‹ Traité des maladies mentaleChapitre 129 sur 500 · HYPOTHÈSE D'UNE MÉTASTASE LAITEUSE · texte numérisé non relu

HYPOTHÈSE D'UNE MÉTASTASE LAITEUSE

de la femme arrivée au dernier mois de la grossesse? Quoi de plus commun aussi chez elle que les affections rhumatoi'des aiguës et chroniques (1) ? »

Mais à cause de l'importance thérapeutique de la question des métastases laiteuses, je ne crois pas qu'il soit inutile de l'examiner au point de vue des progrès de la physiologie moderne.

A raison de l'obscurité de leur mécanisme, les métastases ont subi successivement toutes les interprétations des doctrines médicales régnantes. Au point de vue où s'était placé Hippocrate, qui admettait dans l'économie des contenants, les organes, et des contenus, les liquides, des forces d'impulsion pour les mettre en mouvement, le père de la médecine a dû voir dans l'aberration des liquides et dans leur circulation les principes des métastases. Plus tard, cette question, en passant parla doctrine iatro-mécanique de Boerhaave et de ses successeurs, trouva une autre explication de ses phénomènes, sans pour cela être plus éclairée. Je n'ai pas l'intention de discuter ici la doctrine des métastases, je veux seulement examiner rapidement, au point de vue des connaissances anatoinophysiologiques de nos jours, la valeur des faits sur lesquels repose la croyance des métastases laiteuses.

J'ai déjà exposé le caractère spécial imprimé à l'économie de la femme par les phénomènes de l'enfantement et des divers états morbides qui en résultaient. A priori, rien ne prouve, parce que l'écoulement du lait s'arrête chez une femme, que ce liquide doive être résorbé. Ne sait-on pas que sous une influence fébrile violente, toutes les sécrétions normales se suspendent ? Ainsi, dans la fièvre traumatique, par exemple, les urines sont rares, quoique les malades boivent beaucoup ; de même, chez les femmes en couches, la sécrétion laiteuse n'est pas la seule qui s'arrête; celle des reins, du foie, l'écoulement des lochies, suivent la même loi, et dès lors pourquoi ne pas admettre la résorption de tous ces liquides pour leur faire jouer un rôle commun dans la production des phénomènes pathologiques? Ensuite, si l'on étudie attentivement l'ordre de succession des symptômes, on peut s'assurer que dans le plus grand nombre des cas, les symptômes locaux apparaissent d'abord, et que la suppression du lait et des lochies ne survient qu'après, comme effet ou conséquence du mouvement fébrile général ; bien plus, les troubles intellectuels peuvent exister, tandis que la sécrétion du lait et l'écoulement des lochies suivent leur cours naturel.

Les expériences de Magendie, reproduites par M. Donné, démôn-

. (1) Pidoux, Noies sur la fièvre puerpérale, à l'occasion des débals académiques (Union médicale du 10 juillet 1858).

Ik

210 ÉTÎOLOGIE. — MÉTASTASE LAITEUSE.

tfent que le kit ne saurait être absorbé en nature ; et lors même qu'il a été introduit en nature dans la circulation, il ne détermine aucune action nuisible sur les animaux. Mais supposons encore que le lait acquière, sous l'influence puerpérale, des qualités particulières qui le rendent propre à troubler la vitalité des organes, quelles sont les voies ouvertes à ce liquide pour aller répandre son action perturbatrice dans l'économie? Les veines mammaires ou les vaisseaux lymphatiques du même nom sont les seuls moyens de transport du lait; et comme ces vaisseaux se rendent en dernier résultat au cœur droit, les liquides qu'ils charrient doivent nécessairement passer par le poumon avant d'être lancés par le cœur gauche dans la circulation générale.

Le poumon sera donc le premier organe atteint, ses lésions devront être constantes. Ces conséquences sont rigoureuses et sont l'expression de ce qui se passe dans les autres métastases. En effet, dans toutes les résorptions purulentes qui suivent le système veineux général, il se manifeste des abcès dans le poumon avant qu'il s'en produise dans les autres organes. Enfin, si nous en venons à la vérification des faits pathologiques, nous verrons que les prétendus abcès laiteux trouvés dans le péritoine ne sont qu'une sérosité purulente qui, au microscope, se sépare en deux parties, l'une aqueuse, et l'autre formée de globules de pus très faciles à distinguer de ceux du lait qui, comme on le sait, sont formés d'une sorte de matière huileuse. Les abcès dits laiteux des autres organes ont constamment présenté les mêmes caractères au microscope ; ceux du cerveau offraient de plus une certaine quantité de matière cérébrale.

11 n'est pas inutile maintenant de chercher dans quelle proportion la folie frappe les femmes enceintes, celles qui ont accouché et celles qui nourrissent. La statistique d'Esquirol ne comprend que les femmes devenues aliénées après l'accouchement, pendant et après l'allaitement, et ce nombre est plus considérable qu'on ne le croit communément. La proportion, pour les femmes réunies à la Salpètrière, a été parfois d'un dixième, et ce chiffre, d'après l'immense expérience d'Esquirol, est plus considérable dans la classe riche, et s'élèverait à peu près à un septième. Astruc avait déjà observé que les dépôts et les engorgements laiteux sont plus fréquents dans les classes élevées de la société que dans les rangs inférieurs; mais il est certain, dit Esquirol, que les aliénations mentales après le sevrage sont rares chez les femmes riches, tandis qu'elles sont fréquentes chez les pauvres qui sèvrent volontairement ou qui sont forcées de sevrer. Je veux bien admettre que les précautions que prennent et que peuvent prendre les femmes riches après le sevrage rendent, jusqu'à un. certain point, compte de cette différence, tandis que rien ne peut les

Page 1