‹ Traité des maladies mentaleChapitre 185 sur 500 · DE SENS DU PLAISIR ET DE LA DOULEUR. — ANESTHÉSIE · texte numérisé non relu

DE SENS DU PLAISIR ET DE LA DOULEUR. — ANESTHÉSIE

froissés, les luttes contre la destinée, les injustices réelles ou imaginaires que l'on éprouve, les soucis, les désappointements cruels, les excès de travaux intellectuels ou autres, les chagrins de famille, les revers en général, les excès vénériens, l'onanisme. Toutes ces causes, dont j'ai longuement analysé l'action dans la partie étiologique, agissent très douloureusement, et de longue main, sur la sensibilité nerveuse, avant que l'aliénation éclate. La preuve en est dans les lésions fonctionnelles éprouvées par l'individu destiné à devenir aliéné, dans le manque de sommeil, d'appétit, dans le développement de névralgies douloureuses, etc.

Existerait-il donc chez l'homme un sens spécial qui serait la source de cette sensibilité, ou, si l'on veut, de cette disposition à souffrir qui est plus ou moins développée chez les individus, selon les circonstances que je viens d'énumérer? Pouvons-nous admettre l'existence réelle de ce sens en dehors, ou plutôt à côté de l'organe d'une force unique, supérieure, qui perçoit tous les phénomènes de la vie et qui les analyse?

Tout nous porte à croire qu'il en est ainsi, et, grâce aux expériences physiologiques auxquellesont donné lieu dansc.es derniers temps les éthérisations si nombreuses qui ont été pratiquées, on a pu se convaincre, dit avec beaucoup de justesse M. le docteur Michéa, que « le sentiment tactile, que l'on confondait avec le sentiment général de la souffrance, en était indépendant. En effet, un des premiers phénomènes dont on s'aperçut quand on expérimenta en France la découverte de Jackson, fut que le sentiment du tact pouvait exister alors que le sentiment de la douleur avait entièrement disparu. » Cette importante question de la sensibilité vaut bien la peine que nous la reprenions de plus haut dans ses rapports avec les croyances des anciens physiologistes et avec ce que l'on admet plus communément aujourd'hui.

Ancsihi-sic. — « Au xviuc siècle, dit M. le docteur Michéa (1), on ne savait rien d'exact en physiologie, sur la sensibilité générale, sur le sens du plaisir et de la douleur. Aux yeux de Haller, le chaud, le froid, le raboteux et le poli, le dur et le mou, le sec et l'humide, étaient, avec les sensations de pesanteur, de prurit, de titillation, de chatouillement et de douleur, des modes fonctionnels d'un seul et même sens, celui du tact. Cet illustre physiologiste avançait une assertion plus erronée encore. Il pensait que les nerfs autres que ceux de la peau ou de certaines muqueuses, quand ils se trouvent placés au contact des objets extérieurs, pouvaient transmettre au cerveau toutes les impressions fournies par le

(I) Voyez, dans la Gazelle hebdomadaire de médecine el de chirurgie, l'important travail de M. le docteur Michéa, intitulé : De l'anesthésie de la douleur dans l'aliénation mentale, et de son influence pathologique sur certains modes de délire partiel.

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