CLASSIFICATION
§ Ier. — Considérations préliminaires.
Dans les statistiques des causes de l'aliénation, on comprend ordinairement sous le nom de causes morales, les excès de /nivaux intellectuels, les chagrins domestiques, ceux gui résultent de la perte de la fortune, de celle d'une personne chère. D'un autre côté, l'ambition dénie, la colère, la
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joie, la pudeur blessée, l'amour contrarié, la jalousie, l'orgueil, les événements politiques, l'isolement et la solitude, la nostalgie, les sentiments religieux poussés à l'excès, jouent ensuite un rôle considérable dans Fétîologie des causes. Dans ces derniers temps, on a dû discuter l'influence produite par les différentes applications pénitentiaires, et cela se conçoit au milieu des objections que soulevèrent les théories qui avaient pour but de faire prédominer l'emprisonnement simple ou l'emprisonnement cellulaire.
A cette liste déjà considérable de causes morales, je pourrais enjoindre d'autres encore : L'émotion déterminée par une forte frayeur , par l'imitation; puis, c'est une impression morale vive reçue dans le jeune âge ; c'est la perplexité douloureuse de l'âme, alors que nous sommes tourmentés par le doute, assiégés par l'incertitude, réduits souvent à l'impossibilité de prendre une décision dans les circonstances solennelles de l'existence. Toutes ces différentes angoisses de l'âme, toutes ces perplexités de l'esprit, sont autant de causes qui peuvent exercer une influence funeste sur les facultés intellectuelles et affectives.
Si, dans la description qui va suivre, je ne fais pas aux causes morales une aussi large part qu'aux causes physiques, le motif demande à être expliqué. Disons d'abord qu'il ne dépend en aucune manière d'une théorie préconçue à propos de la prédominance plus grande des causes physiques ou des causes morales ; mais, dans l'étude des causes prédisposantes, nous avons déjà traité de l'influence de la nationalité, de la v civilisation et de celle qui est exercée sur l'intelligence et les sentiments par les différents systèmes religieux. Nous avons apprécié l'action des commotions politiques, et étudié les modifications si profondes imprimées à notre organisation physique et morale par l'éducation et les mœurs, par la littérature d'un peuple et par ses usages, par tous les éléments enfin qui au sein de nos civilisations avancées activent et surexcitent, anoblissent ou pervertissent les sentiments que la nature a placés en nos cœurs. En nous mettant à ce point de vue, nous avons déjà examiné l'influence des causes morales par un de ses côtés les plus larges, et nous craindrions de tomber dans des répétitions fatigantes.
D'un autre côté, et je m'en rapporte à l'autorité incontestée du médecin qui a le plus fait valoir la prédominance des causes morales, il est impossible d'examiner l'action de ces causes en dehors des données que nous fournissent le sexe, l'âge, le temp>érameni et la profession des individus. J'ai pareillement étudié cet ordre spécial d'influences, et j'adopte les conclusions d'Esquirol, qui tendent à prouver que les causes morales ne peuvent être bien appréciées que dans leur comparaison avec les