommes mariés , engendrer l'aliénation mentale. Cela arrive principalement chez les riches qui mènent une vie inactive et se livrent , dans l'intimité conjugale , à des rapports abusifs. Esquirol a dit que l'aliénation mentale, chez les riches, provient souvent de l'onanisme, et l'expérience prouve la justesse de cette observation (2). »

(1) Ce précepte est excessivement important dans le traitement de l'hystérie, névrose si souvent aggravée par les habitudes onanistiques, si tant est que dans beaucoup de cas elle ne soit pas la conséquence de cette funeste habitude.

(2) Guislain, ouvr. cit., t. II, p. 61 , 62. Cette dernière observation renferme un grand intérêt pratique. Ce n'est qu'après une longue expérience du traitement des maladies nerveuses que je me suis aperçu que plus d'une affection de ce genre, avec complication d'hypochondrie, de débilité intellectuelle, de manifestations névralgiques douloureuses, de tics chorêiques, d'accidents cataleptiques et épileptilbrmes, devait être attribuée, dans la classe riche, à l'abus des plaisirs vénériens, et cela chez l'un et l'autre sexe.

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