‹ Traité des maladies mentaleChapitre 136 sur 500 · MANIÈRE DE COMPRENDRE LE DÉLIRE PAR RELIGION · texte numérisé non relu

MANIÈRE DE COMPRENDRE LE DÉLIRE PAR RELIGION

l'aliénation dans les divers siècles ne nous ont mis en présence du délire religieux épidémique qu'aux malheureuses époques de nos discordes civiles et religieuses. Mais est-il permis de conclure de là que le délire religieux, basé sur l'exagération d'un sentiment bien légitime en luimême, ou sur la crainte excessive qu'inspire à l'individu la justice divine, ou bien encore sur les remords qui le torturent, soit aussi rare de nos jours que le prétend Esquirol ? Nous ne le pensons pas. La seule statistique des causes de la folie pour l'année 1853- nous montre que poulies aliénés de nos asiles en France , les sentiments religieux poussés à l'excès ont été notés chez 279 hommes et chez 615 femmes. Toutefois, pour bien apprécier le côté étiologique du délire religieux, il est nécessaire déposer la question sous son véritable jour. {Statistique des établissements d'aliénés en France, de 1842 à 1853.)

De ce qu'un aliéné délire dans le sens des idées religieuses, il ne s'ensuit pas que le délire chez lui reconnaisse toujours pour cause l'exagération d'un sentiment de même nature. En effet, si nous examinons les tableaux statistiques, nous voyons que la folie religieuse est plus fréquente dans tel département que dans tel autre, et la raison en est bien simple. Les croyances religieuses étant moins affaiblies dans un milieu déterminé, les sentiments préexistants des malades sont naturellement dirigés vers un ordre d'idées en rapport avec leur éducation première. Rien d'étonnant, en conséquence, que l'affection dont ils sont atteints puisse évoquer un délire à base d'idées religieuses exaltées, et qui cependant n'aurait pas la religion pour point de départ. La preuve est que ce genre de délire est le plus ordinairement éphémère, et 'une observation attentive ne tarde pas à faire connaître la véritable origine du mal et à révéler chez l'aliéné des tendances en rapport avec ce mal. Enfin, pour compléter ces considérations, je puis dire d'avance que certains états névropathiques développent chez les individus des dispositions à exagérer dans leurs paroles et dans leurs actes le sentiment religieux; c'est ce que nous verrons dans la description du caractère et des tendances propres aux épileptiques et aux hystériques. En dehors de ces causes maladives, il est juste de faire la part des influences plus ou moins funestes exercées par les diverses religions qui se partagent l'empire des intelligences humaines ; j'ai abordé ce. sujet dans l'histoire des causes prédisposantes générales, et je n'y reviendrai pas (1).

Ces considérations établies, la question se trouve dégagée des éléments

(1) Voyez Causes prédisposantes générales; nationalité, civilisation, influence des systèmes religieux, chap. n, § 2, p. 109 et suiv.

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