‹ Traité des maladies mentaleChapitre 181 sur 500 · SYMPTOMATOLOGIE. — EMUAKKAS, PE11TE BK LA PAROLE · texte numérisé non relu

SYMPTOMATOLOGIE. — EMUAKKAS, PE11TE BK LA PAROLE

l'usage presque complet du vocabulaire, ne conservent plus que quelques mots qui dans leur esprit ont toutes les significations possibles. Lorsqu'on ne les comprend pas, ils s'attristent; s'impatientent et répètent alors avec plus ou moins de véhémence leurs mots d'adoption. Ces individus ont toute leur raison, ce dont il est facile de s'assurer par l'expression de leurs yeux, et surtout par leurs gestes, par l'air de satisfaction qu'ils montrent quand on les a devinés. Cet état peut persister fort longtemps et se montrer jusqu'à la mort (1).

Le docteur John Abercrombie (2) cite le fait d'un gentleman qui, rétabli d'une attaque d'apoplexie, reconnaissait ses amis, mais ne pouvait les nommer. Un jour, en se promenant dans la rue, il rencontra une personne à laquelle il désirait vivement faire une communication sur un de leurs amis communs. Après des efforts infructueux pour lui faire comprendre ce qu'il voulait, il prit cet individu par le bras et le conduisit, à travers plusieurs rues, jusqu'à la maison du gentleman dont il parlait, et lui montra le nom inscrit sur la plaque de la porte.

On a vu plusieurs individus devenir tout à coup monosyllabiques, mais presque toujours à la suite d'une apoplexie ou d'un ramollissement ; ils ne retrouvaient que les mots qu'ils avaient l'habitude de répéter souvent. A chaque nouvelle attaque, nouvelle perte de certains mots, toujours de ceux qui leur sont moins familiers, des chiffres, des articles qui servent à leurs mots, et ils arrivent enfin à faire usage de mots qui sont en contradiction avec leur pensée. Ces phénomènes se sont montrés graduellement chez plusieurs malades. L'intelligence, à ce qu'assurent les médecins observateurs de ces faits, l'intelligence est bien conservée chez ces individus (3).

Plusieurs faits ont été observés à l'Hôtel-Dieu de Paris, dans lesquels, à la suite de plaies ou.de chutes sur la tête, des individus conservant toute leur intelligence avaient perdu la mémoire de certains mots. L'un, par exemple, ne pouvait prononcer les substantifs ni se les rappeler, et toutes les fois qu'il en trouvait un dans la phrase qu'il avait commencée, il s'arrêtait ou avait recours à une autre tournure de phrase pour achever sa pensée ; un autre avait oublié les articles ; un troisième ne pouvait prononcer les noms propres. La plupart de ces individus ont parfaitement guéri, sans aucune trace de lésion cérébrale (h).

Tous ces faits ont leur importance, et l'anatomie pathologique reste muette devant l'explication de plusieurs d'entre eux ; toutefois, il en est

(1) Docteur Brierre de Boismont, — (2) lnquiries Cuncerning the Intellectuel Powers, Loiulon, 1841s — (3) Docteur Briquet. — (4) Docteur Boinet (Société de médecine de Paris, 1850, Revue médicale, 30 avril 1830, p, 501).

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