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DOULEUR. — EXALTATION DE LA SENSIBILITÉ. — OBSERVATION

nourriture insuffisante ou altérée ; et il est à remarquer que ces lésions de la sensibilité coïncident toujours avec des lésions du système musculaire. N'est-ce pas une chose étrange aussi que dans telle intoxication les phénomènes d'insensibilité et de paralysie du mouvement affectent plutôt les membres supérieurs que les membres inférieurs, et que dans telle autre les muscles fléchisseurs soient plutôt atteints que les muscles extenseurs?

Cabanis avait déjà fait observer que les hommes très sensibles sont faibles en général. Dans toutes ces situations pathologiques, les auteurs ont signalé un état de langueur, de chlorose et d'anémie, et il est permis de supposer que le phénomène de la douleur physique est souvent en rapport avec le sang considéré au point de vue des altérations que subit sa constitution chimique. « Toute manifestation vitale, dit un médecin allemand (1), n'est que le résultat de l'influence réciproque des nerfs et du sang. » Cette idée reproduit en d'autres termes la pensée de M. Marshall- Hall, qui veut que l'accomplissement des fonctions du système nerveux soit lié à la présence de la circulation, de même que cette dernière fonction est intimement unie à l'existence du système nerveux.

Enfin, dans un bon nombre de circonstances, il faut bien avouer l'impossibilité où nous sommes de rattacher tel ou tel phénomène d'exaltation de la sensibilité à son véritable point de départ. Nous constatons le fait, mais l'explication nous fait défaut; si l'exaltation de l'ouïe a parfois coïncidé avec la paralysie du nerf facial (2), avec l'ingestion de telle ou telle substance narcotique, avec la période d'incubation delà folie, période dans laquelle il y a souvent hyperesthésie de la sensibilité générale, on ne peut dans d'autres cas alléguer d'autres causes que l'exagération même de la fonction. Ce phénomène a été souvent observé chez les hommes que l'amour de la science et des arts porte à abuser de leurs forces, ou à suivre un régime en tous points contraire à leur santé. L'exemple que je vais citer complétera ces considérations sur la sensibilité, et nous servira d'initiation à l'intelligence du phénomène connu sous le nom d'hallucination.

« Un membre de l'Académie des sciences, M. Lelorgne de Savigny, décrit ainsi lui-même une maladie cruelle qui a interrompu ses travaux, et qui depuis vingt ans le tient exilé du monde : « Le k août 1817, dit M. de Savigny, je fus tout à coup atteint spécialement dans l'organe de la

(1) Sinogowitz. Voyez ce que j'ai dit dans l'étiologie, à propos de l'influence exercée par l'altération du sang et les troubles de la circulation artérielle ou veineuse, § 2, p. 137.

(2) De l'exaltation de V 'ouie dans la paralysie du nerf facial, rar M- Ie docteur Landouzy {Union médicale, 26 et 28 octobre 1850).

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