TÊTES DÉFORMÉES. — VARIÉTÉS. — DÉFORMATIONS ARTIFICIELLES
motifs principaux : 1" Avant de déduire les rapports qui peuvent exister entre l'état des facultés et la vicieuse conformation de la tète, il ne faut pas chercher à ramener à des types défectueux tous les aliénés indifféremment. En effet, on peut trouver chez les aliénés des têtes très bien faites, et les conformations vicieuses ne se trouvent guère que chez les individus dont la folie se rattache à des transmissions héréditaires de mauvaise nature, et à ceux encore qui dans leur jeune âge ont été victimes d'une hygiène mal entendue, qui consiste à couvrir et à serrer outre mesure les têtes des enfants nouveau-nés (1).
Pour donner à cette question l'utilité pratique qu'elle comporte, il est bon de la circonscrire dans ses véritables limites. Je ne puis mieux faire, à ce propos, que de rappeler ce que je disais dans mon Traité des dégénérescences de l'espèce humaine (2).
Les difformités de la tête peuvent être artiticielles ou naturelles, c'est-àdire déterminées par un élément pathologique, ainsi que cela se voit dans les conditions où l'hérédité a exercé une influence incontestable.
Les difformités artificielles de la tète, qui sont le produit de manœuvres mises autrefois en usage, ou existant encore chez différents peuples, peuvent être réduites, d'après M. le docteur Gosse (de Genève), à seize groupes principaux, qui sont : l"la tête cunéiforme; 2° la tète symétrique allongée ; 3° la tête irrégulièrement comprimée et dilatée ; h" la tête quadrangulaire ; 5" la tête trilobée ; 6° la tète aplatie sur le front ; 7° la tête avec dépression et saillie du nez ; 8° la tête mongole ; 9° la tète pro-
(1) On peut consulter à ce sujet : 1" Foville, Déformations du crâne résultant de la méthode la plus générale de couvrir la tête des enfants (Paris, 1854, in-8°); 2° Parchappe, Recherches sur l'encéphale, sa structure, ses fonctions maladives (Paris, 1836- 1812) ; 3° Lunier, Recherches sur quelques déformations du crâne observées dans le département des Deux-Sèvres (Annales médico-psychologiques, vol. XVI, p. -i2).
Dans une de ses leçons cliniques sur l'aliénation mentale, M. Sutherland lils professe que la forme du crâne ne paraît pas avoir de rapport avec la production et avec les différentes formes de l'aliénation. Beaucoup de malades qui sont maintenant sous sa direction ont, dit-il, des têtes bien conformées. Il cite l'opinion de M. Foville, qui est diamétralement opposée. Suivant M. Sutherland, le front fuyant serait l'altération que l'on rencontrerait le plus dans la forme du crâne, les aliénés idiots mis de côté. Mais dans cette circonstance encore, le médecin anglais me paraît avoir mal interprété les idées de M. Foville. La plupart des aliénés à tête vicieusement conformée sont souvent des idiots et des imbéciles de naissance, et, partant, incurables ; mais tous les malades incurables n'ont pas la tête vicieusement conformée. Dans ces éludes sur les vicieuses conformations de la tête, il faut de toute nécessité , ainsi que je l'établis plus haut, faire la part des dégénérescences dans l'espèce humaine, et des aliénés proprement dits.
(2) Voyez, à ce propos, les considérations préliminaires de l'Atlas du Traité des dégénérescences, où j'ai reproduit différents types de conformations vicieuses de la tête.
28/î S YMPT05IAT0L0GIE . — OSSIFICATION PRÉMATURÉE D'J CRANE.
gnathe ; 1 0" la tête aplatie sur les côtés ; 11° la tête déprimée sur les côtés et sur le front; 12° la tête sphérique ; 13° la tête annulaire ; 14° la tête bilobée ; 15° la tête déprimée par derrière; 16° la tête tronquée (1).
Quant à ce qui regarde ces déviations d'un type normal, on sait le rôle que jouent dans cette circonstance certains usages bien difficiles à déraciner, et qui sont en vigueur dans quelques contrées de la France. Les recherches de M. Foville, dont j'ai été à même de constater l'exactitude, les travaux plus récents de M. le docteur Lunier pour le département des Deux-Sèvres, mettent cette assertion hors de doute ; et ce dernier médecin a pu conclure : 1° que le mode de coiffure le plus généralement usité dans le département des Deux-Sèvres, surtout chez les enfants, a souvent pour effet de produire certaines déformations du crâne; 2° que ces déformations, plus fréquentes et plus prononcées chez les femmes, consistent dans l'aplatissement du front, rallongement de la tète, et parfois même dans l'existence d'une dépression transversale et circulaire; 3° que ces déformations , par l'influence incontestable qu'elles exercent sur les fonctions de l'encéphale, contribuent souvent au développement de l'idiotie et de l'imbécillité.
Mais, en dehors des manœuvres mécaniques qui peuvent être exercées sur le crâne des nouveau-nés, et imprimer à leur tête une forme irrémédiable qui exerce une influence plus ou moins marquée sur le libre développement des facultés (2), il existe des causes purement pathologiques qui peuvent déterminer une déformation vicieuse du crâne.
Dans un Mémoire lu à l'Académie sur l'ossification précoce du crâne (juillet 1856 ), M. le docteur Baillarger dit que si l'ossification du crâne est plus ou moins retardée chez les enfants hydrocéphales, il peut arriver aussi que l'ossification prématurée soit une condition de microcéphalie, et conséquemment d'idiotie. 11 cite, à ce propos, une observation remarquable qu'il a recueillie dans le Valais. Le même médecin s'appuie sur I l'autorité de M. Vrolick (d'Amsterdam) et de M. Cruveilhier qui, l'un et l'autre, citent des faits analogues. Je possède moi-même le crâne d'une
(1) Essai sur les déformations artificielles du crâne, par M. le docteur (lusse (An- 1 nales d'hygiène publique. Paris, 1855, t. III, p. 317; t. IV, p. 5 et suiv.).
(■2) Je ne veux pas soutenir ici la question de savoir jusqu'à quel point ces manœuvres influent sur le libre développement des facultés. On sait que chez les Arabes le front est très fuyant en arrière, et que la tète affecte une forme pointue, qui reconnaît pour cause l'application du turban. Mais si l'on ne peut citer à l'appui de cet usage une infériorité intellectuelle marquée, il faut faire la part d'une application méthodique des différentes parties qui constituent la coiffure, et qui, tout en imprimant à la tète une forme particulière, ne gênent pas l'expansion naturelle du cerveau, et n'amènent pas la diminution de la niasse cérébrale.