‹ Traité des maladies mentaleChapitre 186 sur 500 · DU SENS QUI CRÉE LES ÉMOTIONS MORALES · texte numérisé non relu

DU SENS QUI CRÉE LES ÉMOTIONS MORALES

tact : il soutenait, par exemple, qu'un nerf dentaire mis à nu par la carie sent avec une douloureuse exactitude la température chaude ou froide, la texture molle ou résistante, et jusqu'à la forme du corps en rapport avec lui.

» Cabanis essaya, le premier chez nous, continue M. Michéa, de réagir contre les idées de Haller, en appelant l'attention des physiologistes sur les sensations propres qui résultent de l'exercice des diverses fonctions viscérales, sensations qu'il appelle sensations internes. Mais ce fut surtout en Allemagne que la réaction s'établit dans toute sa plénitude. En effet, à l'aide d'une analyse aussi lumineuse qu'approfondie, Reil démontra que la sensibilité générale, ou le sens du plaisir et de la douleur, n'avait rien de commun avec la sensibilité tactile. 11 donna le nom de cénesthésie (sensation d'ensemble) (1) à ce sens du plaisir et de la douleur, inséparable de tout organisme vivant ; sens intérieur, vital par excellence, sans lequel l'homme n'aurait aucune idée de l'intensité variable de ses forces physiques dans les actes de la respiration, de l'excrétion, de la contraction musculaire, etc. : car c'est la cénesthésie qui nous avertit sans cesse des changements ou états successifs que subissent nos organes, qui nous fournit la notion première de l'existence de notre propre corps. Si l'on pouvait trouver, dit Reil, un animal qui fût privé de tout organe des sens externes, cet animal aurait encore, au moyen de la cénesthésie, quelque sensation plus ou moins obscure de son existence. »

Mais si les conditions physiologiques de la vie impliquent l'existence d'un appareil organique, d'un sens intérieur, si l'on veut, qui est la source de la sensibilité générale, pourquoi n'admettrait-on pas aussi l'existenced'un sens psychique, qui, d'après M . Guislain, crée chez l'homme ces deux situations de son être qu'il désigne par les mots bonheur, malheur?

Sens affectif, émotif. — Le savant auteur que je cite déduit avec beaucoup de logique de l'existence de ce sens moral et de son exercice, les tendances qui dirigent l'humanité dans ses instincts les plus divers,

(1) Cénesthésie, de xoivô;, commun, et aïaSmoi;, faculté de sentir; G emeingefiïhl des Allemands. C'est, lit-on dans le Dictionnaire de Nysten, article Cénesthésie, « le nom ' donné par Reil à l'espèce de sentiment vague que nous avons de notre être, indépendamment du concours des sens, et dont quelques physiologistes ont voulu faire un sixième sens, sous le nom de sens de l'existence, ou cénesthésie. Ce n'est que la notion de notre existence fournie par l'ensemble des sensations que nous éprouvons en un moment donné, et se succédant, tantôt sous un mode (sensations externes), tantôt sous un autre (sensations internes), tantôt agréable, tantôt pénible ; ce qui fait que nous cherchons à prolonger ou à multiplier les sensations agréables, afin que le sentiment de l'existence soit tel, mais sans que pour cela nous éprouvions une sensation d'espèce particulière. »

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