‹ Traité des maladies mentaleChapitre 172 sur 500 · SYMPTOMAÏ0L0G1E. — FORGE PHYSIQUE DES ALIÉNÉS · texte numérisé non relu

SYMPTOMAÏ0L0G1E. — FORGE PHYSIQUE DES ALIÉNÉS

ques aliénés ne sont que des phénomènes transitoires de la maladie, et que les causes de la durée de cette fureur et de cette agitation doivent plutôt être recherchées dans le milieu ambiant, dans la mauvaise direction imprimée au traitement, que dans la nature propre de la maladie du système nerveux.

D'un autre côté, il est rationnel d'admettre que la force des aliénés est d'autant plus considérable, qu'ils sont plus près de l'invasion du mal, et que leur caractère antérieur est prédisposé à la violence, soit par la nature de leurs tendances, soit par celle de leur affection. Cela se voit chez des individus adonnés à l'ivrognerie et sujets à des attaques d'épilepsie. Dans l'un et l'autre cas, les malades sont mus par une impulsion violente, et le genre de leurs hallucinations les rend on ne peut plus dangereux, surtout lorsqu'ils sont en liberté dans le milieu de la famille.

Mais si nous examinons maintenant les aliénés dans les asiles, si nous suivons les progrès du mal qui les opprime, nous remarquons que cette prétendue exagération des forces musculaires est, dans la généralité des cas, plus factice que réelle. Pour quelques aliénés capables de supporter des travaux énormes et des privations de toutes sortes, la plupart se fatiguent vite dans les labeurs auxquels on les applique, et ils se signalent par des troubles bien marqués dans l'innervation. Il est plus commun de rencontrer une extrême violence dans les actes et un accroissement dans les forces musculaires, chez des aliénés de petite taille, à complexion grêle, avec prédominance du tempérament nerveux, chez les femmes surtout, que chez les malades qui se font remarquer par une stature athlétique.

Il me semble d'autant plus utile de rétablir sous ce rapport la vérité des faits pathologiques, que c'est précisément la croyance erronée à la force extraordinaire des aliénés et aux dangers qui pouvaient en résulter pour leur entourage, que c'est l'idée fausse qu'on s'était faite de l'insensibilité physique dont ils étaient doués, de la possibilité qu'ils avaient de subir impunément le froid, le chaud et la faim, qui ont le plus contribué à propager et à maintenir, jusque dans ces derniers temps, les moyens coercitifs, et à faire excuser la pauvreté du régime alimentaire ainsi que la mauvaise condition des milieux dans lesquels ils étaient placés. On s'est appuyé sur l'autorité d'Esquirol, mais on a omis de dire que ce qu'il affirme de la force de résistance de quelques aliénés n'est qu'une exception, et une exception fort rare. Voici, du reste, comment s'exprime ce célèbre médecin : « Les forces vitales acquièrent, dit-il, chez ces malades une exaltation qui leur permet de résister aux influences les plus capables d'altérer leur santé ; mais cette exaltation n'est

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