SYMPTÔMES FOURNIS PAR LES ORGANES DE LA LOCOMOTION
traitement plus ou moins humain, il est facile de voir que l'exagération qui a dominé les idées sur ce point tient aux milieux dans lesquels on observait les aliénés, et où régnaient, comme on sait, la violence et la fureur. Mais depuis que les moyens de traitement sont devenus plus doux, depuis surtout que la coercition est employée plus rarement dans notre pays, et abolie complètement en principe dans quelques autres, comme en Angleterre, il nous est permis d'observer les aliénés dans les conditions pathologiques et physiologiques que développe la maladie, et non pas dans les situations exceptionnelles que créent les milieux mauvais dans lesquels ces malheureux étaient autrefois généralement renfermés.
Or, que nous apprend l'observation des faits naturels ? C'est que, sous l'influence de certaines modifications dans l'état du système nerveux d'un malade, il peut se développer en même temps chez lui une grande exaltation et un accroissement considérable des forces musculaires. Nous avons vu des individus épuisés par la fièvre typhoïde, et dans d'autres circonstances, des femmes que des accouchements laborieux suivis d'hémorrhagies presque foudroyantes avaient réduites à la dernière extrémité, nous avons vu ces malades acquérir, sous l'influence d'un délire nerveux, une force extraordinaire, et se livrer à des actes de violence dont on ne les aurait pas crus capables. Nous avons vu pareillement ces états se prolonger indéfiniment ou se terminer brusquement, de la manière la plus fatale, lorsque l'on n'opposait que la violence ou les moyens coercitifs prolongés à l'exaltation des malades (1).
Nous pouvons conclure de ces faits, que l'agitation et la fureur de quel-
(1) Les muscles les plus robustes s'énervent par le seul fait de sensations trop vives ou trop multipliées reçues par l'individu, toutes choses restant égales d'ailleurs, et lorsque certains accidents changent le caractère des sensations chez les personnes même faibles et languissantes. Lorsque, par exemple, certaines maladies appliquent directement au système nerveux des causes d'impressions fortes , profondes, durables, ou que seulement elles le rendent susceptible de recevoir de semblables impressions du dehors, les muscles les plus débiles acquièrent sur-le-champ la faculté d'exécuter des mouvements d'une énergie et d'une violence qu'on a peine à concevoir. C'est ainsi qu'on voit des femmes vaporeuses qui , dans leur état habituel , peuvent à peine se tenir debout , vaincre , dans leurs accès convulsifs , des résistances qui seraient au-dessus de la force de plusieurs hommes réunis C'est encore ainsi que, dans toutes les passions énergiques,
chaque homme trouve en lui-même une vigueur qu'il ne soupçonnait pas, et devient capable d'exécuter des mouvements dont l'idée seule l'eût effrayé dans des temps plus calmes. Et l'on ne peut pas dire qu'on ne fait alors que reconnaître en soi, que mettre en action des forces existantes, mais assoupies. L'observation prouve qu'il se produit alors véritablement de nouvelles forces , par la manière nouvelle dont le système nerveux est affecté. (Cabanis, Rapports du physique et du moral de l'homme.)