ÉTI0L0G1E. — IMPRESSIONS KEÇUES DANS LE JEUNE AGE
cynisme le plus éhonté. Quand on lui fait entendre qu'elle a des habitudes onanistiques, elle répond qu'elle sait bien ce qu'on veut lui dire; elle avoue que depuis l'âge de quatre ans, elle s'amuse continuellement avec des petits garçons.... Quand on s'étonne de ses tendances homicides, elle répond que c'est dans un mauvais roman qu'on a laissé traîner chez sa mère, quelle a appris comment on égorge quelqu'un.. .. Dans l'exemple suivant emprunté à Esquirol, nous voyons une relation plus intime, peutêtre, entre une première atteinte portée à la sensibilité et la production de faits dont l'atrocité ne peut s'expliquer que par un trouble profond opéré dans la sphère des sentiments.
Une jeune fille, âgée de huit ans, avait manifesté la résolution de tuer sa belle-mère. Conduite à M. Esquirol, elle fut soumise par ce célèbre médecin à une série de questions auxquelles l'enfant répondit avec sincérité et avec le calme parfait de l'innocence. Elle déclara qu'elle n'avait pour l'épouse de son père aucune haine, qu'elle était touchée de ses soins, mais qu'elle éprouvait, en la voyant, le besoin de la tuer. La présence de cette femme suffisait pour déterminer en elle cette horrible pensée. M. Esquirol parvint à remonter avec habileté à l'origine obscure et déjà oubliée de cette affreuse maladie. Il apprit que des paroles de haine et de colère, accompagnées de gestes menaçants, avaient été prononcées, il y avait déjà six années, contre la personne que le père de cette fille devait épouser en secondes noces ; l'enfant était alors âgée de deux ans à peine, et cette scène violente avait eu lieu en sa présence. L'impression fut produite. « Un fait d'innervation imitative, dit M. le docteur Cerise, vint correspondre à cette impression et se renouveler chaque fois que sa belle-mère venait s'offrir à sa vue. Une association anormale, vicieuse, s'établit entre l'impression sensoriale déterminée tous les jours par la présence de sa belle-mère que cette petite accablait de mauvais traitements, dont elle désirait la mort, ainsi que celle de son petit frère qui était en nourrice et qu'elle n'avait jamais connu. « Quelle leçon pour » des parents qui ne savent point s'observer ni dans leurs paroles, ni » dans leurs actions, en présence de leurs enfants, dont ils corrompent » l'esprit et le cœur dès la première enfance (1)! »
Cette donnée importante pour la première éducation n'avait pas échappé aux anciens, qui recommandaient le respect le plus grand à l'égard des entants (2). Leur histoire flétrit à très juste titre ce tyran qui,
(1) Esquirol, De l'aliénation mentale, t. II, p. 119.
(2) Magna debetur enini pueris revcrentia ; si ijuid Turpe paras, ne tu teneros contempseris annus.
(OVIDK.)