‹ Traité des maladies mentaleChapitre 170 sur 500 · DÉFORMATION DES OREILLES. — INDICATIONS S Y M PTOM ATOLOG IQUE S · texte numérisé non relu

DÉFORMATION DES OREILLES. — INDICATIONS S Y M PTOM ATOLOG IQUE S

jeune idiote de vingt et un ans, dont la microcéphalie ne reconnaît pas d'autre cause qu'une suture prématurée. Ce crâne présente même cela de particulier que, d'un côté, il y a absence complète de la suture qui réunit le pariétal au frontal.

Mais à côté des cas de microcéphalisme, nous rencontrons chez nos aliénés, chez ceux surtout qui sont sous l'influence de transmissions héréditaires de mauvaise nature, nous rencontrons, dis-je, des transformations qui sont d'une importance extrême au point de vue symptomatique. Ces déformations sont de diverses natures. Chez les uns, il y a un aplatissement postérieur considérable; chez les autres, une dépression extraordinaire du front qui constitue la tète fuyant en arrière. Les têtes rachitiques se signalent par la protubérance des bosses frontales et l'agrandissement du diamètre bilatéral, tandis que dans d'autres circonstances dégénératives, il existe un aplatissement latéral qui exagère considérablement le diamètre antéro-postérieur (1).

Toutefois, ainsi que je l'ai dit dans mon Traité des dégénérescences, la conformation du crâne ne constitue pas à elle seule le caractère maladif de l'espèce. Notre savant de Blainville avait déjà lixé l'attention sur le défaut de symétrie du crâne, qui entraîne nécessairement, d'après lui, le défaut de symétrie des oreilles. J'ai observé dans un grand nombre de circonstances des anomalies singulières chez des êtres dégénérés, et qui se résument : 1° dans la vicieuse implantation de l'oreille; 2" dans l'exagération ou l'atrophie des formes de cet organe; 3° dans l'état rudimentaire ou dans l'absence de quelques-unes de ses parties constituantes [hélix, ant/télix, cavité de la conque, tragus, antitragus).

Les déformations physiques, autres que celles de la tête, décrites dans mon ouvrage, se rapportent à la vicieuse implantation des dents et à l'absence de la seconde dentition, phénomène sur lequel a insisté M. Baillarger. Le rabougrissement de la taille, l'existence d'infirmités spéciales, comme les hernies, les paralysies des extrémités inférieures, ou de nions-

(1) Je ne puis entrer ici dans de plus grands détails, m'étant réservé de poursuivre cette importante question dans mes études spéciales d'anthropologie pathologique. La fusion de ces recherches avec l'étude de l'aliénation mentale n'est pas encore assez avancée pour que l'anthropologie pathologique et l'aliénation ne soient pas deux branches distinctes, quoique, à vrai dire, elles ne devraient en faire qu'une seule. Tout ce que je puis dire pour le moment, c'est que je suis déjà parvenu à trouver plusieurs variétés maladives dans l'espèce humaine , qui ont toutes des caractères communs déduits de la vicieuse conformation de la tête, de la forme non moins vicieuse des oreilles, de l'implantation des dents et d'autres anomalies qui se rapportent surtout aux organes de la génération. Ces mêmes variétés se reconnaissent aussi à la manifestation similaire de leurs tendances intellectuelles et morales , ainsi que de leurs qualités instinctives.

286 S YMFf OMATOLOGIE . — RABOUGRISSEMENTDE LA TAILLE. — INFIRMITÉS DIVERSES.

truosités, comme le goitre, sont des anomalies qui coïncident ordinairement avec l'état dégénératif, et que nous retrouverons chez les individus désignés sous les noms d'imbéciles et d'idiots.

Enfin , l'arrêt de développement des organes génitaux , la puberté tardive, la fécondité bornée, sont des caractères essentiels auxquels on reconnaît les variétés maladives de l'espèce humaine. Il existe encore d'autres symptômes fournis par les fonctions génératrices dont nous aurons occasion de parler à propos des dépravations du sens génésiaque que l'on observe chez les aliénés.

§ III. — Symptômes fournis par les organes de la locomotion. Muscles, force physique des aliénés. Convulsions, contractures, crampes. Inertie du système musculaire. Catalepsie.

Système musculaire. — Force physique des aliénés, résistance aux impressions extérieures. — Il est incontestable que, sous l'influence de l'excitation nerveuse, il se développe un accroissement extrême de la force musculaire, et l'opinion que les aliénés sont, sous ce rapport, extrêmement redoutables, est chose généralement admise, a J'ai vu, dit Pinel, des exemples d'un développement de forces qui tenaient du prodige, puisque les liens les plus puissants cédaient aux efforts du maniaque avec une facilité encore plus propre à étonner que le degré de résistance vaincue. » — «Le développement des forces musculaires, dit Esquirol, est extrême chez quelques maniaques ; on en a vu supporter les poids les plus lourds, briser les liens les plus forts, renverser plusieurs hommes qui cherchaient à les contenir. Ce qui rend les maniaques furieux si redoutables, c'est que le sentiment de leurs forces augmentées est soustrait au calcul de la raison ; c'est que plusieurs ont la conviction que leurs forces sont surnaturelles et indomptables ; aussi, quand ils en font usage, ils sont d'autant plus dangereux, qu'une idée de supériorité les domine, ou qu'ils ont moins d'intelligence...

» Les épileptiques, ajoute avec beaucoup de justesse Esquirol, sont de tous les maniaques ceux dont la fureur se fait le plus redouter, parce que, privés de toute intelligence, rien ne leur en impose, tandis qu'il est des maniaques timides, craintifs et défiants qui se laissent subjuguer quand on leur oppose un grand appareil de force à laquelle ils ne croient pas pouvoir résister avec avantage. » (Esquirol, t. II, p. 153.)

La plupart des auteurs qui ont écrit dans le commencement de ce siècle attribuent pareillement aux aliénés agités une force extraordinaire; mais si nous examinons sérieusement cette question, et elle vaut la peine de l'être à cause des conséquences pratiques qui s'en déduisent pour un

Page 1