FOLIE SUITE DE COUCHES. — STATISTIQUE
mettre à l'abri de leur extrême susceptibilité, lorsqu'elles viennent d'accoucher ou lorsqu'elles sont nourrices. Mais la cause rie l'aliénation la plus fréquente au moment du sevrage, chez les femmes delà classe pauvre, tient encore à un autre ordre de lésions organiques préexistantes : je veux parler de l'appauvrissement de la constitution, et l'action de cette cause que nous avons déjà vue dominer la situation des femmes qui ont eu des accouchements successifs, ne doit pas être négligée dans les recherches étiologiques que l'on peut faire sur la pathogénie des affections nerveuses. En effet, l'observation nous a déjà appris que les étourdissernents, les vertiges, les défaillances, les syncopes, les gastralgies, la faiblesse musculaire, l'amaigrissement, la chloro-anémie, en un mot, signe irréfragable de l'altération du sang, sont les avant-coureurs les plus certains de l'aliénation mentale après l'accouchement .
Sur 92 femmes aliénées dont les observations ont servi de base au travail d'Esquirol, 21 sont devenues aliénées du cinquièmeau quinzième jour.
17 ont été prises de folie du quinzième au soixantième jour après l'accouchement, terme extrême de l'écoulement des lochies.
19 ont perdu la raison depuis le deuxième mois ou le mois suivant, jusqu'au douzième pendant l'allaitement.
19 ont été atteintes d'aliénation mentale immédiatement après le sevrage forcé ou volontaire ; d'où l'on peut conclure : 1" que les aliénations sont plus fréquentes chez les accouchées que chez les nourrices ; 2° que le danger de perdre la raison diminue à mesure que les femmes s'éloignent de l'époque de l'accouchement ; 3" (et nous avons déjà insisté sur cette conclusion) que les nourrices, et surtout les nourrices pauvres, sont plus disposées à devenir aliénées après le sevrage que pendant l'allaitement.
Il peut paraître étrange, pour peu qu'on ait réfléchi sur l'influence si grande des causes morales, que la folie suite de couches atteigne moins souvent les filles-mères que les femmes mariées ; mais, ainsi que je le disais, il y a déjà longtemps, dans un travail sur ce sujet, il est incontestable que l'action des causes morales varie non-seulement selon les pays., les peuples et la différence de leurs institutions ou de leurs mœurs, mais varie encore chez le même peuple selon la différence du milieu moral dans lequel vivent les individus. Or, plus les liens de la morale générale se relâchent, plus l'influence des causes de cet ordre perd de son intensité. On peut donc soutenir, sans paradoxe, que la manie suite de coupelles frappe plus souvent de vertueuses mères de famille que des femmes qui, dans les grandes villes surtout, ont tant de moyens pour cacher leur honte ou se débarrasser des fruits d'un amour malheureux et criminel.