SENS AFFECTIF, ÉMOTIF
depuis l'amour de Dieu et des choses divines jusqu'à l'amour du bien, du beau, des richesses et du plaisir. Jl donne à cette sensibilité la qualification d'affective. Il nomme son facteur le sens affectif. 11 se plaint, avec juste raison, que nous ne trouvions pas dans notre langue un substantif qui désigne cette nature impressionnable de notre moral qu'Ennemoser dit être la source mystérieuse des forces de notre âme, et que l'attribut en question est toujours indiqué par des locutions ayant trait à des phénomènes qui ne sont pas ceux qu'il importe de constater (1).
C'est le sens qui crée les émotions, le sens émotif, et dans une lettre à M. le docteur Longet, M. le docteur Cerise s'est servi du même terme pour désigner le phénomène moral qui nous occupe.
Les Allemands désignent ce sens sous le nom de Gemùth, et le terme de Gemuths-h'rankheiten, maladies ou troubles du sens émotif, est pour eux synonyme de Seclen-Krankhe'den, maladies ou troubles de l'intelligence, de l'âme, aliénation.
Ainsi, pour mieux faire comprendre en quoi ce sens moral dont nous parlons est la source de \& joie et delà douleur, M. Guislain analyse rapidement certains faits qui sont exposés par lui avec une précision et un à -propos qui nous font un devoir de les reproduire :
« Le Gemùth, le sens affectif, émotif, est excité chez la personne qui
(1) Guislain, ouvr. cit., t. II, p. 122. Pinel avait déjà fait la juste remarque que la langue française n'est pas riche pour exprimer les diverses vésanies. Les races germaniques possèdent le mot en question, dit M. le docteur Guislain. L'allemand a le Gemiith. La langue flamande, la langue hollandaise ont l'équivalent de ce mot, le Gemoed. Les Anglais le confondent généralement avec moral. C'est pour ainsi dire Yanimus des Romains, le thumos des Grecs. Heinroth, qui a écrit de si admirables pages sur le sens moral, dit : Ce sens est, quelque nom qu'on veuille lui donner, la disposition intérieure de l'homme (innere Emfdnylichkeit) pour la joie et la douleur.
Cette disposition intérieure (cénesthésie pour l'impressionnabilité physique, sens émotif pour l'impressionnabilité morale) est une chose tellement frappante, que quelques physiologistes allemands, et des plus distingués, pour ne citer que Klencke et Carus, ont été jusqu'à supposer qu'il y a entre les divers systèmes organiques et les fonctions psychiques un rapport de corrélation qui a porté ces auteurs à conclure que tout organe avait sa signification intellectuelle et psychique (seine psychische Signatur). Et puis, voyons encore ce que nous apprend la langue des peuples. Le cœur et les entrailles seront toujours, aux yeux du vulgaire, le siège des sentiments. Les physiologistes auront beau faire, la tendance de l'esprit humain est de localiser invariablement les passions dans des organes privilégiés. Les grands maîtres du langage et des idées n'échappent pas à cette tendance, pour ne pas dire à celte erreur. « Lorsque Dieu forma le cœur et les entrailles de l'homme, dit Bossuet, il y mil primitivement la bonté, comme le propre caractère de la vie divine... » C'est toujours d'après la même croyance que les anciens disaient : Homines splene rident, jecorc amant, corde sapiunt. C'est aussi pour se servir du même langage que Carus dit que Hers (cœur), et Mûth (courage), sont synonymes.