TROUBLES INTELLECTUELS QUI PRÉCÉDENT LA MENSTRUATION
les causes des troubles intellectuels dans leurs rapports avec les phénomènes qui précèdent la menstruation, avec la menstruation elle-même et les anomalies dans cette fonction, avec l'âge critique ; enfin, j'aurai à parler de la folie dans ses relations avec la grossesse, l'accouchement et la lactation {mania puerperarum).
g II. — Des troubles intellectuels qui précèdent ia menstruation.
Il n'est pas de médecin qui n'ait eu à soigner, dans sa pratique, certains états critiques propres à déjeunes filles dans les circonstances d'une menstruation difficile à s'établir. Hàtons-nous d'ajouter que ces situations sont plutôt en rapport avec des états névropathiques et hystériques qu'avec l'aliénation proprement dite. Toutefois il n'en est pas toujours ainsi, et un médecin qui s'est occupé de cette question, M. le docteur Brierre de Boismont, a cité plusieurs cas de folie dans des circonstances pareilles (1).
« Une jeune personne, dit ce médecin, présente pendant près d'un an de véritables absences d'esprit : on eût dit que toutes ses facultés étaient suspendues, enchaînées ; puis elle sortait tout à coup de cette espèce de catalepsie, reprenait la conversation au point où elle l'avait laissée, sans s'apercevoir de cette suspension momentanée de l'intelligence. La famille, effrayée, consulta beaucoup de médecins : on fit des recherches variées qui n'apportèrent presque aucun changement dans la situation de cette demoiselle; mais les accidents ne tardèrent pas à se dissiper lorsque les règles eurent définitivement pris leur cours. »
Quelquefois un délire brusque et transitoire signale cette période critique de l'existence.
M. le docteur Jacobi cite l'observation d'une jeune fille de seize ans qui eut un délire maniaque qui dura dix jours, et se dissipa lorsque, grâce à une médication appropriée, les règles eurent paru.
Cependant il peut arriver que la terminaison ne soit pas toujours aussi heureuse, et M. le docteur Brierre cite des cas qui ont eu une issue fatale. Le même médecin remarque néanmoins que l'aliénation mentale est beaucoup moins commune que les changements d'humeur et de caractère, et surtout que les anomalies que présentent les fonctions sensoriales.
« On a constaté, dit-il, la perversion de l'odorat et du goût; nous avons observé la surdité. Le fait le plus remarquable est celui d'une jeune lille
(1) Recherches bibliographiques et cliniques sur la folie puerpérale, précédées d'un aperçu sur les rapports de la menstruation et de l'aliénation, par M. le docteur Brierre de Boismont (Annales médico-psychologiques, t. XV, p. 574). Une partie des recherches de ce mémoire sont empruntées au Traité dè la menstruation, du même auteur.