‹ Traité des maladies mentaleChapitre 149 sur 500 · Ô ÉT10L0GIE. — DOUTE.— PERPLEXITÉ.— INDÉCISION DE L'ESPRIT · texte numérisé non relu

Ô ÉT10L0GIE. — DOUTE.— PERPLEXITÉ.— INDÉCISION DE L'ESPRIT

ou telle autre cause prédisposante, sont plus aptes que d'autres à contracter la folie. D'un autre côté, ils insisteront sur la nécessité, bien douloureuse en elle-même, mais éminemment prophylactique, de séparer, dans certains cas d'aliénation de longue durée, les parents de leurs enfants. Que de fois n'ai-je pas reçu l'aveu pénible que la folie d'une mère avait agi d'une manière désastreuse sur l'état mental de sa fille. Il est, au reste, des variétés d'aliénation plus communicatives les unes que les autres, et nous aurons occasion de revenir sur ce sujet dans la description des diverses formes de troubles intellectuels.

Une dernière réflexion terminera ces considérations étiologiques. Quand il s'agit de certaines causes de l'ordre moral que l'on nous allègue comme ayant déterminé la perte de la raison , il est nécessaire de remonter souvent très haut dans l'existence de l'aliéné pour se rendre compte de l'enchaînement successif de tous les phénomènes pathologiques qui en dernière instance ont préparé la maladie. Ceci est très important au point de vue du pronostic, car souvent une cause très futile en apparence, et que l'on nous donne comme ayant déterminé le mal, pourrait nous tromper sur la gravité de la situation. C'est ainsi que, chez une dame confiée à mes soins, on n'alléguait aussi comme cause que l'état d'hésitation, et finalement de douloureuse incertitude, qui avait tourmenté cette malade indécise de savoir si elle rejoindrait son mari qui remplissait une mission importante à l'étranger, ou si elle resterait avec sa famille et ses enfants qui la retenaient à Paris. La cause était bien celle qu'on indiquait} et la famille n'avait aucun intérêt à induire les médecins en erreur. Mais les perplexités de la malade duraient depuis trois ans, et il s'agissait d'une femme éminemment nerveuse et née d'une mère qui poussait l'esprit de minutie dans les plus petites choses jusqu'à un degré maladif (1). On se ferait difficilement une idée des tourments que, pendant cette période de temps, éprouva cette malheureuse femme, incessamment tiraillée par ses devoirs d'épouse et de mère. La concentration exclusive de l'esprit sur le même point avait amené chez elle comme une neutralisation absolue de

(1) On pourrait croire que l'influence héréditaire que je cite ici ne devrait pas être de nature à compromettre l'avenir intellectuel des enfants. Cela peut être vrai, en l'absence de toute cause prédominante. Mais, plus on étudie les maladies nerveuses, plus on voit qu'il n'y a pas de circonstance insignifiante en fait de transmission héréditaire. Que de fois n'ai-je pas vu certaines exagérations de caractère chez les parents, certains définis, des tics, des habitudes, se transformer ultérieurement, chez les enfants, en dispositions névropalhiques plus prononcées. Puis enfin, sous l'influence d'une peine morale qui ne serait rien pour d'aulres personnes, ces dispositions ouvrirent la voie à des phénomènes plus graves. Aussi, lorsque la folie éclate, tout le monde de dire : Qui aurait jamais pu croire que celte personne perdrait la raison?

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