‹ Traité des maladies mentaleChapitre 148 sur 500 · POLIE PAR IMITATION. — EXEMPLES. 2Ù · texte numérisé non relu

POLIE PAR IMITATION. — EXEMPLES. 2Ù

manie aiguë causée par la rupture d'un mariage près de s'accomplir, elle ne tarda pas, après quinze nuits passées auprès de cette maniaque furieuse et agitée, à donner elle-même des signes de dérangement intellectuel. Les deux jeunes malades entrèrent le même jour dans notre asile, et je ne puis oublier les singulières similitudes de leur délire érotique et du trouble de leurs sentiments. Placées dans la même section, on dut les séparer, tant il s'était développé chez elles d'animosité et de haine réciproques. D'un autre côté, chez l'une et l'autre, la maladie parcourait des phases tellement similaires, que nous aurions volontiers admis des relations sympathiques, s'il n'avait pas été plus naturel de chercher l'explication de la coïncidence des périodes de rémittence et d'agitation dans les rapprochements fournis par l'âge, le sexe, le tempérament, et surtout la similitude de la cause. Ces deux aliénées, qui étaient entrées ensemble à l'asile , guérirent dans le même laps de temps , sortirent à la même époque. Dans leur convalescence, qui fut signalée par le retour des meilleurs sentiments, elles se rapprochèrent, se lièrent intimement, se rendirent compte de ce qu'elles avaient mutuellement éprouvé, et se pardonnèrent réciproquement les actes de violence auxquels, dans leur délire, elles s'étaient abandonnées.

Il est incontestable que dans ce fait il faut bien admettre l'influence de l'imitation, la contagion de l'exemple ; mais il n'en est pas moins certain que l'explication absolue du phénomène requiert l'intervention des causes prédisposantes.

Les personnes qui pénètrent pour la première fois dans nos asiles ne manquent pas de nous demander si les personnes attachées au service des aliénés et appelées à leur donner des soins constants ne souffrent pas de ce contact. Je ne veux pas exagérer ce danger, mais j'ai la conviction que le milieu des maisons de santé et des asiles agit d'une manière fatale sur le système nerveux de beaucoup de personnes, et qu'il n'est pas possible à tout le monde de supporter la vue continuelle de tant de misères physiques et morales. Sous ce rapport, mon expérience pourrait évoquer de bien tristes souvenirs. Sans doute, on peut objecter que les tourments administratifs auxquels tant de mes collègues ont été soumis doivent peser pour beaucoup dans l'interprétation de la folie dont quelques-uns ont été les victimes, mais il n'en reste pas moins établi pour nous que le milieu a une grande jnfluence sur la manifestation du phénomène pathologique. Tout cela doit engager les médecins à attacher une importance capitale à la cause imitation, à la contagion de l'exemple, lorsque surtout on est consulté pour des individus qui, en raison de leurs prédispositions héréditaires, de leur tempérament hypochondriaque, ou en vertu de telle

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