INFLUENCE DU DÉLIUE SUR LES PHÉNOMÈNES DE L'INSENSIBILITÉ
partie de leur corps lui-même, des mouvements aussi étendus que possible, sans que les malades, auxquelles on a préalablement bandé les yeux, soupçonnent même qu'on les a remuées.
» Les muscles anestbésiés ne sentent pas le passage du courant électrique qui les traverse; ils sont néanmoins contractiles sous l'influence de la volonté et sous celle des courants électriques. L'affection , dans sa plus grande simplicité, paraît bornée aux filets sensitif's dont M. Longet admet l'existence dans les muscles.
» La perte de la sensibilité dans les muscles donne lieu à la perturbation dans les mouvements des membres, qui se font toujours avec une certaine indécision. Les malades ont perdu plus ou moins de ce sentiment que Charles Bell et M. Gerdy ont appelé le sens ou le sentiment d'activité musculaire, et sur lequel M. Landry a présenté des remarques pleines de finesse et d'exactitude (1). »
Mais ce n'est pas seulement chez les malades hystériques que l'on observe ; l'anesthésie , ce phénomène doit être étudié dans ses rapports avec d'autres perversions intellectuelles , soit congénitales, soit acquises. 11 faut encore faire la part de l'influence exercée sur les manifestations de | la sensibilité par l'exaltation de l'idée délirante, et en particulier chez les i aliénés à prédominance de sentiments religieux pervertis. Il est important , eu outre, de faire ressortir à quel point la sensibilité se trouve modifiée par l'état intellectuel congénital dans certaines catégories d'aliénés , chez les imbéciles et les idiots par exemple.
Influence de l'idée délirante sur les phénomènes de la sensibilité .
— Lorsque l'exaltation des aliénés est portée à son comble, lorsque, ' sous l'influence d'un délire général accompagné d'agitation et de troubles ; sensoriaux extrêmes, ces malades déchirent, brisent, et tournent contre
(1) Briquet, De V anesthésie chez les hystériques (Union médicale, numéro du 27 juillet 1858 et suiv.).
On consultera aussi avec fruit un excellent travail de M. le docteur Macario, intitulé De la paralysie hystérique (Annales médico-psych., t. III, p. 62).
Les observations de ce genre se sont multipliées dans ces derniers temps, et sans compter les faits rapportés par M. Sandras dans son Traité des maladies nerveuses, je vois, au moment où j'écris ces lignes, que M. le docteur Aug. Voisin a lu à la Société de médecine de Paris un mémoire plein d'intérêt sur l'anesthésie cutanée hystérique. Il n'est pas douteux qu'une observation plus approfondie des phénomènes de la sensibilité dans les affections nerveuses ne nous mette sur la voie d'autres faits aussi importants à étudier, tant au point de vue physiologique qu'à celui de la pathologie, du diagnostic et du traitement des affections du système nerveux. M. le docteur Doumie rapporte un fait bien intéressant de coxalgie hystérique qui a été confondue avec une luxation, chez une jeune fille de dix-huit ans, chloro anémique et hystérique, qui avait fait une chute sur la ! hanche (Union médicale, 6 juillet 185S).
324 de l'axesthésie dans différentes variétés d'aliénation.
eux-mêmes leur propre fureur en se mutilant de la manière la plus { cruelle, on ne s'étonne pas de les voir insensibles à la douleur. Le même phénomène se fait remarquer dans le paroxysme de la colère et des autres passions ; toute sensibilité disparaît dans ces états nerveux où, sous l'influence des modifications même passagères produites dans la circulation et dans l'innervation, l'homme, ainsi que le dit Cabanis, est si différent j de lui-même. Combien, à plus forte raison, doit-il en être ainsi, lorsque < les modifications, loin d'être passagères, sont profondes, permanentes, radicales !
Néanmoins les faits d'insensibilité physique causent un étonnement plus grand dans ces situations intellectuelles où les idées du malade, concentrées sur un point, semblent raisonnables pour le reste, et le j portent à exécuter froidement des actes dont la seule description excite chez ceux qui les lisent un sentiment instinctif de répulsion et d'horreur.
Cette destruction de la sensibilité n'est pas rare chez les aliénés de I cette catégorie qu'Esquirol a désignés sous le nom de monomaniaques. « On les a vus, dit-il, se mutiler, se brûler, s'amputer les membres, sans paraître en éprouver de douleurs, tant l'exaltation, la fixité des idées avait égaré leur sensibilité et l'avait déplacée de son véritable siège. Plusieurs suicides, après s'être blessés grièvement, ajoute cet auteur, n'accusent pas la douleur causée par les plaies qu'ils se sont faites ; cet (Hat d'insensibilité organique indique que le délire n'a pas cessé et que les malades doivent être surveillés avec soin. Porcia, désespérée de la mort de son mari, avale des charbons ardents. Haslani parle d'une femme qui, ayant broyé du verre dans sa bouche pendant une demi-heure, assurait n'avoir point souffert... J'ai appliqué des vésicatoires, des sétons, desi moxas, le cautère actuel, à des individus fortement portés au suicide, à j des lypémaniaques, afin d'interroger la sensibilité, je n'ai pu produire la douleur, et quelques-uns, après la guérison, m'ont assuré qu'ils n'avaient nullement souffert de ces applications. Un jeune homme de vingt-sept ans, dans un accès de désespoir maniaque, se précipite d'un quatrième étage ; il proteste qu'il ne s'est fait aucun mal, et remonte dans son appartement. » (Esquirol, article Délire.)
Dans un mémoire inséré dans Y Union médicale (1), j'ai cité plusieurs faits d'insensibilité chez les aliénés de cette catégorie. Une femme, dans un accès de délire religieux, après s'être brisé plusieurs membres, a vécu huit jours dans un état qui aurait dû se signaler par d'atroces douleurs,
(I) Des lésions de la sensibilité chez les aliénés; conséquences thérapeutiques; exemples de lésions traumatiques très graves et de leurs effets physiologiques, par M. le > docteur Morel, médecin en chef de Maréville (n'" des 22 mars, 17 mai, 21 mai 1831).