COULEUR DE LA PEAU. — SYSTEME PILEUX
Je ne crois pas que des recherches de ce genre puissent offrir une grande utilité ; aussi ne m'attacherai-je qu'à l'élément pathologique de la question.
Dans la dépression comme dans l'exaltation , la pâleur de la face est l'indice du trouhle profond qui existe dans l'innervation.
J'ai vu, chez des aliénés furieux, l'agitation être précédée d'un état comme vultueux de la face et de l'injection des yeux. L'animation des traits donne alors à quelques aliénés, aux jeunes hystériques surtout , un air inspiré; mais dans les situations extrêmes , ainsi que je l'ai dit, la face est pâle, les lèvres sont tremblantes et décolorées. Les aliénés chroniques chez lesquels le trouble des fonctions assimilatrices est en rapport avec la prédominance des sentiments tristes et oppressifs, ont une couleur bistre, terreuse, et les médecins aliénistes croient , non sans fondement, que la guérison n'est assurée que lorsque la peau a repris leculoris de la santé.
Le lypémaniaque, dit Esquirol, a le corps maigre et grêle, le teint jaunâtre, la peau brune, noirâtre, aride, écailleuse, tandis que le nez est d'un rouge foncé. Chez les maniaques, dit le même auteur, lorsque la maladie progresse, la peau de la face est jaune, brune terreuse, la physionomie .est convulsive, le maniaque est méconnaissable.
Dans mes Etudes cliniques, j'ai fait remarquer que les idiots et les imbéciles nés dans de mauvaises conditions héréditaires, et voués conséquemment à une démence précoce , perdaient de bonne heure les attributs de la jeunesse et de la santé. Je sais qu'il existe chez ces dégénérés une prédominance de l'élément lymphatique , que l'hypertrophie des glandes et les ravages de la scrofule sont chez eux des choses communes. Toutefois il est constant que la blancheur de la peau , que la coloration même animée de la face que l'on rencontre dans l'enfance ou dans la première jeunesse, chez les variétés maladives de l'espèce humaine, sont bien vite remplacées par un teint bronzé et cuivré qui ferait croire que ces individus sont nés dans un autre climat et ont subi l'influence d'un soleil plus ardent.
Système pileux. — Le système pileux mérite de lixcr notre attention. Le menton des imbéciles, des idiots et des crétins, est généralement dépourvu de barbe, quelques poils rares signalent à peine chez ces êtres incomplets les attributs de la virilité ; leurs cheveux sont sales , rudes et mal implantés ; ils se tiennent ordinairement hérissés , et cette forme ne contribue pas peu à donner à la physionomie un aspect sauvage, dur et repoussant.
« Chez les aliénés, les cheveux , dit M. Guislain, présentent des modili-
280 SYMPTOMATOLOGIE. — ORGANE DE LA VISION . — MOUVEMENTS DE LATÉRALITÉ.
cations qui ne peuvent échapper à l'attention du médecin. Dans les cas graves , les cheveux subissent la plupart du temps une altération profonde dans leur couleur, leur contexture. Les cheveux noirs gagnent un l'effet rougeâtre, comme s'ils étaient teints ; les cheveux blonds pâlissent. » L'auteur que je cite les a parfois vus comme brûlés, se cassant au moindre effort, dénudant le crâne, tandis que la racine restait flans le bulbe. Il dit encore : « Quelquefois les cheveux deviennent laineux, soyeux. Je les ai vus très secs à la pointe, quoique les patients les eussent très gras. »
Organe de la vision. — Les yeux de l'aliéné reflètent avec une telle vérité les troubles de l'intelligence, que l'expression physiognomonique qui en est le résultat n'a échappé ni aux peintres ni aux artistes. Le regard tantôt vague et incertain, tantôt fixe et hagard des mélancoliques , fait un contraste frappant avec la mobilité du globe oculaire chez les aliénés agités chroniques. Dans les paroxysmes, les paupières sont ordinairement violemment relevées et rétractées , de telle sorte qu'une plus grande partie de la sclérotique se trouve à nu et que l'œil paraît plus proéminent.
Dans un travail intitulé : Fondements de la séméiologie de l'œil (Iéna, 1817), le docteur Lobenstein fait la remarque judicieuse que chez les aliénés convalescents, on peut observer ce regard incertain, inquiet, qu'il est sans doute plus facile d'indiquer que de décrire. Dans l'état chronique, les caractères séméiologiques sont plus tranchés, et M. le docteur Mérier a , dans ces derniers temps , appelé l'attention sur une sorte de tremblotement, d'oscillation et de vacillation du globe oculaire chez les aliénés menacés de démence. C'est, dit ce praticien, une espèce de convulsion permanente et continuelle , par suite de laquelle de petits mouvements de latéralité sont imprimés au globe oculaire; quelquefois ils s'exécutent de haut en bas, mais ce dernier mouvement est beaucoup plus rare. Les observations de M. Mérier l'ont porté à conclure : 1° que la manifestation des mouvements convulsifs de latéralité et de haut en bas, qu'il a observés chez un grand nombre de malades a toujours coïncidé avec la période de l'affection marquée par le passage d'un état aigu à un état chronique, par exemple dans la transition de la manie à la démence; 2° que l'existence et la persistance de ces mouvements oculaires chez les malades sont de nature à donner au pronostic une très grande gravité , attendu que les aliénés qui étaient dans ce cas étaient déjà ou allaient devenir incurables (1).
(I) Des oscillations du globe oculaire comme signe de l'aliénation mentale, p.ir M. le docteur Mérier (Gazette des hôpitaux dû 19 août |'852);