‹ Traité des maladies mentaleChapitre 127 sur 500 · TROUBLES DE LA MENSTRUATION CONSIDÉRÉS COMME CAUSE DE FOLIE · texte numérisé non relu

TROUBLES DE LA MENSTRUATION CONSIDÉRÉS COMME CAUSE DE FOLIE

voqués par les accidents physiques ou moraux , ou par les progrès de l'âge, multiplient les conditions favorables à l'aliénation mentale. Tantôt les menstrues se suppriment et cessent tout à coup, et la folie éclate aussitôt. Tantôt elles offrent de grandes anomalies , soit pour l'époque de leur retour, soit pour la quantité et la qualité de l'écoulement, avant que la folie se déclare. Quelquefois les menstrues sont très abondantes, elles coulent à des époques très rapprochées , peu de temps avant que la folie se déclare. Enfin , il est des cas où la folie se manifeste sans le moindre désordre menstruel. L'époque du retour des règles est toujours un temps orageux pour les femmes aliénées, même pour celles dont les menstrues ne sont point dérangées (1). »

Ces réflexions qui émanent d'un homme aussi expérimenté qu'Esquirol nous font voir quelle est l'importance de la menstruation dans la pathologie de la folie. Si l'époque des retours menstruels est toujours un temps orageux pour les femmes aliénées, même pour celles dont les menstrues ne sont pas dérangées, comment ne pas admettre que, lorsqu'une fonction aussi essentielle est brusquement interrompue, soit par des causes physiques, soit par des causes morales, il ne puisse en résulter des perturbations très graves pour l'exercice des facultés intellectuelles? Cette proposition , généralement admise par les médecins aliénistes, reçoit cependant des explications différentes, selon que l'on se place au point de vue des folies sympathiques ou à celui des folies idiopathiques. Je ne nie pas, pour ma part, que dans un grand nombre de cas l'état des fonctions cérébrales ne puisse modifier la menstruation et influer d'une manière fâcheuse sur cette fonction. L'examen de l'état physiologique de nos aliénés nous en fournit de nombreux exemples. Mais ce serait, il me semble, pousser un peu loin l'esprit de théorie que de ne pas admettre un rapport de cause à effet entre le trouble des fonctions menstruelles, dans certains cas, et le désordre des facultés intellectuelles. Lorsque, pour une cause ou pour une autre, la menstruation est arrêtée, et qu'à la suite de cette suppression, des troubles intellectuels apparaissent, que des tendances mauvaises et comme irrésistibles pour le suicide ou l'homicide se font jour, et lorsque enfin, après le retour de la menstruation, tous ces accidents s'évanouissent, il est bien difficile, encore une fois, de nier un rapport de cause à effet. D'ailleurs, en ne nous en tenant qu'à la stricte observation des faits, nous avons plus de motifs qu'il n'est néces-

(1) Esquirol, ouvr. cil., t. I, p. 69. Nous avons en ce moment à notre asile une jeune fille de seize ans devenue aliénée à la première apparition de ses menstrues. Il est à remarquer que la tante de cette jeune fille a été, il y a quelques années, traitée à notre asile pour la même cause.

Page 1